Voici Louis Julien avant l’accident qui a failli lui coûter la vie, le 12 janvier. Il croit que sa forme physique l’a aidé à survivre à cette épreuve.

L’accident qui a changé la vie de Louis Julien

Plusieurs fois, au fil sa carrière, Louis Julien a peint une mer agitée sur laquelle un bateau menaçait de disparaître corps et biens. C’est l’un de ses sujets favoris, d’autant que cette métaphore de la résilience face au danger se prête bien aux grandes surfaces que le peintre aime explorer dans la quiétude de son atelier. Aujourd’hui, par contre, cette image colle un peu trop à sa réalité.

Le 12 janvier, en effet, l’homme de 52 ans a eu la mauvaise idée de déneiger la toiture de sa résidence. Il avait effectué une opération semblable un an plus tôt et comme ça s’était bien déroulé, c’est avec confiance que le Jonquiérois est monté sur sa maison. À peine deux minutes s’étaient écoulées, cependant, quand l’accident est survenu. Il a glissé sur la surface glacée avant de s’écraser sur son patio, 12 pieds plus bas.

Comme la neige avait été enlevée dans les minutes précédentes, le choc fut brutal. « Je me suis fracassé le crâne sur le plancher de béton et j’ai perdu connaissance. Ma conjointe étant partie travailler, je suis resté là pendant plus de trois heures, par une température de -10 degrés Celsius. J’étais en hypothermie. J’avais perdu beaucoup de sang. Je ne sais pas comment j’ai fait pour me relever et demander l’aide de mes voisins », a relaté Louis Julien au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Une ambulance l’a transporté à l’hôpital de Chicoutimi où a été dressé un diagnostic long comme le bras. L’oreille droite était devenue inopérante, tout comme l’oeil droit. Il y a eu fracture du crâne, ainsi qu’une hémorragie cérébrale, tandis que des éclats d’os se sont logés près de sa colonne vertébrale. Ajoutons que la partie droite de son visage est demeurée paralysée et que de violents maux de tête l’assaillaient à tout moment.

« J’ai mangé une volée. Cette expérience a carrément changé ma vie », confie le peintre qui, en parallèle, assume la fonction d’analyste au Centre opérationnel aluminium, une composante de Rio Tinto. Entre autres choses, elle lui a enseigné les vertus de la prudence. À la fin de sa convalescence, qui s’étirera pendant quelques mois encore, ce n’est pas lui qui enlèvera la neige sur sa toiture.

«J’ai mangé une volée», résume Louis Julien, qu’on voit peu de temps après sa chute survenue le 12 janvier. Entre autres maux, il avait perdu l’usage d’un oeil, ainsi que d’une oreille, en plus de subir de violents maux de tête.

« Maintenant, je sais qu’une chute, on ne contrôle pas ça, contrairement à ce que je croyais. Ce n’est pas vrai qu’on décide de tomber sur ses pieds. La prochaine fois, j’aurai recours à une entreprise dont c’est la spécialité, qui effectue cette tâche dans les règles de l’art. Si mon témoignage incite ne serait-ce qu’une personne à suivre ce conseil, il aura servi à quelque chose », estime Louis Julien.

Chanceux malgré tout

Deux mois après son accident, l’artiste poursuit sa rééducation à l’URFI de l’hôpital de Jonquière. Bien qu’il demeure paralysé, son visage a pris du mieux. Le Jonquiérois n’a plus l’air d’un gars qui aurait défié un amateur de combats extrêmes. Son oeil droit et redevenu fonctionnel, mais sa paupière ne s’abaisse plus, une situation qui l’oblige à appliquer des gouttes régulièrement, y compris au milieu de la nuit.

Cet oeil, justement, a constitué une grande source de tracas dans les premiers jours. L’idée d’en perdre définitivement l’usage hantait son propriétaire. « Je paniquais totalement. À un moment donné, ils ont dû m’attacher dans le lit. Je pleurais. Ça a été terrible, mais là, il est correct. Il me reste à attendre six mois pour voir si la paupière va se réparer », mentionne Louis Julien.

Le temps aidant, il réalise que malgré les limitations entraînées par son accident, son sort aurait pu être plus funeste. Une personne moins en forme, moins vigoureuse, ne se serait peut-être pas relevée d’elle-même après la chute. De surcroît, sa colonne vertébrale a tenu le coup, au même titre que son cerveau, ce qui laisse entrevoir une guérison complète.

« Ce n’est pas évident, mais je suis chanceux, surtout que ma conjointe m’aide beaucoup depuis le début de ma convalescence et que mon employeur se montre compréhensif. J’ai toute ma tête, mes bras, mes jambes. Je sais que ça aurait pu être pire. Je suis heureux, de bonne humeur. Même si je passe 90 % de mon temps couché, mon corps se répare », énonce Louis Julien.

Après deux mois de convalescence, Louis Julien se porte mieux, comme l’illustre cette photographie. La route sera longue, cependant, avant qu’il soit complètement rétabli.

Quant à la peinture, elle a été mise entre parenthèses au moment où ses tableaux suscitaient une forte demande, émanant de plusieurs pays. Il venait aussi de recevoir un titre décerné par une organisation italienne, histoire de souligner le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci. Faute d’avoir pu cueillir sa récompense en personne, l’artiste compte se reprendre dans quelques mois. Il célébrera ainsi deux renaissances, la sienne et celle à laquelle on associera éternellement le père de la Joconde.