Petit baluchon et mitaines, une installation de Mariette Manigouche, rappelle que les chambres des femmes disparues sont de véritables autels où chaque objet rappelle cette femme importante pour quelqu’un.

La voix des femmes autochtones

Les femmes autochtones assassinées ou disparues ont fait la manchette, au cours des derniers mois. Le public a été touché, puis l’actualité a pu faire en sorte qu’elles ont été une fois de plus oubliées par plusieurs. La Boîte Rouge VIF, en collaboration avec Langage Plus, a décidé d’utiliser l’art pour rejoindre le public d’une nouvelle façon et s’assurer qu’elles demeurent dans nos pensées.

Jusqu’au 5 novembre, Langage Plus à Alma consacre tous ses espaces à Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres. L’exposition, présentée sous la présidence d’honneur de Marjolaine Étienne, politicienne ilnue de Mashteuiatsh, se veut un hommage aux femmes autochtones oubliées par l’histoire et disparues en silence. 

L’exposition a d’abord été présentée à la Maison de la culture Frontenac de Montréal, en 2015.

« Après l’avoir vu, on s’est dit qu’il fallait qu’elle circule », explique Claudia Néron, directrice générale de la Boîte Rouge VIF et directrice du projet. « L’objectif, c’est de valoriser la culture et de sensibiliser les gens aux questions autochtones. »

Les oeuvres de huit femmes artistes et artisanes provenant de cinq des 11 communautés autochtones du Québec ont été réunies au centre almatois. 

Initiée par la commissaire Sylvie Paré en partenariat avec Les Productions Ondinnok Inc, l’exposition a été retravaillée. La Boîte Rouge VIF et Langage Plus y ont notamment ajouté des oeuvres de transmission.

Claudia Néron, directrice générale de la Boîte Rouge VIF et directrice du projet, ainsi que Jocelyne Fortin, directrice de Langage Plus, ont travaillé en collaboration afin de présenter l’exposition Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres.

Trousse de médiation

Une trousse de médiation culturelle qui contient des outils de sensibilisation et de transmission culturelle a aussi été mise en place. Elle prend la forme de vidéos, d’animation de groupes de discussion, d’ateliers de sensibilisation au savoir-faire traditionnel, etc. 

« L’exposition permet de sensibiliser les gens et d’aborder des situations très sensibles par le biais de l’art », explique Claudia Néron. « On les interpelle autrement. Les articles de journaux sont un moyen de les interpeller, l’art en est un autre », illustre celle qui confirme que l’exposition est appréciée. « L’exposition est bien reçue des communautés autochtones, elle est même bienvenue. Elle touche aussi tous les types de publics. Les gens sont interpellés pour différentes raisons. On les touche autrement. »

L’ajout de témoignages vise d’ailleurs à atteindre un public plus large.

« Lorsque la création devient une manière de porter le flambeau, d’attirer l’attention sur une situation délicate, les créateurs sont tels des “ambassadeurs” qui cherchent une conciliation pacifique pour transcender le pouvoir en compassion », affirme Jocelyne Fortin, directrice de Langage Plus.

Après son passage à Langage Plus, l’exposition sera présentée au Urban Shaman Contemporary Aboriginal Art de Winnipeg et au Musée de la Civilisation à Québec.

Photo Le Quotidien, Gimmy Desbiens

Des oeuvres à l’effet coup de poing

Une chambre où a vécu une femme qu’on devine autochtone a été aménagée dans la vitrine du centre d’art actuel Langage Plus. Vide de son occupante, elle illustre l’absence, rappelle aux passants que la femme disparue pourrait être leur mère, leur femme, leur fille. 

L’exposition Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres, présentée chez Langage Plus, utilise différents moyens pour atteindre les visiteurs. Elle traite à la fois de richesse culturelle et de la tragédie sociale qui affecte les différentes communautés autochtones.

L’exposition est composée d’un mélange d’œuvres contemporaines et d’artisanat traditionnel, des réalisations de Sylvie Bernard, Lise Bibeau, Diane Blacksmith, Hannah Claus, Mariette Manigouche, Nadia Myre, Annette Nolett, Diane Robertson et une artiste anonyme.

Elle suscite différentes émotions. Le visiteur sera séduit par les qualités esthétiques et la charge d’histoire de certaines pièces, mais surtout touché, choqué, attristé. 

Certaines installations ont un effet coup de poing. 

De grands tableaux ont été rassemblés sur un des murs d’une des salles d’exposition. Sous l’un d’eux, un sac de hockey sale est accroché. À première vue, le visiteur se questionne sur les raisons de sa présence. Juste au-dessus, un petit texte inspiré du livre Sœurs volées lui fournit la réponse tragique. Loretta, Innuite, enceinte de trois mois, écrivait une thèse sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Elle a été tuée. « Mon corps a été retrouvé au Nouveau-Brunswick treize jours après ma disparition, dans un sac de hockey couvert de neige, au bord de l’autoroute transcanadienne. »

Le visiteur peut ressentir la sensation de peur, la volonté de fuir d’une femme, dans une touchante vidéo de Nadia Myre. 

Le témoignage que livre Diane Blacksmith sur une bande sonore de quelques minutes invite à la réflexion. Elle traite de sa consommation, de violence, puis de reprise en main, de spiritualité, de l’amour qu’elle porte à ses enfants. 

Petit baluchon et mitaines, une installation de Mariette Manigouche, rappelle que les chambres des femmes disparues sont des autels où chaque objet évoque la femme importante pour quelqu’un. 

Diane Blacksmith présente une peau d’orignal ornée d’une broderie de perles et de fil de coton, accrochée à des branches d’arbre. Châle de kukum ravive le souvenir d’une amie perdue. 

Pour celles qui ne sont jamais revenues place des noms sur les drames. Une projection à partir des bases de données des forces policières de l’ensemble du pays superpose les noms des disparues. En 2015, 1886 femmes faisaient partie de cette liste au Canada. 

Le visiteur est invité à apposer sa signature sur un écran pour s’engager à faire preuve de solidarité envers les femmes autochtones disparues ou oubliées et leurs proches. Difficile de ne pas poser ce geste tout simple.