Il faut s’adapter, affirme Jessy Dubé, en référant aux concerts en salle annulés du fait de la pandémie. C’est dans cet esprit que la violoniste jonquiéroise offre de jouer pour des particuliers, à leur domicile, jusqu’à la fin de l’été.
Il faut s’adapter, affirme Jessy Dubé, en référant aux concerts en salle annulés du fait de la pandémie. C’est dans cet esprit que la violoniste jonquiéroise offre de jouer pour des particuliers, à leur domicile, jusqu’à la fin de l’été.

La violoniste Jessy Dubé en concert à domicile

« Il faut s’adapter. Si on attend que les concerts reviennent sous leur forme habituelle, ça pourrait être long. Les normes sanitaires évoluent de jour en jour. On ne sait pas ce qui nous pend au bout du nez », a énoncé Jessy Dubé, à l’occasion d’une entrevue accordée au Progrès.

Musicienne professionnelle depuis cinq ans, membre de plusieurs formations classiques, dont l’Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la violoniste a trouvé une alternative conviviale aux concerts en salle. Ceux-ci étant interdits en raison de la pandémie, elle offre à des particuliers de jouer chez eux pendant une heure, dans le respect des normes imposées par le gouvernement du Québec.

Puisqu’il est impossible de se produire entre quatre murs, c’est à l’extérieur que se déroulent ces rendez-vous au caractère intimiste. La Jonquiéroise identifie d’ailleurs cette activité à des concerts de jardin, une initiative qu’elle a lancée dès l’annonce que des rassemblements de dix individus, provenant d’un maximum de trois foyers, étaient autorisés.

« En tenant compte de ma présence, neuf personnes issues de deux maisonnées peuvent assister aux concerts. C’est suffisant pour que la formule fonctionne, dans la mesure où je joue en solo, explique Jessy Dubé. Je demeure toutefois à l’affût de ce que disent les autorités. Le jour où elles accepteront que plus de gens participent à des rassemblements, je proposerai aussi des duos et des mini-récitals de musique classique. »

Un essai tenté avec des membres de sa famille a permis de constater que le concept tenait la route. Il est possible de respecter les règles de distanciation, tout en créant une bulle de félicité enveloppant autant l’interprète que son auditoire. « Il s’agit d’une expérience musicale bonifiée, pas d’un pis-aller. Chaque concert prend la saveur que les gens veulent lui donner. C’est personnalisé », énonce la violoniste.

Après l’avoir contactée à l’adresse concertjardin@outlook.com, en effet, ses futurs hôtes participent à la confection du programme. En plus du répertoire classique, de larges pans de la musique populaire, notamment la chanson québécoise et française, peuvent être explorés. « L’important pour que ça sonne bien au violon, c’est que la pièce soit mélodique. Brassens, Piaf, Félix Leclerc et La Bonne Chanson, par exemple, ça fonctionne », indique Jessy Dubé.

Le tarif est fixe, soit 150 $ par concert (taxes en sus), et il faut s’accorder une marge de manoeuvre afin de composer avec les caprices du climat. On s’entend sur une date, tout en gardant une ouverture d’un ou deux jours en cas de pluie. « Vu la taille des groupes, ce n’est pas trop difficile de s’ajuster à la météo », affirme la musicienne.

Plusieurs personnes ont exprimé leur intérêt dans les derniers jours, ce qui laisse entrevoir de belles rencontres au fil de cet été pas comme les autres. Même en respectant la règle des deux mètres, les concerts se déroulent dans un cadre intimiste, ce qui se marie bien à la personnalité de l’interprète. « Ils durent une heure, mais je ne mets pas mon cadran. J’en profite pour échanger avec les gens », fait-elle observer.

L’unique restriction que s’impose la Jonquiéroise touche les résidences pour personnes âgées. Elle ne se produira pas dans ces lieux, du moins dans le contexte d’un concert de jardin, parce qu’ils sont desservis par Les Porteurs de musique. Cet organisme sans but lucratif fondé par l’une de ses consoeurs, la violoniste saguenéenne Guylaine Grégoire les fréquente depuis plusieurs années. C’est d’ailleurs au coeur de sa mission.

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UNE CARRIÈRE QUI A PRIS SON ENVOL

Avant que le coronavirus n’impose sa loi sur tous les continents, Jessy Dubé menait sa carrière de musicienne en conformité avec ses préférences. Férocement attachée à sa région, la Jonquiéroise avait trouvé le moyen d’y vivre, tout en participant à suffisamment de projets pour rendre viable la pratique de son art.

« Ça commençait à avoir du bon sens, mon affaire. J’étais très active, jusqu’au moment où le coronavirus m’a coupé l’herbe sous le pied. Ça chamboule nos vies à tous, mais je suis confiante pour les prochaines années. Même après la grippe espagnole, les choses sont revenues à la normale. Il s’agit de respecter les règles du confinement », avance la musicienne.

En plus de faire partie de l’Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la violoniste est en probation à l’Orchestre symphonique de Drummondville et surnuméraire au sein d’Arion Baroque. Il lui arrive également de collaborer avec l’Harmonie des saisons, avec qui elle a joué maintes fois aux États-Unis.

Mises bout à bout, ces activités représentent beaucoup de route et pas toujours en été. Or, même si des collègues vivant à l’extérieur du Saguenay–Lac-Saint-Jean lui conseillent de se rapprocher des grands centres, Jessy Dubé demeure sur ses positions. Oui, déménager pourrait réduire le kilométrage, mais le prix à payer serait trop élevé.

« C’est ma région. Je l’ai tatouée sur le coeur. Ma famille se trouve ici, mon réseau aussi, qui m’a toujours supportée. Je trouve qu’on est bien, chez nous. Je vais être dure à décoller », lance d’un ton guilleret celle qui est revenue à Jonquière à la fin de son parcours académique, en 2015. Elle venait de compléter une maîtrise à la Haute École de musique de Bâle.