Marcel Sabourin participera à une discussion publique jeudi, à l’invitation du chapitre chicoutimien de l’AQDR. Le comédien échangera avec quatre autres personnes, dont l’auteure Francine Ruel, autour du thème Aînés aujourd’hui.

La vieillesse heureuse de Marcel Sabourin

Marcel Sabourin est un homme qui a la vieillesse heureuse. Il se sait privilégié à titre personnel, lui qui est entouré par son épouse, ses quatre enfants et ses petits-enfants. Toujours alerte, vivant à l’abri du souci matériel, le comédien réalise aussi qu’il appartient à une génération bénie parce qu’elle n’a pas connu la guerre, un constat qui pourrait être formulé de vive voix le 27 septembre à 18 h 30, à l’hôtel Le Montagnais, au cours d’une activité organisée par le chapitre chicoutimien de l’Association québécoise de défense des personnes retraitées et préretraitées (AQDR).

Il participera alors à une discussion mettant à contribution l’auteure Francine Ruel, l’universitaire Danielle Maltais, la présidente de la Table des aînés du Fjord, Louise Bouchard, ainsi que le président de l’AQDR de Chicoutimi, Jean-Pierre Simard. Le thème sera «Aînés aujourd’hui» et les échanges, auxquels tous pourront assister gratuitement, témoigneront à la fois des défis et des opportunités découlant du grand âge. « Je suis invité souvent pour m’exprimer là-dessus et j’ai bien du fun. Les gens doivent apprécier ce que j’ai à dire, puisqu’ils ne partent pas avant la fin », lance Marcel Sabourin en laissant échapper un rire sonore, quasiment homérique.

Suivant le principe du verre à moitié plein, il aime évoquer des faits auxquels on ne pense pas spontanément, tant on les tient pour acquis. C’est le cas pour les octogénaires comme lui qui ont échappé au fléau que représente la guerre. « Nous n’apprécions pas suffisamment cette chance inouïe qui tient au fait de vivre aujourd’hui. Alors que mon père a été ambulancier pendant la Première Guerre mondiale, qu’il en est revenu en état de choc, la plupart des personnes que je rencontre n’ont pas été exposées à la guerre. Dans l’histoire de l’humanité, ce n’est pas arrivé souvent », fait observer le comédien.

Une autre source de contentement qui échappe au commun des mortels se rapporte à l’alimentation, de même qu’aux soins de santé. « Nous mangeons trois repas par jour en ayant tout au bout des doigts, ce qui n’était pas le cas des membres de ma famille, du côté de ma mère. Pour se nourrir, ils n’avaient pas le choix de tuer du gibier et quand l’un d’eux tombait malade, il fallait sortir les chevaux et la carriole pour se rendre chez le médecin en espérant qu’il ne serait pas sorti pour soigner quelqu’un d’autre », énonce Marcel Sabourin.

Demeurer créatif
Exercer le métier de comédien constitue une autre bénédiction, en ce sens que la créativité fait aussi partie des outils dont disposent les aînés pour bien vivre. C’est ainsi que l’interprète du grand Mandibule est content d’annoncer qu’on le verra bientôt dans la série télévisée Lâcher prise, diffusée à Radio-Canada. « J’ai un rôle de tabarnak, celui d’un écoeurant. Je vais me faire haïr », décrit-il avec délectation. L’homme ajoute cependant que tout un chacun peut s’investir dans des projets créatifs de nature privée, ce que lui-même fait par le biais de l’écriture.

Tous les matins, en effet, il enregistre les pensées qui lui viennent à l’esprit. Celles qui lui semblent plus pertinentes sont retranscrites et à sa grande surprise, on a offert de les réunir dans un livre, Les petits carnets de rien pantoutte. Encore étonné de se voir confier un tel écrin, le voici qui s’apprête à sortir un deuxième recueil. « Je suis gras dur. J’ai eu tellement de chance dans ma vie », affirme Marcel Sabourin qui, toutefois, refuse de se considérer comme un auteur. Ni pour ces ouvrages, ni pour les chansons immortelles écrites pour Robert Charlebois.

Là encore, sa façon de relater le comment du pourquoi donne à penser que sa bonne fortune résulte d’un concours de circonstances. Le chanteur se trouvait à Paris, malade et déprimé, lorsque son ami est venu lui remonter le moral. « Robert avait le sentiment que sa carrière était finie parce que son grand succès, Lindberg, avait été écrit en une nuit par différentes personnes, alors que lui prenait plus de temps pour produire un texte. Je lui ai dit de ne pas s’en faire avec ça et pour l’encourager, j’ai écrit des affaires vite. À son retour à Montréal, il les a mises en musique », rappelle l’auteur de Tout écartillé et Egg generation, entre autres trésors de la chanson québécoise.

Pour revenir à ses préoccupations touchant les aînés, il trace un parallèle avec les enfants. « Il y a des choses à améliorer parce que dans les deux cas, on retrouve des individus qui ne peuvent pas se défendre, affichant une dépendance quasi absolue vis-à-vis des autres. Pour les personnes âgées, surtout celles qui ont une nature indépendante, ça représente l’équivalent d’un martyre, même quand les soins sont de qualité. Ce n’est pas la même chose pour l’enfant qui, lui, peut garder espoir. Il a la vie devant lui », avance Marcel Sabourin.