Après avoir abordé les problèmes de communication entre les individus dans Talk-Show, Catherine Ocelot maille l’autofiction et les témoignages recueillis auprès de différentes personnalités de la scène culturelle dans La vie d’artiste, une bande dessinée publiée à la Mécanique générale.

La vie d’artiste selon Catherine Ocelot

Il y a plusieurs livres dans La vie d’artiste, la nouvelle bande dessinée de Catherine Ocelot publiée à la Mécanique générale. On y trouve le fruit de sept entrevues réalisées avec des personnes évoluant sur la scène culturelle, certaines arrivées de fraîche date, alors que d’autres affichent quelques décennies au compteur. S’y ajoute une part d’autofiction dans laquelle l’auteure et dessinatrice s’interroge sur sa vie et sa démarche artistique, partageant autant ses doutes que ses joies.

Son intention première consistait à sortir des oeuvres distinctes, un scénario qui volé en éclats à la suite d’une rencontre avec le cinéaste Rafaël Ouellet. « Nous avons parlé de son travail, qui m’intéresse beaucoup, et cet échange m’a fait réfléchir. J’ai eu le goût d’en faire d’autres et j’ai décidé de jumeler les projets. Il fallait toutefois que ça coule, qu’on ne sente pas d’interruption entre les différentes histoires. C’est un défi que j’ai dû relever », a confié Catherine Ocelot au Progrès.

Sa volonté de faire de l’autofiction a entraîné des questionnements. Jusqu’où aller ? Comment intégrer sa fille aux saynètes ? Quelle serait la part de vrai et de faux ? Même pour les entrevues, il y a eu des choix à effectuer. Les entrevues avec les artistes ont été scénarisées, en effet. Ce n’est pas dans une piscine que Micheline Lanctôt a fait état de sa lassitude, elle qui venait d’essuyer un refus, un autre, avant de rencontrer la bédéiste. 

Mais en la voyant faire des longueurs, on prend la mesure de sa résilience.

Le contenu, en revanche, a été scrupuleusement respecté. On voit ainsi que le patron de la Cinémathèque québécoise, Marcel Jean, a éprouvé des difficultés dans ses jeunes années, alors qu’il vivait à Chicoutimi. « D’où je viens, ce qui était gênant, c’était d’affirmer qu’on est artiste. C’était mal vu. (...) C’était considéré comme prétentieux », mentionne-t-il.

On apprend également que le contact avec les artistes constitue une joie pour lui, d’autant qu’il a développé un sixième sens lui permettant d’identifier ceux qui ont vraiment besoin de son appui. « Ce fut une rencontre formidable avec un homme qui aime les artistes, qui comprend leurs luttes. Cette notion de lutte, c’est ce qui m’a orientée vers Micheline Lanctôt, que je ne connaissais pas personnellement. Je voulais savoir comment, à son âge, elle faisait pour rester debout », note Catherine Ocelot.

Les lecteurs remarqueront aussi la forme empruntée par la bédéiste, en particulier sa propension à représenter les gens tels des oiseaux. On ne voit nul visage dans cet album, que des plumes qui couvrent la partie supérieure des corps. Il s’agit d’une métaphore, un clin d’oeil à l’observation des oiseaux, pas si différente de l’observation des gens. En même temps, ça l’a arrangée de ne pas faire de portraits.

« J’aurais eu de la difficulté à reproduire les visages des gens, comme celui de Micheline Lanctôt en train de nager. J’ai préféré me concentrer sur le discours », explique-t-elle. À cet égard, ceux qui connaissent son ouvrage précédent, Talk-Show, retrouveront avec joie ses enchevêtrements de bulles relatant des conversations souvent touffues, dont le rythme fait penser à une improvisation jazz à deux ou trois instruments.

Il y a beaucoup de texte, en effet, ce qui ajoute au plaisir que ressentiront ceux qui, à compter du 6 mars, se procureront La vie d’artiste en librairie. 

« Le livre fait 200 pages, mais j’aurais pu me rendre à 800 », révèle Catherine Ocelot d’un ton amusé. Jugeant que ce projet lui a ouvert des portes, notamment par le biais des entrevues, elle amorcera bientôt une résidence à la Cinémathèque. La suite dans deux ou trois ans.