En avant-première jeudi soir au Côté-Cour de Jonquière, La Capsule a fait revivre un passé troublant.

La troupe Frasqc: déterrer le passé

Faire vivre une expérience théâtrale complète à des passionnés par le biais d’un texte et d’une mise en scène uniques est en quelque sorte la mission de la troupe Frasqc productions. Leur cinquième pièce, La Capsule, était présentée jeudi soir au Côté-Cour en avant-première. Un regard pertinent sur notre rapport au passé.

Certains attendent avec impatience les conventums, d’autres les fuient; mais le passé revit souvent soudainement. La Capsule, ce sont en quelque sorte des retrouvailles forcées, où cinq camarades se retrouvent afin de déterrer une boîte dans laquelle des objets signifiants furent placés. Motivés par cet obscur projet de fin d’année proposé par le tout autant mystérieux professeur Monsieur M, les acolytes n’auront pas seulement enfoui une parcelle d’eux, mais aussi leur impuissance devant la disparition de leur copain Francis, sixième participant qui s’éclipse justement ce jour-là. Habile allégorie d’un voyage dans le temps, La Capsule mise sur les secousses qui surgissent lorsqu’on dépoussière cette période mouvementée qu’est l’adolescence. Et sa réussite repose justement dans la manière dont un si simple objet devient évocateur, bien entendu à l’aide de comédiens dévoués.

C’est avec un rendu très professionnel que les acteurs donnent vie au texte de Vickie Bouchard : la troupe de théâtre amateur s’est donnée pour objectif que des comédiens non professionnels s’élèvent afin de venir nous chercher, et force est d’avouer que la mission est réussie. À travers un humour débridé, accessible, mais dans lequel il est facile de percevoir les jeux de mots, la comédienne Julie Tremblay-Cloutier touche souvent sa cible à l’aide de son personnage sans censure.

L’aspect tragique de la pièce produit son effet, en touchant de façon très pertinente les thèmes propres au passage de l’adolescence à l’âge adulte : angoisses, maladresses, questionnements et égarements sont présents et bien campés par les protagonistes. À ce titre, Bruno Paradis habite à merveille un être tourmenté, introverti et mal compris (Francis) ; ses apparitions sur scène, parfois à titre fantomatique, marquent les fréquents raccourcis vers le passé. À ce titre, la mise en scène s’alourdit quelque peu et casse le rythme. Les fréquents allers-retours entre l’hier et le maintenant servent de puissants aveux de la part des personnages, mais manquent de finesse. Heureusement, la dramatique efficace ramène le spectateur au centre de l’intrigue.

Le passé actualisé 

L’ambiance dans laquelle plonge la troupe est à souligner : entre chandails Vuarnet, pagettes et tubes des années 90, les souvenirs remontent efficacement en évitant le piège pourtant difficile à éviter du kitch. La trame sonore, entièrement constituée de classiques de l’époque revisités façon moderne, apporte une dimension pleinement réussie, liant au passage les époques. De même, le texte met bien en lumière la difficile cohabitation avec les fantômes du passé que vivent les personnages. Un inattendu voyage culturel attend aussi l’auditoire ; à ce titre, le jeu de Christine Rivest-Hénault, qui campe l’Italienne Liana, est à souligner.

La comédie dramatique La Capsule sera présentée vendredi et samedi soir, au Côté-Cour, avant de se transposer à Sherbrooke, Laval et Victoriaville. Ce voyage dans le temps à l’intrigue bien ficelée permet de revivre une époque pas si lointaine et de découvrir la hauteur du talent des gens d’ici.