Les membres du Choeur du Rendez-vous musical ont chanté à partir du jubé, vendredi soir, lors de l'interprétation du Crucifixus de Lotti. L'effet était magique.

La soirée de toutes les émotions

Soirée émouvante à plus d'un titre, vendredi, à l'église Notre-Dame de Laterrière. D'abord en raison de la foule qui occupait l'essentiel du parterre, débordant même jusqu'au jubé. C'est la preuve qu'un événement comme le Rendez-vous musical a pris racine dans la communauté, 11 ans après avoir été remis sur les rails grâce aux efforts conjugués de Luc Blackburn et Renée-Paule Gauthier.
Une autre source de réjouissance est venue pendant les présentations officielles, lorsque Luc Blackburn a rendu hommage à la mère de Renée-Paule Gauthier, Pauline Morrier-Gauthier, qui a présidé le comité organisateur pendant plusieurs années. Sa santé a été mise à l'épreuve dans les derniers mois, mais il faisait bon de la revoir, toute droite, souriante, lorsqu'elle s'est levée pour répondre aux applaudissements du public.
Comme pour faire écho à cet élan d'affection, on a entendu des voix provenant du jubé, celles du Choeur du Rendez-vous musical. Interprétant le Crucifixus de Lotti sous la direction de Pierre Lamontagne, il a enveloppé l'église de sonorités aériennes, hommes et femmes conférant à cet air somptueux, plus près du ciel que de la Terre, des qualités d'élévation semblables à celles qu'on retrouve sur les enregistrements de la formation Stile Antico.
La musique instrumentale a ensuite repris ses droits par le truchement du Quatuor pour piano et cordes de Schumann. L'une des têtes d'affiche de la présente édition, la pianiste Jacinthe Couture, a conjugué ses efforts à ceux de David Ellis (violoncelle), Chloé Chabanole (violon) et Clémentine Cômes (alto) pour faire ressortir les humeurs contrastées qui cohabitent sur la partition.
C'est une question de goût, bien sûr, mais l'un des plus beaux passages est survenu pendant l'andante, alors que le violon a tracé une ligne un brin mélancolique, comme pour représenter cet été qui s'achève. La musique était offerte avec juste ce qu'il fallait de retenue, ce qui, on le devine, ne pourrait pas fonctionner sans une grande qualité d'écoute.
Un autre groupe d'interprètes, lui, a déjoué avec habileté les pièges que comporte Till Eulenspiegle, une composition de Richard Strauss qui n'aurait pas déparé dans un dessin animé de Tex Avery. Pleine d'humour, expressive, elle aligne les airs bondissants, les élans des cordes qui créent un début de suspense, ainsi que des notes de la contrebasse d'Annie Vanasse laissant deviner l'apparition d'un géant.
Après cette jolie récréation, le chant est revenu à l'avant-plan pour de bon. La jeune soprano originaire de la région, Élisabeth Saint-Gelais, a injecté beaucoup de joie dans deux airs de Bach, ce qui lui a valu une ovation debout. Elle a ensuite participé au chantier le plus costaud de la soirée, le Te Deum de Charpentier, avec le choeur, ainsi qu'une douzaine de musiciens.
Les neuf chapitres livrés à l'église Notre-Dame ont montré, une fois de plus, à quel point les différents groupes de choristes donnent du relief à une partition. Les voix mêlées des hommes et des femmes se relançaient avec subtilité, en particulier dans le chant ayant pour titre Aeterna fac cum sanctis tuis. À l'intérieur d'une même envolée, leurs interactions produisaient un effet équivalent à celui d'un kaléidoscope.
Le public a fait un triomphe au Te Deum, puis au Gloria de Rutter, la dernière pièce figurant au programme. Il était déjà content de sa soirée quand Pierre Lamontagne a proposé de refaire le Crucifixus, mais à partir du choeur, de préférence au jubé. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il en a résulté un autre moment d'éternité, une grâce qu'on souhaite à ceux qui assisteront au dernier concert de l'édition 2017, tenu dimanche à 19h 30.