Rick Pagano sur la rue Racine, le 9 août dernier.

La rue de tout le monde

BILLET / À qui appartient la rue Racine?

La question mérite d’être posée, dans la foulée du Festival international des Rythmes du Monde (FIRM). Bien que l’édition 2019 ait constitué un succès de foule, des voix continuent de s’élever en faveur de la fin des activités sur cette artère. Des gens d’affaires soutiennent que la mise en place des installations, ainsi que la tenue des spectacles entre les rues Labrecque et Bégin, nuisent à leurs opérations. L’argument n’est pas nouveau, mais une certaine équivoque, générée par la décision de la Ville de Saguenay de déplacer la deuxième scène, mérite qu’on s’y attarde.

L’idée de placer cette scène devant la boutique Maya Inca, plutôt qu’au milieu de la rue comme c’était le cas depuis la création du festival, a eu des conséquences que les autorités municipales n’avaient pas anticipées. Deux fois, en effet, pendant les spectacles de Rick Pagano et Alaclair Ensemble, on a vu des gens cordés tellement serré qu’il était difficile de circuler dans ce secteur de la rue Racine. Bonjour la sécurité! De surcroît, de nombreuses personnes ont été reléguées sur les côtés, incapables de voir les artistes, ou si peu. Si on avait respecté l’ancienne configuration, ceux-ci seraient demeurés dans leur champ de vision et bien sûr, la qualité du son aurait été meilleure.

Coupant au plus court, certains, atteints du syndrome «pas dans ma cour», affirment que le festival devrait migrer sur la Zone portuaire. C’est une idée qui séduira ceux qui n’assistent pas au volet du FIRM tenu sur la Racine ou qui demeurent cantonnés dans les zones VIP. Sur le plancher des vaches, ils verraient à quel point les citoyens sont heureux de s’approprier un bout de la rue principale. Même ceux qui se tiennent entre les deux scènes sont contents. L’achalandage suscite en effet des rencontres impromptues, des bouts de conversation, voire des retrouvailles.

Ces gens aussi paient des taxes municipales et contribuent à l’activité économique. De quel droit les priverait-on de leur happening annuel, d’autant plus démocratique que l’accès est gratuit? Pour revenir à la question du début, c’est à eux qu’appartient la rue Racine. Pas aux gens d’affaires, ni au conseil municipal, ni au fondateur du festival, Robert Hakim. Tant que les citoyens voteront avec leurs pieds, que ce soit pour placoter ou assister aux spectacles, la Ville de Saguenay serait mal avisée de jouer les trouble-fêtes.