La rentrée? Quelle rentrée?

CHRONIQUE / Plus je côtoie le monde des arts et plus la rentrée culturelle me rend perplexe. Comme c’est le cas partout dans le monde, les médias basés dans la Métropole vont tous aborder ce thème dans les prochaines semaines, présenter une liste de spectacles, d’expositions, de livres et de films susceptibles de capter l’attention du public en attendant la première chute de neige.

En soi, ce n’est pas choquant, mais à l’intérieur de plusieurs disciplines, cette pratique sonne aussi faux que les numéros consacrés à la sexualité dans les magazines féminins, un truc vieux comme le monde pour stimuler les ventes en février. Pour parler de rentrée, en effet, il faudrait émerger d’une période de disette, à tout le moins d’une relative accalmie, ce qui ne correspond guère à ce qu’on vit au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Prenez les arts visuels. Tout l’été, on a pu voir des expositions et assister à des symposiums. Il y a eu Denys Tremblay au Centre Bang, Otto Shauer au Centre national d’exposition et les marionnettes du Théâtre Sans Fil à La Pulperie, pour ne mentionner que ces seuls exemples. Même en ajoutant les expositions présentées dans les bibliothèques municipales, nombreuses et souvent très intéressantes, on demeurerait loin du compte. Le portrait est encore plus touffu du côté des arts de la scène. La musique classique a été bien servie par le Camp musical du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de même que les concerts tenus à Vauvert et Lac-Kénogami, à l’église Saint-Dominique et à la cathédrale, à Laterrière pendant le Rendez-vous musical et sur la Zone portuaire de Chicoutimi, gracieuseté de l’Orchestre symphonique.

Quant à l’humour et la musique populaire, il suffit de consulter la programmation des festivals et ajouter des événements comme la présence de la revue Cowboys au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, ainsi que la programmation proposée à l’auberge Île du Repos et au Bistro de L’Anse, pour constater que ce n’était pas le carême. L’offre était si riche que le début de septembre peut être assimilé à une période d’accalmie.

La vraie rentrée, on la remarque davantage dans le monde de l’édition et l’industrie du disque, tandis qu’au cinéma, les productions québécoises seront plus abondantes, sans toutefois faire oublier Menteur, le succès de l’été. Pour coller plus fidèlement à la réalité, il faudrait donc réduire les voiles de la rentrée culturelle, ne plus l’assimiler à un fourre-tout. Autrement, cette notion deviendra aussi vide de sens que la rentrée montréalaise, les tapis rouges et les premières médiatiques.