La Renarde dégriffée

CHRONIQUE / C’est plate de vouloir aimer un disque et de ne pas y arriver complètement. Je fais l’expérience de ce sentiment depuis la sortie de l’album La Renarde, sur les traces de Pauline Julien, un hommage rendu par une douzaine de chanteuses, ainsi que la comédienne Louise Latraverse. Celle-ci lit trois lettres écrites par l’interprète décédée en 1998, à l’âge de 70 ans. S’y ajoutent certaines des compositions qui ont balisé son fabuleux parcours, réalisées par Martin Léon, avec la complicité d’Ines Talbi.

Il y a des incontournables, qu’on pense à Mommy, ce requiem pour un peuple qui a perdu son âme, en même temps que sa langue. C’est Ines Talbi qui pose sa voix sur les mots de Gilles Richer. Et sur une note plus optimiste, elle interprète Le plus beau voyage, le classique de Claude Gauthier. Il y a aussi Isabelle Blais dans une excellente version de Litanie des gens gentils, tandis que Fanny Bloom se moule élégamment à Une sorcière comme les autres.

Tout n’est pas parfait, bien sûr. C’est la règle en ce qui touche les hommages. Ainsi, les arrangements de L’âme à la tendresse ne reflètent pas la douceur du texte, son côté enveloppant. Et ça n’a rien à voir avec le travail effectué par France Castel, qui me semble adéquat. Quant à La Manic de Fanny Bloom, elle est excessivement lancinante, plus catatonique que mélancolique. À côté de ça, le chant grégorien, c’est du heavy métal.

L’énergie, justement, c’est ce qui manque sur cet album. L’énergie et l’humour qui caractérisaient plusieurs des interprétations de Pauline Julien. Rien que sur Licence complète, un vinyle sorti en 1974, elle remet à sa place un type narcissique à l’os (Tu parles trop), personnifie une cocotte qui rêve de vivre l’amour comme dans les vues (L’Américaine) et raconte les déboires d’un couple unilingue francophone parti faire du camping aux États-Unis (Le voyage à Miami).

Autre bijou négligé, La croqueuse de 222 demeure pourtant d’actualité, eu égard aux profits faramineux des compagnies pharmaceutiques. Mais on aurait dit que les pièces de ce genre brassaient un peu trop, qu’il fallait privilégier les émotions consensuelles et mettre aussi peu de joual que possible. C’est dommage, parce que la Pauline Julien dont on chérit le souvenir, celle qui a décrispé la chanson québécoise dans les années 1970 et porté le rêve indépendantiste à bout de bras, était tout, sauf beige.