Directeur artistique de la Ligue nationale d’improvisation, le comédien François-Étienne Paré aime les tournées comme celle qui s’est déployée depuis mardi, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. En plus des ateliers, elle comprend plusieurs spectacles qui, parce qu’ils sont regroupés dans le temps, amènent les participants à repousser les limites de leur pratique.

La région reçoit la LNI

Freinés par la tempête de mardi, les comédiens associés à la Ligue nationale d’improvisation (LNI) n’ont pas laissé cette contrariété gâcher le plaisir que leur procure leur séjour au Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui s’étirera jusqu’à jeudi. Les ateliers qui devaient être présentés à Alma ont été reportés, pas annulés, tandis que les cinq spectacles qui émailleront leur parcours offriront à ces vétérans la chance de repousser les limites de leur pratique.

Le premier a eu lieu vendredi, au Couvent de Saint-Prime. Suivront ceux de samedi à 20 h, à la Salle Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini, de dimanche à 14 h, à la Salle Michel-Côté d’Alma, de mardi à 19 h 30, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, ainsi que de mercredi à 20 h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. 

Ils découlent du projet As-tu perdu la langue ? , une initiative d’Objectif Scène appuyée par sept diffuseurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Salomé Corbo, Sophie Caron et François-Étienne Paré participeront à toutes ces rencontres, tandis que Didier Lucien sera remplacé par Sylvie Potvin à partir de mardi. 

C’est la deuxième année de suite que la LNI est engagée dans une tournée aussi dense, une expérience qu’apprécient les artistes en raison des progrès qui découlent de ce genre d’exercice.

« On apprend beaucoup lorsqu’on dispute cinq matchs en six jours et qu’on passe beaucoup de temps ensemble comme c’est le cas présentement. C’est pour cette raison que j’essaie d’intégrer le plus de comédiens possible dans nos sorties », a fait remarquer François-Étienne Paré mercredi, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Duels de haut calibre

Dans la première partie du spectacle, les improvisateurs de la LNI sont confrontés à une équipe regroupant des talents locaux. 

On pourrait croire que ceux-ci se font manger tout rond, eu égard à la grande expérience des visiteurs, mais tel n’est pas le cas. Il arrive même que le public accorde ses faveurs aux gens de la place et ce n’est pas toujours parce qu’il fait preuve de chauvinisme.

« Parmi les personnes que nous affrontons, il y en a qui sont très bonnes. En plus, nous ne venons pas chez elles pour faire les ‘‘smattes’’. Nous voulons mettre tout le monde en valeur », raconte François-Étienne Paré. 

Au retour de la pause, en revanche, on assiste à des duels à deux contre deux mettant en scène les représentants de la LNI.

C’est dans ce contexte qu’ils peuvent pousser le bouchon, ce que favorisent les impros commandées par l’arbitre Nicolas Pinson. 

« Il arrive encore à nous surprendre, confirme François-Étienne Paré, qui assume aussi la direction artistique de la LNI. Il impose des sujets parfois tordus, dans des catégories difficiles, et nous demande de tenir assez longtemps. »

Il se souvient d’une impro réalisée l’année dernière, en Abitibi, laquelle devait se mouler au théâtre de Tchekhov. Elle avait donné lieu à des échanges fructueux, ce qui est aussi le cas lors de soirées spéciales où les règles habituelles sont modifiées au profit de l’expérimentation. 

Ainsi voit-on des comédiens faire 30 minutes en respectant l’esprit de Molière ou Robert Lepage.

Toutes les impros ne fonctionnent pas comme on le voudrait, cependant. Il arrive que l’échec pointe le bout de son nez. 

« On a développé suffisamment d’habiletés pour cacher nos erreurs, mais ma consoeur Sophie Caron préférerait qu’on ne le fasse pas.

Elle croit que les impros ratées mettent en relief celles qui sont réussies », mentionne François-Étienne Paré. 

Le débat reste ouvert, et qui sait ? Peut-être qu’il progressera pendant le séjour des comédiens au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

L’impro: un éveilleur culturel

L’impro demeure populaire au Québec, ce qui ne signifie pas que tout baigne dans l’huile. Certes, le nombre d’adeptes est impressionnant, autant que la qualité du travail accompli par les comédiens associés à la Ligue nationale d’improvisation (LNI), mais l’État ne joue pas pleinement son rôle de soutien, estime François-Étienne Paré.

« La discipline est implantée dans 30 pays, en huit langues, et nos artistes sont toujours considérés comme les meilleurs au monde. Le milieu est peu appuyé, cependant, notamment en ce qui touche la recherche. Il faudrait tenir davantage d’ateliers, entre autres, dans le but de faire évoluer la discipline », estime le directeur artistique de la LNI.

S’agissant de la participation, il note que les activités régulières de la ligue se déroulent dans une salle de 530 places, à Montréal, et que le taux d’occupation joue autour de 80 %. Le public reste fidèle, tout comme les improvisateurs qui essaiment dans toutes les communautés. « Chaque semaine, au Québec, on donne 70 spectacles destinés aux adultes. Il y a aussi une ligue dans presque toutes les écoles », fait valoir François-Étienne Paré.

Lui-même se reconnaît parmi ces adeptes anonymes, puisque c’est ainsi qu’il a fait l’apprentissage de ce qui allait devenir son métier. « J’étais timide et l’impro a dévoilé une part de moi-même dont je n’avais pas conscience. Ensuite, j’ai joué au théâtre et j’ai développé un intérêt pour les textes », souligne le comédien, qui prend appui sur de telles expériences pour affirmer que la LNI constitue un éveilleur culturel, en plus d’un divertissement.