Andrée-Anne Giguère et une spectatrice équipée de lunettes de réalité virtuelle lors d’une répétition.

La réalité virtuelle au coeur d’un projet artistique

Inspirés par une résidence temporaire dans la ville française de Saint-Nazaire, six artistes de la Chaire de recherche en dramaturgie sonore de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) présenteront un projet novateur faisant appel à la réalité virtuelle lors du festival Mois Multi 2019 à Québec, le 7 février prochain.

Dans un mélange de danse, de textes projetés en français et en innu ainsi qu’un recours particulier à la réalité virtuelle sur scène, les six performeurs qui prennent part à ce projet du CRC en dramaturgie sonore recréent un univers sonore basé sur leur expérience acquise lors d’un séjour de onze jours, en septembre dernier, dans la petite commune située à l’embouchure de la Loire, à l’ouest de Nantes.

À l’aide de micros et de caméras, ils ont recueilli sons et images pour ramener ici une partie de ce qu’ils ont vécu là-bas.

« Le côté sonore est très important, confie Andrée-Anne Giguère, qui s’est occupée de la conception vidéo du projet. C’est comment on a écouté et vécu notre écoute de Saint-Nazaire. Ce n’est pas un portrait de Saint-Nazaire, mais bien l’expérience qu’on en a faite. Finalement, notre performance parle de l’ici et de l’ailleurs. Elle parle de comment on a vécu l’ailleurs à Saint-Nazaire », lance celle qui a été accompagnée dans cette aventure par cinq autres artisans, soit Edouard Germain (poète autochtone), François Harvey (concepteur sonore), Jean-Paul Quéinnec (titulaire de la CRC en dramaturgie sonore), Pierre Tremblay-Thériault (réalité virtuelle) et Maria Juliana Vélez (danse).

Réalité virtuelle

L’aspect qui retiendra l’attention des spectateurs concerne toutefois cette utilisation inédite de lunettes de réalité virtuelle afin de faire vivre à certains membres du public – mais aussi aux acteurs sur scène – une expérience multisensorielle.

Jean-Paul Quéinnec lors d’une prise de sons à Saint-Nazaire, en France.

« Ce qui nous intéressait dans cette recherche-là, c’est de voir comment cette technologie pouvait agir sur les corps des gens sur la scène. Quand on intègre ces lunettes-là, on ajoute un tout autre niveau à cet univers. C’est comme si, tout à coup, la personne qui les portait était dans une scène ailleurs, dans son ailleurs à elle. On voulait voir aussi comment se transforme le corps de l’acteur, comment se transforme le corps du spectateur et comment ça amène ces personnes-là vers un ailleurs tout en restant sur notre scène », explique Andrée-Anne Giguère.

« À l’intérieur des lunettes, on voit un Saint-Nazaire complètement réinterprété. On peut y voir des textes, des images du Pont levant en face duquel on habitait pendant les onze jours qu’on était là-bas. On voit un gros bunker allemand qui a été transformé en centre artistique. C’est plein d’éléments qui nous ont marqués et que Pierre [Tremblay-Thériault] a recréés. Les gens se retrouvent dans un Saint-Nazaire reconstruit », ajoute l’artiste interdisciplinaire détentrice depuis 2012 d’une maîtrise en art de l’UQAC.

Version complète

Le projet de la CRC en dramaturgie sonore sera présenté pour la première fois en version complète de 50 minutes le 7 février, après une première présentation au Centre national d’exposition de Jonquière, dans le cadre de l’exposition Résonnance.

Autre particularité intéressante de cet exercice : les spectateurs qui ne pourront pas se déplacer auront l’occasion d’assister à une représentation en direct sur le Web.

Les spectateurs à distance assisteront à une écriture poétique jumelant la scène et des vidéos d’archive de Saint-Nazaire, créant un langage différent de celui projeté sur scène du côté de Québec, rappelant une fois de plus ce désir d’illustrer cette représentation unique entre le « ici » et « l’ailleurs ».

La danseuse Maria Vélez ajoute du mouvement à la performance scénique.

Une représentation aura aussi lieu à Chicoutimi le 28 février prochain.