La pièce Tarte aux pommes réfléchit aux enjeux du système d’éducation, à l’heure où les millénariaux arrivent sur les bancs d’école des cégeps.

La pièce Tarte aux pommes du Théâtre du mortier: les millénariaux, enfants gâtés ou génération critique?

Alors, ces millénariaux ? Sont-ils des enfants gâtés incapables de prendre une décision ou une génération critique qui a appris à argumenter ? La pièce Tarte aux pommes, montée par le Théâtre du mortier, aborde le sujet de front. Elle était présentée pour une première fois, mercredi au Théâtre Banque Nationale, devant un public composé d’enseignants et de professionnels du Cégep de Chicoutimi.

L’histoire derrière la pièce est tout aussi intéressante que l’oeuvre en elle-même. Le Théâtre du mortier, qui s’est donné comme mission de développer des pièces avec une portée sociale, a conçu cet objet théâtral en collaboration avec les étudiants millénariaux du cégep. Ce sont leurs commentaires, récoltés à la suite d’entrevues, qui ont servi de matériel de base à l’écriture de Tarte aux pommes. Mercredi, on jouait l’oeuvre pour une première fois dans le cadre d’une journée pédagogique.

Joëlle Gobeil et Keven Girard interprètent deux étudiants qui amorcent leur parcours collégial.

Les quelques centaines d’employés du Cégep de Chicoutimi ont donc assisté à une oeuvre qui possédait à la fois un fort potentiel artistique, tout en démontrant les qualités d’une enquête sociologique.

L’écriture de la pièce touche la cible. À de nombreuses reprises, les professionnels du cégep ont semblé se reconnaître dans les dialogues de cette pièce qui dure un peu plus d’une heure.

Questionnements

Tarte aux pommes raconte la vie de Camille, jouée par Joëlle Gobeil, et Simon, interprété par Keven Girard, qui signe aussi le texte de la pièce écrite et montée en environ quatre mois.

Ces deux jeunes interagissent avec des figures d’autorités, qui prennent les traits de Valérie Essiambre. Celle qui porte différents chapeaux est tour à tour professeure de français, mère, cuisinière dans une cafétéria...

Les trois comédiens évoluent sur scène, dans une mise en scène qui est simple et imaginative. Des cubes de bois, qu’on empile et dissimule, sont à la fois des éléments de décors et des objets qui servent à la progression de l’histoire. En dehors de la portée pratique de l’oeuvre, on y pose des questions dont la portée dépasse la génération des millénariaux.

Sur le fond, l’arrivée au cégep amène des questionnements qui sont universels. Ce passage soulève des doutes qui résistent à l’épreuve du temps. Encore aujourd’hui, les parents inquiets de ces jeunes adultes espèrent que leurs enfants prendront des décisions qui assureront leur avenir. Les étudiants qui arrivent au cégep, eux, ne mesurent peut-être pas la portée que pourront avoir les choix qu’ils font à cette époque charnière.

Valérie Essiambre interprète plusieurs rôles dans cette production du Théâtre du mortier.

Rôle du professeur

À la fin, on se demande si ce n’est pas le rôle du professeur qui a changé à l’époque du numérique, plutôt que la personne qui est assise dans les classes. Quand toute l’information du monde est accessible en seulement quelques clics, la fonction d’enseignant doit elle aussi évoluer.

À l’heure où des prospecteurs tentent de combler des postes « qui n’existent même pas encore » et où la pénurie de main-d’oeuvre fait la manchette, un point semble faire consensus entre les générations : on ne réfléchit jamais trop aux enjeux du système d’éducation.

Tarte aux pommes sera présentée au Côté-Cour du 28 au 30 mai prochain. Après, les concepteurs espèrent pouvoir la jouer dans plusieurs cégeps à travers la province.