La touchante relation père-fille permet de méditer sur l’importance de la famille.

La pièce Mon Petit Prince, plus qu’un divertissement

Tenir en haleine une salle bondée de jeunes provenant du primaire, en plus d’aborder la difficile thématique du deuil, voilà le pari qu’ont relevé avec brio, vendredi matin, les compagnies théâtrales invitées à Jonquière. La représentation scolaire de Mon Petit Prince tenue à la salle Pierrette-Gaudreault a montré que cette adaptation du texte de St-Exupéry touche droit au but. Une autre représentation aura lieu samedi, à 13h30.

Il n’y a aucune déception de ne pas voir le petit habitant de l’astéroïde B612 sur scène et c’est d’entrée de jeu qu’on sent toute la force de la mouture que présentent les comédiens des théâtres du Gros Mécano et de la Petite Marée en collaboration avec le théâtre La Rubrique de Jonquière. La finesse avec laquelle sont récupérés les éléments-clés et concepts de l’oeuvre de l’écrivain français à travers l’histoire de la jeune Claudelle et de son papa aviateur impressionne. La fillette, qui s’accroche au récit du Petit Prince pour passer à travers l’épisode difficile de la perte de sa mère et des conséquences qui en découlent sur son noyau familial, tente par tous les moyens d’anéantir « le désert de son père » et « d’arracher les baobabs de son coeur » à l’aide des puissantes images bien connues du conte philosophique. Des rappels représentatifs (quelques personnages-clés, un exemplaire du Petit Prince) judicieusement choisis permettent de dresser l’atmosphère de St-Exupéry, mais le reste est création purement originale aux décors colorés, supportée par des comédiens convaincants. Un univers entièrement dédié aux jeunes de 7 ans et plus, mais qui ne fait nullement dans le puéril, le tout supporté par un texte magnifique et accessible, dans lequel petits et grands sont à la fois émus et émerveillés. Le rire prend une place naturelle et fréquente, malgré le tragique de la situation vécue par la jeune admiratrice du Petit Prince et son père.

À l’instar du Petit Prince qui montre son incompréhension des enjeux du monde des grandes personnes, l’héroïne de Mon Petit Prince, ricaneuse et dynamique malgré l’ennui constant qu’elle éprouve envers sa maman, tente de réapprivoiser son père, ravagé par le départ de son amoureuse. Ce pilote de brousse, qui, aux dires de Claudelle, « a ravagé sa planète intérieure », broie du noir et « a donné sa démission de père ». À travers les questionnements légitimes sur la mort, mais aussi sur l’amour et l’amitié, la trame narrative met en lumière la manière dont le drame est perçu différemment par l’enfant et l’adulte. Tout ceci dans une simplicité qui séduit le jeune public et fait réfléchir les parents. 

En douceur

L’éblouissante Chantal Dupuis, qui campe Claudelle, porte ses répliques à merveille et insuffle une agréable dose de dynamisme. Ranimant peu à peu le feu du réverbère éteint de son papa, son personnage émerveille les plus jeunes par sa maturité et sa résilience. Marc-Antoine Marceau, dans le rôle du père, et Marie-Pier Lagacé, parfois mère parfois renarde, complètent le tableau avec professionnalisme. La magnifique poésie qui est présente à chaque détour, autant dans les tirades que les actions est sans aucun doute ce qui est le plus marquant. À travers un vocabulaire riche, mais rendu dans un langage populaire et québécois, l’adaptation est une réussite pour le regard et les oreilles. Si, comme l’écrivait Antoine de St-Exupéry, l’essentiel est invisible pour les yeux, les théâtres du Gros Mécano et de la Petite Marée en mettent toutefois plein la vue, surtout au niveau des émotions ressenties durant la représentation. À cet égard, le texte d’Anne-Marie Olivier et Marie-Josée Bastien (qui assure aussi la mise en scène) est époustouflant.    

Une pièce qui fait du bien, dont la beauté jaillit à travers les craques de l’épisode difficile qui y est raconté. Un divertissement à voir en famille et qui permet de méditer en douceur sur l’importance de la relation parent-enfant.