Chasse à l’homme est signé de la plume de Sophie Létourneau, qui y explore à la fois les relations humaines et les rapports entre une autrice et son oeuvre.
Chasse à l’homme est signé de la plume de Sophie Létourneau, qui y explore à la fois les relations humaines et les rapports entre une autrice et son oeuvre.

La performance de l’écriture de Sophie Létourneau

Avec Chasse à l’homme, l’autrice Sophie Létourneau dessine les lignes d’un autre rapport entre l’écrivain et son personnage, proposant une réalité romancée où le cheminement littéraire s’ajoute au développement personnel. Publié à La Peuplade, le livre est disponible en librairie depuis le 5 mars.

« On présente souvent l’autofiction comme un mélange de vérité et de mensonge. C’est faux. L’autofiction n’est pas un cocktail. La représentation de la réalité et de la fiction importe moins que la performance par laquelle l’écrivain se met en danger. Le geste par lequel il ou elle engage son corps, ses proches, sa vie (sa mort). » Si, après avoir lu les premières lignes de Chasse à l’homme, on était tentés de croire que Sophie Létourneau nous propose une autofiction, l’autrice nous détrompe rapidement.

Chasse à l’homme est en librairie depuis le 5 mars.

« Ce n’est pas une autofiction, répond-elle. En anglais, on appellerait ça de la “nonfiction”. Je ne me mets pas en scène comme Nelly Arcand ou Annie Ernaux. Tout ce qui est raconté est réel, mais il y a une part de fiction. Avant l’acte d’écriture, il y a une part d’imagination. Je me contente d’être le personnage, pour ensuite l’écrire. » L’effet de réel, cependant, peut parfois signifier de laisser tomber certains événements véritables. « J’ai coupé beaucoup de choses qui étaient arrivées pour vrai, affirme Sophie Létourneau, pour respecter le pacte de vraisemblance, pour que ça reste crédible. »

L’autrice assure que ce qui lui pose le plus de difficultés est l’intégration de certains membres de son entourage au récit. « Les décisions que j’ai prises, au final, je les assume, affirme-t-elle. La plus grande sensibilité que j’ai, c’est de ne pas faire de peine aux gens que j’aime. Quand tu écris ta vie, tu te rends compte que tu ne veux pas écrire la vie des autres. J’ai comme compris pourquoi on peut reprocher aux écrivains leur narcissisme, mais tu ne peux pas inventer la vie des autres. » Elle admet avoir choisi d’écarter de son récit tout ce qui a trait au travail. « Pour moi, ce n’était pas le lieu d’en parler », renchérit-elle.

L’importance du processus d’écriture

Sophie Létourneau souligne à maintes reprises l’importance de la démarche derrière l’écriture d’une œuvre qui traite de faits vécus. « Quand tu es dans l’écriture du réel, la question de la démarche se pose, comment tu vas faire ton projet, quelles limites tu vas poser. Parler juste de la narratrice, ce serait passer à côté. À partir du moment où tu travailles le vécu, tu te poses la question, comme artiste, [de savoir] comment tu vas travailler. »

L’autrice admet aussi se questionner sur le traitement médiatique entourant les livres comme Chasse à l’homme. « Il y a une espèce de flou médiatique qui fait qu’on va mettre dans la catégorie romans des livres qui ne sont pas des romans. Il faut qu’on trouve comment parler de manière intelligente de ces objets-là. »

UN NOUVEAU PROJET SUR LES RAILS

Alors que Chasse à l’homme est à peine sorti, Sophie Létourneau raconte avoir déjà un nouveau projet d’écriture.

« J’ai reçu une subvention pour un projet d’écriture non fictionnelle tourné vers la scène musicale de Québec dans les années 90, décrit l’autrice. J’interview des musiciens, des gérants de bar, des disquaires et, à partir des entrevues et d’une recherche documentaire, je vais écrire le portrait de ces gens-là, pour raconter c’était quoi le Vieux-Québec dans les années 90, dans le temps que c’était encore un endroit crade, pas touristique. Il n’y a pas vraiment d’archives de ça. »

Le projet sera donc à l’opposé de Chasse à l’homme, présentant une vision autre que celle de Sophie Létourneau, qui n’est pas familière avec ce sujet. « Je n’étais pas très vieille dans ces années-là. C’est une époque que j’ai traversée, mais que je n’ai pas vécu au premier plan. »