Allen Côté jongle avec l'univers d'un enfant qui a grandi dans les années 1960, de même que celui d'un homme confronté à un projet de paternité imprévu, dans le roman On n'entend plus jouer les enfants.

La nouvelle histoire d'Allen Côté

Un enfant à Kénogami à la fin des années 1960. Un auteur de romans policiers qui ne sait plus quoi faire de son héros. Un homme qui se voit offrir la chance de devenir père pour une première fois, sur un plateau d'argent. Ces personnages cohabitent à l'intérieur de la nouvelle histoire concoctée par Allen Côté : On n'entend plus jouer les enfants.
L'élément déclencheur fut la rencontre d'une femme avec laquelle l'auteur se serait vu dans le rôle de père, même si ce voeu n'a jamais été exprimé. « Comme j'étais dans la cinquantaine et que je n'avais pas d'enfant, ça m'a fait réfléchir. Je me suis posé des questions sur la paternité », a confié le Saguenéen il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée au journal.
Allen Côté précise que c'est la première histoire qu'il a voulu relater. Il a imaginé une femme rendue au milieu de la trentaine, dont la carrière dans le monde de la danse tire à sa fin. Elle sent très fort l'appel de la maternité et s'attache à l'auteur de polars. Celui-ci est heureux, flatté par tant de sollicitude, tout en affichant un certain malaise. On le sent hésitant, en effet. Est-il trop âgé ? Saurait-il aimer le petit ?
C'est là qu'apparaît Alex, un petit bonhomme dont la vie est bouleversée par la décision de sa mère de l'envoyer dans une institution privée de Chicoutimi, pour une année. Lui qui réside chez ses grands-parents à Kénogami, qui est bien intégré à l'école du quartier, ne comprend pas ce désir de sa mère de le déraciner. Il ignore que c'est la première étape d'un plan dont l'objectif consiste à les ramener, lui et son frère, sous le giron maternel.
On le voit donc traverser comme un chemin de croix cette année à l'École Apostolique. Sa santé périclite au même rythme que ses notes, tandis que son moral descend au troisième sous-sol. Ce récit est d'autant plus émouvant qu'on lui trouve des accents de vérité et, justement, c'est la partie du roman qui se moule le plus étroitement à la biographie de l'auteur.
« C'est l'histoire la plus personnelle du livre, tout comme celle du père d'Alex qu'on revoit lorsque celui-ci a atteint l'âge adulte. J'ai eu du plaisir à écrire sur ce petit garçon coupé de ses grands-parents par une mère qui pensait bien faire, sauf qu'à la fin du processus de création, j'ai trouvé ça dur de voir que ce petit gars que j'avais retrouvé s'en allait dans un bouquin. J'ai perdu dix livres en l'espace de trois semaines », décrit Allen Côté.
Quant à l'auteur de polars, il a donné naissance à un inspecteur qui devrait revivre à l'intérieur d'une huitième aventure. Il sait déjà que cet ouvrage mettra en scène un tireur fou, mais le travail n'avance guère parce que c'est un personnage bien plus près de lui, Alex, qui occupe ses pensées, qui le pousse à écrire presque malgré lui.
« Je profite de l'occasion pour dépeindre la réalité de la plupart des romanciers québécois, ceux qui ne sont pas des vedettes et qui ne vivent pas de leur plume », fait observer Allen Côté, dont le livre sera lancé le 12 septembre, à la bibliothèque municipale de Jonquière. Il s'agit de sa première publication chez Annika Parance Éditeur.
Un romancier qui prend son temps
Trois livres en l'espace de 20 ans. Allen Côté n'est pas du genre à squatter les librairies tous les automnes, un nouveau titre sous le bras. Ses romans naissent à feu très doux parce qu'il refuse de brusquer les mots, fait et refait constamment ses phrases afin de trouver la formulation la plus satisfaisante.
Or, même quand il produit une page dans sa journée, le rythme le plus élevé en ce qui le concerne, ce n'est pas la fin de l'histoire. Souvent, en effet, l'envie lui prend d'élaguer, si bien qu'il peut rester quelques lignes seulement, peut-être un paragraphe, à la fin de l'exercice. « J'écris lentement », confirme en souriant le principal intéressé.
Son entrée officielle dans le monde littéraire remonte à la publication de La ruelle au fond du coeur, en 1997. Cette histoire laissant filtrer ses racines jonquiéroises possédait de belles qualités, mais un geste posé par le patron des Intouchables, l'irrépressible Michel Brûlé, lui a enlevé toute chance de rejoindre le public.
« Il avait eu l'idée d'ajouter un bandeau sur lequel il était écrit que c'était meilleur que du Michel Tremblay. J'aurais préféré une autre formule, qu'on dise aux gens que s'ils aiment Tremblay, ils devraient jeter un oeil sur ce roman, mais il n'y avait pas moyen de le convaincre. Bien sûr, tous les critiques me sont tombés dessus », raconte Allen Côté.
Traversée du désert
Cet épisode a ouvert ce qu'il identifie comme sa traversée du désert. L'homme a rangé sa plume jusqu'en 2006, alors qu'il s'est attaqué au manuscrit de sa deuxième publication, La société du campus. Entre-temps, déçu par ses expériences sur le marché du travail, à Montréal comme au Saguenay, il a pris la décision de se consacrer entièrement à l'écriture, quitte à vivre aussi modestement qu'il est possible de le faire sous ces latitudes.
Ce choix commence à porter ses fruits puisqu'On n'entend plus jouer les enfants n'est pas le seul texte produit dans les dernières années. « Ça ne prendra pas dix ans, la prochaine fois. J'ai un roman plus petit qui est déjà prêt et un autre qui porte sur une femme qui a tenu quatre bars dans la région. Il est en chantier depuis quatre ans », annonce l'auteur.
Ce qui lui donne confiance, aussi, c'est sa collaboration naissante avec l'éditrice Annika Parance, celle qui mettra en marché le nouveau roman à compter du 7 septembre. « Je lui avais envoyé deux manuscrits et elle m'a répondu qu'ils avaient été acceptés par le comité de lecture. Le travail sur l'un d'eux, celui qui sera publié, a été super », rapporte Allen Côté.