Jeremy Dutcher chante dans une langue autochtone que moins de 100 personnes maîtrisent.

La musique pour garder une langue vivante

Pour l’artiste de la Première Nation Wolastoqiyik, Jeremy Dutcher, la création est un moyen de conserver la mémoire de ses ancêtres vivante. Pour celui qui entreprend sa première tournée québécoise en mars, tournée qui s’arrêtera dans six villes, de Québec à Saguenay (le 22 mars à 14 h, au Théâtre Banque Nationale), en passant par Sherbrooke, la musique est un moyen de défendre sa langue et son identité.

Jeremy Dutcher est un artiste hors du commun. Originaire du Nouveau-Brunswick, faisant partie du « Peuple de la belle rivière », il possède une formation universitaire en musique classique et en anthropologie. Le pianiste et ténor chante dans une langue autochtone qui se meurt : moins d’une centaine de personnes parlent couramment le wolastoqey aujourd’hui.

« Je pense que les Québécois vont être sensibles à ce que je propose, à l’urgence de défendre une langue. Je crois que vous allez comprendre pourquoi je chante dans cette langue. Nous luttons présentement pour la garder vivante », explique-t-il dans une entrevue accordée au Progrès.

« Une langue, ce n’est pas seulement des mots, ajoute-t-il. C’est une manière distincte de voir le monde. »

Succès critique

Si Wolastoqiyik Lintuwakonawa, son premier album, ne possède pas un fort potentiel commercial, il a obtenu un succès critique et d’estime inespérée. Jeremy Dutcher a remporté le prix Polaris en 2018, un prix qui récompense un disque pour ses qualités artistiques sans égards à ses ventes, et des prix Junos. Jeremy Dutcher est maintenant connu partout dans le monde.

Le chanteur autochtoneJeremy Dutcher entreprend en mars sa première tournée du Québec.

À l’heure où la promesse de réconciliation entre les nations faite par le gouvernement de Justin Trudeau tarde à se matérialiser, estime l’artiste, cette reconnaissance démontre que nous faisons collectivement des pas dans la bonne direction.

« J’écris sur la vie des autochtones, à travers le temps. Mes chansons racontent comment nous vivions, et comment nous vivons aujourd’hui. Elle porte sur cette dualité. Dans ma musique, je veux montrer aux gens vers où on se dirige », exprime-t-il.

L’écoute et la conversation entre les nations, même si des événements comme le blocage des voies ferrées par certains autochtones et la crise politique qui s’en est suivi existent encore, n’ont jamais été meilleures. Sa vision des relations entre les peuples demeure positive.

« À l’heure actuelle, nous sommes attentifs à ce que les autres nations ont à dire, à leurs histoires. Je me considère chanceux. En tant que jeune artiste, j’arrive dans un contexte où l’ouverture d’esprit n’a jamais été aussi grande », pense celui qui habite maintenant à Montréal.

Jeremy Dutcher croit que la présence des artistes des Premières Nations dans la culture mainstream ne fait que commencer. Il se perçoit comme le porte-étendard d’une nouvelle génération de créateurs autochtones, qui prendront la place qui leur revient dans les prochaines années.

De souche

La tournée québécoise de Jeremy Dutcher est donc un moyen d’établir un premier contact avec les Québécois. S’il planche déjà sur de la nouvelle musique, le musicien veut faire entendre son disque Wolastoqiyik Lintuwakonawa aux spectateurs de la Belle province. Le Québec, c’est un peu chez lui.

« Les frontières originales de notre territoire dépassent celle du Nouveau-Brunswick et s’étendent au Québec. À la blague, j’ai hâte d’avoir la conversation avec des Québécois de ‘‘souche’’ et de dire : ‘‘je suis un autochtone de souche’’ ».