Voici les instruments que Marie-Claude Simard pourra utiliser afin d’initier des enfants du centre-ville de Chicoutimi à la musique. Plusieurs proviennent du Conservatoire de musique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui en a fait don à la violoniste. Ils seront restaurés dans les prochaines semaines.

La musique offerte à des enfants du centre-ville

C’est le genre d’initiative qui redonne foi en l’humanité. Longtemps, la violoniste Marie-Claude Simard a entretenu le désir d’enseigner la musique à des enfants qui, pour toutes sortes de raisons, n’y ont pas accès. Comme elle réside au centre-ville de Chicoutimi, c’est là que le projet devait prendre forme. Voici que deux groupes ont été constitués depuis le début de 2019. L’un d’eux a pour nom Le Chicoutimi Downtown Band, tandis que l’autre se fait appeler Le Gang du centre-ville.

« L’idée, c’est que je donne des cours gratuitement, en plus de fournir les instruments. Je leur prête les miens, mais grâce à un don du Conservatoire de musique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, ainsi que la collaboration de deux luthiers, la collection va s’enrichir d’un violon et de trois violoncelles. C’est un cadeau du ciel », a confié Marie-Claude Simard, au cours d’une entrevue accordée au Progrès. Le premier groupe est né de la manière la plus simple qu’on puisse imaginer. Elle a cogné à la porte de quelques appartements où vivaient des enfants, et six ont exprimé de l’intérêt. Depuis un mois, ils se rendent à sa résidence deux fois par semaine : le mercredi, de 16 h à 17 h, et le samedi, de 10 h à 11 h.

« Les filles s’initient au violon, tandis que les gars font de la guitare avec Clément, avec qui ils montent un blues. Je tiens à ce qu’ils jouent de la musique tout de suite », raconte Marie-Claude Simard.

Le Clément dont elle parle, c’est son vieux complice, Clément Tremblay. Ensemble, ils ont formé L’Ensemble Bouffon en 1996, une aventure qui se poursuit toujours. Et bien sûr, il prête son concours au projet en affichant son enthousiasme habituel » « On est en train de partir une cellule ! On veut que le centre-ville devienne le quartier de la musique », avance-t-il.

Tout en poursuivant les activités de L’Ensemble Bouffon, qui vient de sortir un album intitulé De l’Irlande au Saguenay, Clément Tremblay et Marie-Claude Simard participent aux formations dispensées gratuitement à une dizaine d’enfants du centre-ville de Chicoutimi.

Progression rapide

Le Chicoutimi Downtown Band avait pris son erre d’aller quand des gens de l’école Antoine-de Saint-Exupéry ont contacté Marie-Claude Simard. Cinq élèves du primaire ont ainsi constitué Le gang du centre-ville, actif depuis trois semaines. Les rencontres hebdomadaires ont lieu sur la rue Sainte-Anne, au Centre des enfants. « Les jeunes sont réceptifs. On voit qu’ils aiment la musique », note Clément Tremblay. « Je leur parle comme s’ils étaient des collègues, des adultes. C’est passionnant », ajoute la violoniste.

Elle s’émerveille également des progrès enregistrés par les membres du Chicoutimi Downtown Band. « Certains sont déjà capables de s’accorder. Je connais des professionnels qui n’y arrivent pas », souligne Marie-Claude Simard d’un ton amusé. Elle remarque également que les enfants deviennent plus calmes à force de pratiquer. La musique a aussi pour effet d’aiguiser leur mémoire et de favoriser le travail en groupe, tous ayant pour objectif de produire de la beauté.

Réalisant que son projet pourrait intéresser d’autres jeunes du centre-ville, la musicienne lance un appel à tous. Ceux qui ont des instruments à partager, et pas uniquement des violons, sont invités à la contacter au 418 549-1799.

« Nous sommes à la recherche de petits instruments, qu’ils soient brisés ou non. En même temps, nous avons besoin d’argent pour acheter différentes choses, notamment des partitions », indique-t-elle.

Saguenay (Chicoutimi) 
 Marie Claude Simard 
 Photo Rocket Lavoie Le Quotidien

Revenant sur son partenariat avec le conservatoire, Marie-Claude Simard laisse entrevoir que d’autres avenues se dessinent, parallèlement au don d’instruments. Puisque l’institution a aussi formé un groupe de jeunes qui s’initient à la musique uniquement pour le plaisir, la porte est ouverte à des maillages avec le Chicoutimi Downtown Band, ainsi que Le Gang du centre-ville.

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LE CHARME INTERNATIONAL DE L'ENSEMBLE BOUFFON

Fondé en 1996, L’Ensemble Bouffon connaît une carrière aussi gratifiante que discrète. Le duo formé de la violoniste Marie-Claude Simard et du guitariste Clément Tremblay donne moins de spectacles dans les restaurants du Saguenay, comme à l’heureuse époque où il était possible de bruncher au son des airs traditionnels de son vaste répertoire. Depuis plusieurs années, c’est à La Baie, plus précisément au Pavillon des croisières internationales, qu’on court la chance de l’entendre.

Chaque fois qu’un bateau y fait escale, ou presque, le groupe est invité à jouer à l’intérieur du bâtiment. Parfois appuyé par la violoniste Jessy Dubé, il a pour mandat de faire de la musique pendant trois heures, à compter de 8 h. « On se lève à 5 h du matin pour y aller et on aime ça. Quand on se produit devant un public qui ne nous connaît pas, on est confrontés à la vérité », affirme Clément Tremblay.

Personne n’est obligé d’écouter, mais ils sont nombreux à succomber au charme de L’Ensemble Bouffon. « Des fois, il y a de 100 à 150 personnes devant nous, et ça se met à danser, ça tape des mains, raconte le guitariste. Après, j’en vois qui sortent leur tablette pour montrer des images de nous captées quelques années plus tôt, au même endroit. »

Ce public vient de partout dans le monde et comprend de véritables connaisseurs. Ceux-ci réalisent que les interprétations livrées par le groupe ne sont pas le fait de tâcherons et prennent plaisir à échanger avec les musiciens. Ils sont nombreux, aussi, à repartir avec un CD, ce qui a justifié la production d’un sixième album intitulé De l’Irlande au Saguenay. « L’enregistrement a été effectué à Québec par mon frère, Sylvain-Dominique Simard. À l’exception d’un pot-pourri consacré à la musique traditionnelle du Canada français, on y trouve uniquement des pièces instrumentales irlandaises. Elles reflètent une part de mes origines, du côté de mon père. Un membre de sa famille est parti de Cork pour aboutir à Grosse-Île », relate Marie-Claude Simard.

Clément Tremblay affirme que l’un des airs figurant sur le nouvel encodé, Ashokan Farewell, suscite beaucoup d’émotion quand L’Ensemble Bouffon l’interprète à La Baie. « Il est connu et il y a toujours quelqu’un qui braille. Chaque fois qu’on va le jouer, c’est sûr qu’on va vendre au moins un disque », lance le guitariste en riant.