Alain Desgagné donnera un concert de musique de chambre le 31 mars, à Jonquière, afin de remercier la Fondation Asselin.

La mémoire du coeur

Pendant que vous lisez ces lignes, Alain Desgagné participe à une tournée européenne avec l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM). Membre de cette formation depuis 2001, le clarinettiste originaire d’Arvida joue dans les plus belles salles du monde, sous la direction du maestro Kent Nagano. Il apprécie pleinement ce genre d’expérience, tout en gardant en mémoire l’impact qu’a eu la Fondation Asselin sur son fabuleux parcours.

À l’âge de 20 ans, en effet, sa carrière donnait l’impression de plafonner, sans toutefois altérer sa bonne humeur. Après des études à l’Atelier de musique de Jonquière et au Conservatoire de musique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’interprète partageait son temps entre l’enseignement et l’Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, avec lequel il se produisait. « J’avais une belle vie », a-t-il confié récemment, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

L’idée que son talent pouvait être magnifié lui trottait dans la tête, cependant. Elle l’a poussé à suivre quelques leçons à Chicago, auprès d’un maître de la clarinette, le professeur Robert Marcellus. Une expérience qui s’est révélée décisive. « Tous les deux, nous avons eu un coup de foudre professionnel. Le problème est qu’après cinq cours étalés sur un mois, je devais aller plus loin, franchir une autre étape pour progresser. C’est là que la Fondation Asselin est intervenue », note l’Arvidien.

Son professeur lui a trouvé une bourse importante, laquelle a été jumelée à deux bourses accordées par la Fondation Asselin, qui, rappelons-le, travaille de concert – sans jeu de mots – avec le Cégep de Jonquière. « C’est ainsi que j’ai pu étudier pendant deux ans à l’Université Northwestern sans accumuler de dettes, ce qui m’a permis de décrocher un certificat, de même qu’une maîtrise en interprétation », fait observer Alain Desgagné.

Un concert à Jonquière

Sitôt complétée sa formation à Chicago, l’Arvidien a mesuré l’impact de ses échanges avec Robert Marcellus. Un enseignant de ce calibre possède de précieux contacts, partout dans le monde. Il sait où se donnent les auditions les plus prometteuses. Sa réputation, qui rejaillit sur ses élèves, ouvre bien des portes. Une fois invité à montrer ce qu’il sait faire, toutefois, le musicien doit se débrouiller seul. Dans les essais à l’aveugle, seul le résultat compte.

C’est donc en vertu de ses mérites qu’Alain Desgagné a décroché un poste au Victoria Symphony en 1989, suivi, dix ans plus tard, par sa nomination à titre de clarinette solo au Winnipeg Symphony. Une fonction équivalente lui a été confiée par l’OSM, ce qui a marqué son retour au Québec. Embauché à la fin du règne de Charles Dutoit, il a ajouté à sa liste de tâches celles que lui confère, depuis 2002, son statut de professeur à l’Université McGill.

Ces fonctions rythment sa vie depuis si longtemps qu’il aurait été facile d’oublier l’appui accordé par sa communauté d’origine. Or, Alain Desgagné a la mémoire du coeur, ce que démontre le concert qu’il donnera le 31 mars, à 16 h, à la salle François-Brassard de Jonquière. Accessible au coût de 50 $ – on réserve au 418 542-4102 –, il aura lieu sous la présidence d’honneur de Jo-Ann Prébinski, l’ancienne directrice du Centre linguistique du Cégep de Jonquière.

Deux musiciennes provenant de la région accompagneront le clarinettiste. En plus de sa consoeur Nadia Côté, 4e cor à l’OSM, le trio comprendra la pianiste Sandra Murray, enseignante et accompagnatrice au Conservatoire de musique de Montréal. « Tous les trois, nous avons étudié au Conservatoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean », souligne Alain Desgagné, avec un brin de fierté dans la voix.

Le programme comprendra des pièces exécutées en trio, ainsi que des duos. L’un des moments forts sera le Trio opus 274 de Carl Reinecke, laisse entrevoir le musicien. « Il s’agit d’une belle pièce romantique, une pièce agréable à jouer. Nous allons aussi présenter un duo de Michele Mangani, Executive, pour clarinette et piano. Il est inspiré par un thème de Mozart. »

Trois titres de Mendelssohn et d’autres de Cahuzac, Neuling, Franz Strauss et Sobeck compléteront le programme. « Ça fait un bout de temps que je n’ai pas joué dans la région. Je serai content de le faire avec Nadia et Sandra », raconte Alain Desgagné.

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«LA FIN D'UNE ÉPOQUE»

Embauché à l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) sous le règne de Charles Dutoit, le clarinettiste Alain Desgagné a peu joué sous sa direction. L’homme est parti à la suite d’un conflit avec les musiciens, ce qui a ouvert une période de turbulence à laquelle le conseil d’administration a mis un terme lorsqu’il a recruté le maestro Kent Nagano.

Au moment où celui-ci amorce sa dernière année avec l’OSM, on commence à dresser un bilan de son action. Comme bien des observateurs, l’Arvidien la juge globalement positive. « Son départ marque la fin d’une époque. Je trouve fantastique que cette fois, la transition se passe bien », a-t-il commenté, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Ce qui l’a impressionné, entre autres, c’est la curiosité affichée par le chef d’orchestre. Originaire de la Californie, il s’est mis en tête d’explorer la culture québécoise sous toutes ses coutures, ce qui a mené à des collaborations avec le conteur Fred Pellerin et divers chanteurs populaires, ainsi que la création de nombreuses oeuvres commandées à des compositeurs d’ici.

Au plan musical, Kent Nagano a préservé l’héritage de son prédécesseur, qui avait fait de l’OSM l’une des formations les plus renommées en ce qui touche le répertoire français. Ça ne l’a pas empêché, cependant, d’imprimer sa marque à lui. « Tout en demeurant fidèle à la musique française, qui fait partie de notre ADN, il a exploré le classique allemand par l’entremise de compositeurs comme Haydn et Beethoven », analyse Alain Desgagné.

Ce qui ne gâte rien, le maestro a veillé à ce que les finances soient saines. C’est également sous sa gouverne que l’OSM est entré à la Maison symphonique, un lieu dont l’acoustique ne cesse d’émerveiller le clarinettiste. « Je n’en reviens pas encore d’avoir assisté à la construction de cette salle, alors qu’on traversait une crise économique, fait-il observer. Pour que ça fonctionne, il fallait que le chef soit en mesure de trouver des fonds. »