Depuis vendredi, une maison étrange se dresse à l’intérieur des locaux de IQ L’Atelier, situés au 48 rue Saint-Joseph à Alma. Faite de bric et de broc, cette oeuvre de l’artiste arvidien Kevin Titzer est constituée de matériaux rassemblés par ses soins, jumelés à ceux provenant de différents collaborateurs. On reconnaît l’esthétique de ses sculptures, mais aussi plein de références au milieu qui a vu naître cette microrésidence dans le cadre de la Flashe Fête.

La maison de tous les étonnements

Depuis vendredi, une maison étrange se dresse à l’intérieur des locaux de IQ L’Atelier, situés au 48 rue Saint-Joseph à Alma. Faite de bric et de broc, cette oeuvre de l’artiste arvidien Kevin Titzer est constituée de matériaux rassemblés par ses soins, jumelés à ceux provenant de différents collaborateurs. On reconnaît l’esthétique de ses sculptures, mais aussi plein de références au milieu qui a vu naître cette microrésidence dans le cadre de la Flashe Fête.

Il s’agit de son deuxième projet de cette nature, le premier ayant pris forme récemment au Mexique. Le principe consiste à recycler des choses trouvées sur place afin de monter une structure qui, forcément, sera dépareillée. On dirait les chalets construits par nos grands-pères dans les années 1950 et 1960, de modestes habitations faites avec les moyens du bord, dont le principal mérite était de consacrer l’accès de la famille à un plan d’eau.

Elles avaient un côté touchant que reflète l’oeuvre de Kevin Titzer, qui comporte tant de détails qu’il vaut la peine de l’examiner lentement. Ainsi reconnaîtra-t-on des valises d’un autre temps, une catalogne, des boîtes à lunch évocatrices du travail en usine, de même qu’un seau en métal dont le fond a été retiré, ce qui permet de découvrir une sculpture de l’artiste nichée à l’intérieur.

C’est d’ailleurs un jeu que de dénicher les ouvertures, un phénomène qui avait pris une ampleur inattendue au Mexique. Des enfants debout, à genoux, couchés, avaient traqué les moindres replis de la microrésidence, pris dans une frénésie que le sculpteur compare à celle d’une course aux oeufs de Pâques. «Ça ne saute pas aux yeux et même quand on a repéré l’un de ces espaces, il faut l’examiner avec soin parce que j’ai exploité tous les recoins», a-t-il mentionné au Progrès.

La récompense, c’est de tomber sur un personnage minuscule dont les cheveux et les mains font penser à des branches, à un drôle de bonhomme faisant penser à une statue primitive, ou encore à des têtes pas plus grosses qu’un oeuf, mais qui parlent davantage que trois articles comme celui-ci. Les sculptures sont mises en valeur par un éclairage étudié, parfois aussi par un enrobage musical. Et bien sûr, l’effet de proximité en magnifie l’impact.

«Il y a une dimension ludique là-dedans», constate la directrice de IQ L’Atelier, Bianca Villeneuve. Elle qui veille aux destinées de la Flashe Fête invite d’ailleurs la population à voir l’oeuvre samedi. Le local sera ouvert du matin jusque tard en soirée, en effet, alors que d’autres activités comprenant un happening de création, un double vernissage et un spectacle d’impro théâtrale s’y dérouleront en succession.

La microrésidence devait être détruite à la fin de la Flashe Fête, mais les gens d’IQ L’Atelier ont jugé opportun de prolonger sa vie d’un mois. Ils s’attendent à accueillir des groupes et lancent une invitation aux particuliers désireux de voir quelles formes peut emprunter l’art éphémère. Pour prendre rendez-vous, il suffit de téléphoner au numéro 418-668-2121.

Le plaisir de créer une oeuvre éphémère

Le plaisir que procurent les microrésidences de Kevin Titzer n’est pas ressenti uniquement par les visiteurs. L’artiste lui-même a développé un goût pour ces structures éphémères, fabriquées trop rapidement pour qu’il succombe à la tentation de les peaufiner à l’infini. «C’est après avoir passé 20 ans à créer des sculptures d’une grande précision, en souhaitant qu’elles passent l’épreuve du temps, que cette idée m’est venue», fait-il observer.

Dès sa première tentative au Mexique, où l’Arvidien a dû improviser à partir des matériaux dénichés en l’espace de quelques jours, cette approche diamétralement opposée à ses pratiques antérieures l’a séduit. On peut même affirmer qu’il y a eu quelque chose de libérateur dans le fait de travailler en ne pensant qu’au moment présent, sans se demander, par exemple, s’il y aurait un acheteur.

«C’est pendant ma collaboration avec le Théâtre de la Tortue Noire que j’ai découvert cette notion que j’ai décidé d’embrasser. Une fois la représentation terminée, en effet, il n’en reste aucune trace. C’est fini», énonce Kevin Titzer. Il a également réalisé que ses microrésidences ouvraient des perspectives intéressantes en termes de diffusion. Celle d’Alma est à peine terminée qu’une troisième pointe à l’horizon. Et d’autres dans la foulée.

Le sculpteur se rendra ainsi dans le Midwest en septembre, plus précisément sur le campus de la University Of Southern Indiana, situé à Evansville. Puisque c’est  sa ville natale, le séjour de deux semaines effectué là-bas prendra une forme légèrement différente. Ce sont ses propres références qu’il aura l’occasion d’explorer.

Pour lui porter chance, Kevin Titzer pourrait apporter l’une des nombreuses médailles accrochées sur la microrésidence almatoise, un clin d’oeil à la forte présence de l’Église catholique dans la région. Ce serait toutefois contraire à ses pratiques puisque cette oeuvre sera détruite, comme la précédente. Seules quelques sculptures survivront, autant de cadeaux pour les personnes qui l’ont aidé à mener à bien ce projet.