Paul Vachon dans Les derniers vilains.

La lutte vue par Paul Vachon

CHRONIQUE / Je savais que Les derniers vilains me plairait, mais pas à ce point. Diffusé récemment à Télé-Québec, ce documentaire réalisé par Thomas Rinfret donne la parole à l’ancien lutteur Paul Vachon, surnommé The Butcher. Maintenant âgé de 80 ans, il fait revivre l’époque où des gens comme lui, comme son frère Maurice, sa soeur Viviane et sa fille Luna, tous décédés, campaient le rôle des méchants avec un zèle admirable.

Ce que j’ai aimé, outre les films d’archives montrant les membres de la famille en action, ce sont les coulisses du métier, bien plus intéressantes que le débat à propos des combats arrangés. Par exemple, Paul explique que le péché mortel pour un lutteur consistait à déroger de son personnage. On aimait les certitudes et c’est pour cette raison que Maurice est devenu une star. Dans le genre vilain, il était dur à battre.

Ça m’a rappelé que dans une entrevue accordée au magazine Rolling Stone, dans les années 1980, le chanteur Prince avait parlé de lui. Il gardait le souvenir des apparitions du Québécois au petit écran. Même au Minnesota, où a grandi Sa Majesté Pourpre, l’homme avait le don de terrifier les enfants. Personne ne lui arrivait à la cheville, surtout pas son frère cadet, grand, costaud, mais beaucoup plus doux.

On le voit vivre dans une roulotte au Vermont, en compagnie de son épouse devenue une aidante naturelle. Malgré ses ennuis de santé, malgré le fait qu’il se déplace le dos courbé en s’appuyant sur une marchette, Paul Vachon s’accroche à sa légende. Il fait la promotion de ses livres consacrés à la saga des Vachon, fréquente les rassemblements de lutteurs à la retraite, vend des souvenirs dans des marchés aux puces, autant d’occasions d’égrener des anecdotes tantôt tristes, tantôt savoureuses.

L’homme est touchant sans susciter la pitié, puisqu’il est demeuré fidèle à ses choix. C’était un vagabond de luxe au temps des tournées internationales et ce côté nomade lui sied toujours. La différence tient au fait que les distances sont plus modestes, au même titre que les revenus tirés de ses activités. Lui qui a grandi sur une ferme, dans un village minuscule, n’a jamais regretté sa décision de rejoindre Maurice dans l’arène. Il voulait voir le monde, mener grand train, des désirs qui sont devenus réalité.

Le documentaire lui donne toute la place et le présente comme un conteur, une manière de reconnaître qu’il peut y avoir des imprécisions, voire des exagérations à la marge. Ce qui ressort au final, c’est à quel point les lutteurs d’antan étaient des personnes attachantes, proches des gens. Ils se produisaient à Londres, mais aussi à Alma et Jonquière. Leurs personnages ont marqué l’imaginaire des Québécois, bien avant l’ère des super héros.