Ainsi que l’illustre cette photographie, le film Hochelaga, terre des âmes réserve une place de choix aux Amérindiens, comme pour témoigner de leur lien privilégié avec le territoire où se déploie aujourd’hui la ville de Montréal.

La leçon d’histoire de François Girard

CRITIQUE / Il est rare qu’on connaisse les anciens propriétaires de notre maison, sauf évidemment le dernier, celui qui nous l’a vendue. D’une certaine manière, la même règle s’applique en ce qui touche l’histoire du Québec. Le commun des mortels en sait de petits bouts, puisque cette matière est tombée dans l’angle mort du système d’éducation. Deux ou trois noms émergent, peut-être un événement comme la bataille des Plaines d’Abraham, mais ça ne va pas plus loin.

Ne serait-ce que pour cette raison, Hochelaga, terre des âmes mérite d’exister et qu’on prenne le temps de le visionner. Arrivé sur nos écrans vendredi, ce long métrage réalisé par François Girard, originaire de Saint-Félicien, présente un petit bout du territoire. Il s’agit du stade où jouent les Alouettes de Montréal, ainsi que les Redmen de l’Université McGill. Ceux-ci, justement, sont impliqués dans un fait divers qui fournit le prétexte à un fascinant voyage dans le temps.

Un joueur meurt noyé, en effet, quand une partie du terrain s’affaisse brusquement. Il se forme alors un « sinkhole », un trou qui éveille la curiosité des archéologues parce qu’il pourrait se trouver sur le site du village d’Hochelaga, là même où a eu lieu la prise de contact des Amérindiens avec Jacques Cartier en 1535. Des fouilles sont menées dans l’urgence et permettent, au passage, d’exhumer des objets remontant à l’époque de la Nouvelle-France, puis de la révolte de 1837.

Le génie du film consiste à recréer chacune de ces tranches d’histoire en brodant autour de faits réels. Ainsi franchit-on les palissades délimitant le village amérindien avec Cartier, une communauté mature, bien structurée, avec ses maisons longues, ses aires publiques et son gouvernement présidé par un sage. On découvre aussi la petite ville fondée par les Français à travers le regard d’un homme dont les jours sont comptés.

Les images sont remarquables, notamment celles de la montagne, du fleuve et de l’espace presque vierge qui les sépare. C’est Montréal à l’état de nature, ce qu’on voit également dans les scènes montrant un shaman entouré de cadavres au bord d’un joli cours d’eau. Une bataille s’y est déroulée il y a 750 ans et selon la vision articulée par le cinéaste, son écho demeure perceptible, aujourd’hui encore.

L’inconvénient d’un film de ce genre est qu’on n’a guère le loisir de s’attacher aux personnages. Sitôt apparus, sitôt disparus, hormis le duo formé par un professeur d’archéologie et son jeune collègue chargé de diriger les fouilles. Il faut ajouter que la mort est omniprésente, en particulier dans le chapitre consacré aux Patriotes, où deux hommes qui s’étaient réfugiés dans un manoir appartenant à une Anglaise sympathique à la cause sont pris en chasse par les Habits rouges.

Comme pour compenser, on établit une filiation entre les différentes époques par l’entremise de quelques noms de famille. Chaque épisode ménage également une place de choix aux Amérindiens, une façon d’illustrer leur lien privilégié avec cette terre porteuse de tant de malheurs, mais aussi d’une résilience exemplaire. Les âmes évoquées dans le titre ne vivent pas vieilles, mais grâce à la leçon d’histoire servie par François Girard, elles vont chercher une part d’éternité.