Mylène Bouchard vient de publier une édition augmentée du roman <em>La garçonnière</em>. Elle raconte que même après sa sortie en 2009, les personnages de Mara et Hubert n’ont cessé de l’interpeller.
Mylène Bouchard vient de publier une édition augmentée du roman <em>La garçonnière</em>. Elle raconte que même après sa sortie en 2009, les personnages de Mara et Hubert n’ont cessé de l’interpeller.

La garçonnière: Le deuxième tour de piste de Mara et Hubert  

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Certains personnages possèdent une vie propre, ainsi que l’ont démontré Mara et Hubert après la sortie du roman La garçonnière, en 2009. L’écrivaine Mylène Bouchard, qui est aussi éditrice à La Peuplade, croyait en avoir fini avec eux. Or, même quand le livre est arrivé en librairie, même quand d’autres projets ont sollicité son attention, le duo formé d’une fille de Noranda et d’un gars de Péribonka a multiplié les appels du pied.

« Après avoir fini ce livre, j’ai continué à écrire des trucs, a relaté l’écrivaine lors d’une entrevue accordée au Progrès. C’est comme si les personnages continuaient de révéler des choses sur eux. Des listes sont apparues, ainsi que des citations et des sections proches du théâtre. Ça représente une vingtaine de pages que je viens d’intégrer au manuscrit original. Pour les lecteurs qui voudront comparer les éditions, ça devient un objet de curiosité. »

Mylène Bouchard croit que la structure du livre se prêtait à cet exercice. Le texte est fragmenté, en effet. Les chapitres sont brefs et parsemés de vignettes tantôt énigmatiques, tantôt éclairantes. « J’ai ajouté des éléments qui aident à mieux comprendre qui sont Mara et Hébert. C’est ainsi qu’à la page 95, on trouve la liste des amours impossibles », donne-t-elle en exemple.


« C’est le roman de l’amour impossible et de la rupture impossible. Ces deux-là ne pourront jamais se lâcher et je trouve ça beau, malgré qu’il y ait de la tristesse. »
Mylène Bouchard

Sortie le 29 octobre, l’édition augmentée offre une nouvelle occasion de découvrir ce qui fut son deuxième livre. La presse lui avait réservé un bel accueil, tandis que bon nombre de lecteurs ont été directement interpellés par cette histoire de deux jeunes qui furent d’abord des amis, puis des amants, avant de prendre la décision de ne plus se voir. Tour à tour, ils pâtiront de cette absence, la reine des occasions ratées.

« Je me souviens qu’au Salon du livre de Québec, une écrivaine m’a dit qu’elle avait demandé son compagnon en mariage à cause de ce roman. Elle m’avait remerciée. La garçonnière a changé l’histoire de plusieurs personnes. C’est une dimension que je trouve intéressante », indique Mylène Bouchard.

Autre preuve que ce livre est spécial, le texte a tellement plu au journaliste Frédérick Lavoie qu’il a choisi de publier ses ouvrages à La Peuplade.

Parmi les facteurs qui l’ont poussée à sortir une nouvelle édition, la cofondatrice de cette maison, avec Simon Philippe Turcot, mentionne que ce titre n’a jamais été distribué en France. De surcroît, Hubert a effectué une apparition dans un autre de ses romans, L’imparfaite amitié, publié en 2017. Or, celui-ci a fait bondir son lectorat. Peut-être que parmi les nouveaux adhérents, certains souhaiteront remonter le cours de l’oeuvre.

Pour revenir à Mara et Hubert, au moment où on fait leur connaissance, ils s’apprivoisent en même temps qu’ils découvrent leur région respective. Le vent du nord souffle sur les premières pages, celles d’avant la vie à Montréal, où leurs vies vont se détricoter. « C’est le roman de l’amour impossible et de la rupture impossible, résume l’écrivaine. Ces deux-là ne pourront jamais se lâcher et je trouve ça beau, malgré qu’il y ait de la tristesse. »

Hubert troque la photographie pour la littérature et le commerce des oeuvres d’art, tandis que Mara anime une émission culturelle à la radio d’État. Leur vie professionnelle est remplie, apparemment gratifiante, mais la présence de l’autre, même à l’autre bout de la planète, suffit pour lézarder ce bel édifice. C’est ce qu’illustrent les dernières pages, touchantes sans être mièvres. À tel point qu’on aurait voulu que l’écrivaine joue à la bonne fée, ce à quoi elle se refuse.

« Il arrive un point où on ne peut plus changer les personnages. Ils ont leur histoire, comme Mara qui est malheureuse d’être passée à côté de l’amour de sa vie, comme Hubert qui, lui non plus, ne va pas très bien », répond Mylène Bouchard, qui souhaite que cette nouvelle version de La garçonnière rejoigne une nouvelle génération de lecteurs.