Julien Faugère

La flûte à bec, ce joyau méconnu

Le prochain concert de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean mettra en évidence un instrument mal aimé : la flûte à bec. Trop de mauvais souvenirs trouvant leur origine dans les cours donnés à l’école primaire résonnent dans la tête des mélomanes, en effet. Les sons déplaisants émis par des débutants sur des objets de plastique ont érigé une barrière que doivent surmonter des gens comme le soliste Vincent Lauzer.

« On en a fait un instrument d’école, ce qui est à double tranchant. Tout le monde connaît la flûte à bec, mais ils sont beaucoup moins nombreux, ceux qui en mesurent les possibilités », a souligné l’interprète mardi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Il ajoute que son instrument de prédilection, si populaire au temps du baroque, a pâti de l’indifférence affichée par les compositeurs aux 18e et 19e siècles.

C’est seulement au milieu du 20e siècle que la flûte à bec a repris du tonus. De nouvelles pièces l’ont mise en évidence, tandis que la résurgence du baroque, portée par des musiciens souhaitant recréer les anciennes sonorités, l’a sortie du purgatoire. Trop souvent, toutefois, on la relègue encore à l’arrière-plan, d’où l’intérêt du concert Baroque jusqu’au bout des doigts qui aura lieu dimanche à 14 h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Vincent Lauzer jouera pour la première fois avec l’orchestre, tout en chérissant le souvenir des visites effectuées en 2013 et 2016, à Jonquière, sous le giron des Jeunesses musicales du Canada. C’est le chef Jean-Michel Malouf qui l’a invité à se produire avec la formation régionale, ce qui lui donnera l’occasion d’utiliser trois instruments différents.

Le public entendra la flûte soprano, l’alto et la sopranino à la faveur de trois compositions créées par Vivaldi et Telemann. Fait à noter, celles du maître italien, le Concert en mi mineur et le Concerto en do majeur, figureront sur un album enregistré avec Arion Baroque pour la maison ATMA, un disque dont la sortie est prévue pour le printemps. « Jouer du Vivaldi à la flûte à bec constitue un défi parce que ses oeuvres sont exigeantes au plan technique », raconte l’interprète.

Il a aussi hâte d’aborder la Suite en la de Telemann, où le soliste et l’orchestre prennent tour à tour le haut du pavé. « Telemann a été le compositeur le plus prolifique de la fin du baroque, ce qui correspond au milieu du 18e siècle. Il a laissé beaucoup de pièces pour la flûte à bec et elles sont tellement bien écrites », s’émerveille Vincent Lauzer, qui se fondra également au sein de l’orchestre, le temps de revisiter la Water Music de Haendel.

De cette manière, il retrouvera un peu de la magie qu’avait exercée cet instrument lors de ses premières fréquentations, à l’âge de quatre ans. Une vocation était née à son insu, dans une école de la Rive-Sud de Montréal. « Très tôt, je me suis attaché au son de la flûte à bec. Il est très pur, proche de la voix humaine », décrit l’invité de l’Orchestre symphonique.

Un concert auquel le public pourra participer

La notion de plaisir sera très présente demain, à l’occasion du concert Baroque jusqu’au bout des doigts proposé par l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il y aura celui découlant des oeuvres interprétées, jumelé à quelques initiatives dont le caractère ludique détrompera ceux qui croient que la musique classique est empêtrée dans les formalités.

Outre l’ouverture assurée par des élèves de l’école La Carrière de Chicoutimi (voir le texte de la consoeur Mélyssa Gagnon, publié dans ces pages), le moment le plus amusant surviendra à la fin du programme prévu pour 14 h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Les spectateurs seront alors invités à accompagner les musiciens en jouant de la flûte à bec sur un canon composé par Marco Uccellini.

« Sur notre page Facebook, nous avons placé deux parties différentes que les gens ont l’occasion d’apprendre avant de présenter dans la salle. Ils joueront avec les membres de l’orchestre, ainsi que les jeunes de La Carrière, et j’anticipe un moment agréable. Ce sera intéressant de mesurer le degré de préparation des gens », a souligné le chef de l’Orchestre symphonique, Jean-Michel Malouf, au cours d’une entrevue accordée au journal.

Déjà détendue, l’atmosphère deviendra franchement amicale lorsque l’orchestre et le flûtiste Vincent Lauzer clôtureront le concert en interprétant le Concerto en do majeur de Vivaldi. Il faut savoir que cette oeuvre a été écrite pour une flûte à bec minuscule, la sopranino, et que celle-ci produit un son qui se situe aux antipodes de la contrebasse.

« C’est très aigu, d’où ma décision de garder cette pièce pour la fin. Ce que je trouve spécial, aussi, ce sont les dimensions de cet instrument. Il est tout petit et les trous sont rapprochés », décrit le maestro. Il ajoute que l’une de ses tâches, en vue du concert, consiste à calibrer le son de l’orchestre afin qu’il n’enterre pas les flûtes utilisées par le soliste. Une approche subtile est de rigueur.

Le rendez-vous de demain complète un mini-cycle, puisque c’est le second concert épousant des couleurs baroques. Après la Messe de minuit pour Noël de Charpentier, voici qu’apparaissent Bach, Vivaldi, Purcell, Haendel et Telemann, autant d’occasions de présenter au public un visage différent. « Il est important d’aborder ce répertoire afin de voir comment les musiciens se l’approprient. C’est un moyen de progresser, une autre façon de faire travailler l’orchestre.