Au fil des ans, la Chaire de recherche du Canada en création pour une dramaturgie sonore au théâtre a permis de faire de la recherche sur le terrain dans différents régions du monde.
Au fil des ans, la Chaire de recherche du Canada en création pour une dramaturgie sonore au théâtre a permis de faire de la recherche sur le terrain dans différents régions du monde.

La fin de la Chaire célébrée sur le Web

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
Après deux mandats de cinq ans, la Chaire de recherche du Canada en création pour une dramaturgie sonore au théâtre n’est plus. Un événement majeur devait souligner la fin de cette décennie de recherches, mais le coronavirus force son report à l’an prochain. En attendant, des activités se poursuivent et le public est convié à des rendez-vous hebdomadaires sur le Web afin de mesurer l’ampleur de ce qui s’est fait ici même à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Le son peut créer des relations profondes. Jean-Paul Quéinnec en a la preuve. Dix ans après la mise sur pied de la chaire, le professeur qui en est titulaire dresse un bilan plus que positif de la recherche qui a pu être faite à Saguenay et des rencontres qu’elle a suscitées.

Une performance mobile extérieure a été réalisée à Saint-Nazaire, en 2018.

La chaire, une des seules en création en théâtre au Canada, n’existe plus, tel qu’il était prévu, mais certains projets sont toujours bien vivants.

«L’idée, c’était de faire deux mandats de cinq ans et après de passer la balle à d’autres gens. On a obtenu d’autres subventions, ce qui fait en sorte que des projets se prolongent jusqu’en 2025. C’est une fausse mort. On n’arrête pas là parce que la chaire c’est fini. On voulait mettre un terme à la chaire, mais pas aux activités», explique Jean-Paul Quéinnec.

L’équipe de la chaire s’est rendue au lac Simoncouche en 2012.

La COVID a bouleversé les plans de l’équipe puisqu’un événement qui devait clore les activités de la chaire a dû être reporté en 2021. Les collaborateurs d’hier et d’aujourd’hui de différentes disciplines, issus de la région et d’ailleurs dans le monde, devaient être rassemblés à Saguenay en mai dans le cadre de l’événement « Geste(s) sans bord ». Ils seront finalement réunis les 10, 11 et 12 mai 2021.

«En 10 ans, on a vécu un phénomène d’ouverture formidable. On a voulu le montrer en invitant tous les collaborateurs. On a organisé trois jours de création très interdisciplinaire. La fin est devenue ambiguë avec le report et les projets qui continuent. On a décidé de faire comme si l’organisme était fini puisque nous-mêmes, on est passé à autre chose. On est en train de penser à d’autres avenues», explique le professeur.

Une résidence à Puerto Nariño a eu lieu en 2019.

L’équipe a toutefois voulu trouver un moyen de souligner les dix ans de la chaire. En cette période de pandémie, l’utilisation du Web s’imposait.

«On a créé un vrai parcours avec les internautes. Sept personnes sont derrière tout ça. Sur Facebook, via la page CRC en dramaturgie sonore, on propose dix ans en dix semaines. On a dû faire des choix de projets qui nous ont fait avancer. C’est une traversée de notre paysage de recherche qui n’est pas exhaustive, mais représentative. »

En 2018, la chaire a mis sur pied Phonographie 03: Le silence finit par être écrapouti.

Des vidéos, des communications, des articles qui poussent à la réflexion sont proposés. Des défis sont aussi lancés en lien avec la création montrée dans la semaine. Le public est aussi invité à interagir avec l’équipe.

«C’est très émouvant. La rétrospective crée des retrouvailles avec des gens qu’on avait perdus de vue. On a travaillé avec 120 à 130 étudiants, au moins une cinquantaine d’artistes et une vingtaine d’universités. On a touché beaucoup de personnes. On a travaillé avec toutes sortes de populations et dans toutes sortes de contextes. Le son nous a fait créer beaucoup de relations profondes.»

Phonographie 02: danse transmédiatique a eu lieu à Val-Jalbert en 2017.

Dresser le parcours des dix années permet également au professeur de mesurer l’importance de l’implication des collaborateurs.

«Derrière moi, il y a une équipe énorme. Les gens ont pris des risques avec nous et ç’a été très stimulant. Sans ces gens, la chaire n’aurait pas eu l’impact qu’elle a eu. Là, on se rend compte de l’engagement des gens. »

Le projet Liaisons Sonores, a été mené en 2014.

L’ampleur du travail accompli par la chaire fait aussi la fierté du titulaire.

«On est allé loin dans nos explorations et celles-ci ont toujours été partagées. Ça nous remplit de fierté. Le son nous a amenés dans un grand phénomène d’ouverture et de collaboration. Nos oeuvres sont devenues très interdisciplinaires. On est parti de la scène, mais on est allé vers quelque chose de plus inclusif, jusqu’à faire en sorte que le spectateur devienne un co-créateur.»

Jean-Paul Quéinnec s’estime aussi chanceux d’avoir bénéficié de soutien afin de pousser les recherches.

«On a eu une liberté qu’on n’aurait pas eue sans la structure qu’est l’UQAC. Dans le milieu professionnel, on a très peu de temps pour chercher. Là, on a des projets de recherche qui ont duré des années. Les artistes, s’ils ne sont pas libres, ils ne peuvent pas donner.»

Il espère maintenant que les publications sur Facebook permettront de créer un lien avec le public.

«On espère illuminer un peu le quotidien des gens. L’art fait évoluer la société. L’art donne une dimension à notre vie que d’autres expériences ne donnent pas.»