La fièvre créatrice de Daniel T. Tremblay

Devant composer avec des problèmes d’asthme et d’emphysème, Daniel T. Tremblay a de bonnes raisons de se méfier du coronavirus. Depuis le début de la crise, chacune de ses sorties est soigneusement planifiée afin de limiter les contacts avec autrui. À l’intérieur de son logis, par contre, le peintre succombe volontiers à la fièvre créatrice. Elle est moins dangereuse que l’autre, celle qui amène tant de gens aux portes de la mort.

Vivant dans un véritable musée, le Chicoutimien est sans cesse confronté à ses oeuvres. C’est en examinant certaines d’entre elles, réalisées au fil des quatre dernières années, qu’un lien s’est établi avec la situation actuelle. Comportant une part d’abstraction, parfois aussi des éléments figuratifs, ces images prennent désormais un sens différent.

Tout sert de support quand Daniel T. Tremblay entre dans une phase de création aussi intense que celle qui mobilise présentement ses énergies, y compris des planches comme celles-ci.

« Ça m’arrive fréquemment de produire des tableaux auxquels je ne donne pas de titre et dont la signification m’apparaît plus tard. Ce n’est pas la première fois, non plus, que je fais des oeuvres prémonitoires », a raconté Daniel T. Tremblay à l’occasion d’une entrevue accordée au Progrès.

Certaines de ces créations renferment des figures géométriques préfigurant la COVID-19, alors qu’une autre rassemble des crânes évoquant le caractère mortifère du virus. Quant à celle intitulée Le confinement, elle montre une tête vue de profil, emprisonnée dans un carré aux airs de prison. « Celle-là avait un titre, Le confessionnal. Je l’ai changé en voyant ce bonhomme pris dans son carré », explique le peintre.

La crise du coronavirus inspire tellement Daniel T. Tremblay qu’il réalisera une oeuvre sur cette porte. Ce chantier monopolisera son attention pendant quelques semaines.

Il ne s’est pas contenté de revisiter le passé, cependant. Au début d’avril, de nouvelles pièces ont vu le jour, chacune servant de tremplin à la suivante, comme dans le jeu de saute-mouton. C’est l’amorce d’une série qui, peu à peu, se déploie chez lui, en même temps que sur sa page Facebook. C’est là qu’on peut les voir en attendant la tenue de sa prochaine activité portes ouvertes, quelque part cet été.

Beaucoup de matière

La première pièce à voir le jour fut Propagation. « C’est le tableau qui a lancé toute l’affaire, là où je présente ma vision de la propagation. On voit le virus entre deux individus », décrit Daniel T. Tremblay.

Sur cette oeuvre intitulée Propagation, Daniel T. Tremblay a mis en scène le coronavirus au moment où il est transmis d’un individu à l’autre.

D’autres oeuvres ont pris forme, dont deux ayant pour supports des planches d’une longueur de cinq pieds. Le thème est si riche que l’artiste a entrepris un projet ambitieux. Toujours fidèle à son désir de recycler des objets de la vie courante, il a maculé de peinture une vieille porte. Elle est déjà jolie avec ses sections bleues séparées par une ligne plus foncée, mais rapidement, il met les pendules à l’heure.

Daniel T. Tremblay présente l’un des tableaux qui ont pris une signification différente, quelques années après avoir été créés. Ils l’ont amené à produire une série d’oeuvres référant à la crise sanitaire.

« C’est juste un fond, précise en riant Daniel T. Tremblay. Je vais ajouter des buildings, peut-être un CHSLD, ainsi que des virus qui se promènent. L’idée, c’est de raconter une histoire, un peu comme le faisait Arthur Villeneuve, mais en le faisant à ma façon. Ce que je peins est plus aéré, moins descriptif. On est davantage dans les symboles. »

Cette oeuvre est à peine amorcée que d’autres possibilités surgissent. Le thème de la liberté, par exemple, celle qu’on retire aux personnes âgées afin de les protéger. La mort, trop souvent réduite à une statistique. L’argent, aussi. Vite dépensé, mais remboursé de quelle manière ? « J’ai beaucoup de matière à réflexion et ça tombe bien, puisque le confinement, ça aide à travailler. Mon appart est un vrai chantier », constate Daniel T. Tremblay.