La faillite guette La Comédie Humaine

Depuis que le gouvernement du Québec a imposé une limite de 250 spectateurs dans les salles du Québec, histoire de contrer l’expansion du coronavirus, Martin Lavigne balance entre la crainte et l’espoir. Fondateur de la compagnie de théâtre La Comédie Humaine, il a vu trois séances de la pièce Le malade imaginaire-La 4e représentation être annulées. Si le phénomène devait se poursuivre jusqu’à la fin de mars, l’existence même de cette entreprise fondée il y a 15 ans serait menacée.

« La semaine prochaine, les spectacles touchés seront ceux de Saint-Jérôme, Gatineau et Québec. En premier lieu, les diffuseurs annulent. Ensuite, ils tentent de reporter les représentations, mais reste à voir si on trouvera des dates partout et si les membres de la distribution seront disponibles. Perdre trois ou quatre soirs, ça pourrait aller, mais si on se rendait à dix, ce serait très dangereux pour une faillite », a reconnu Martin Lavigne vendredi, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Il faut savoir que les activités de la compagnie ne sont pas subventionnées. Elle qui se donne pour mission de mettre les classiques à la portée de tous monte une production par année, à l’aide de comédiens professionnels. La demande était suffisamment forte pour équilibrer les comptes, mais cette fois, le vent de face possède une force insoupçonnée.

« Il y a eu les grèves dans le milieu scolaire et aussi des boycotts, mais un cas comme celui-ci, c’est la première fois. Ça me fait le même effet qu’un coup de « bat » de baseball. Je me sens comme dans la publicité sur le cancer, où les gens sont renversés quand on leur dit qu’ils ont la maladie. Je ne sais pas s’il sera possible d’éponger les pertes », fait observer Martin Lavigne.

Le gouvernement a promis que les entreprises pénalisées par les mesures de prévention seraient compensées. Le producteur en prend note, sans toutefois se bercer d’illusions. « Jamais ils ne rembourseront tout l’argent que nous aurions récolté aux guichets », avance-t-il. Par bouts, l’homme se montre confiant, alors qu’à d’autres moments, le découragement pointe le bout de son nez.

Les dernières représentations seront données en mai, avec Pierre Chagnon dans les rôles de Molière et d’Argon, ainsi que Mireille Deyglun et six autres interprètes. La seule qui doit avoir lieu au Saguenay-Lac-Saint-Jean est prévue pour le 4 avril, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Pour l’heure, ce rendez-vous demeure à l’affiche, mais un doute subsiste. « Je n’ai pas eu de nouvelles de Diffusion Saguenay. J’imagine qu’ils réfléchissent à la situation », note le patron de La Comédie Humaine.