Un projet original mènera à la restauration de cette sculpture intitulée Autoportrait, puis à sa numérisation, histoire d'assurer sa pérennité. Il est piloté par Martin Lavertu, directeur général du Centre de production en art actuel TOUTTOUT, l'artiste Simon-Pierre Lemelin, le conseiller municipal Simon-Olivier Côté, de même que Janis Lavoie propriétaire de la firme Effika Technologie.

La deuxième vie de l'homme-orignal

L'oeuvre la plus connue de Simon-Pierre Lemelin, une sculpture où il s'était représenté avec une tête d'original, sera restaurée, puis numérisée sous tous les angles avant d'être détruite, ce qui, espère-t-on, lui permettra de renaître sous différentes formes. Elle empruntera ce parcours original en vertu d'un projet que pilotent l'artiste, le Centre de production en art actuel TOUTTOUT et la firme Effika Technologie, de concert avec Simon-Olivier Côté, conseiller municipal à Saguenay.
C'est avec ce drôle d'appareil que Janis Lavoie, de la firme Effika Technologie, numérisera la sculpture de Simon-Pierre Lemelin, une fois qu'elle aura été restaurée.
L'oeuvre n'est pas aussi vieille qu'on pourrait l'imaginer. Elle a été créée en 2006, dans le cadre d'une exposition couronnant la maîtrise en art que le sculpteur a complétée à l'Université du Québec à Chicoutimi. Longue de huit pieds et se déployant jusqu'à une hauteur de cinq pieds huit pouces, cette pièce spectaculaire se voulait un autoportrait. Les vêtements que porte le personnage provenaient d'ailleurs de la garde-robe de l'ancien étudiant. Il les avait figés en les maculant de peinture.
« Ma maîtrise portait sur l'esthétique du chasseur-pêcheur à la recherche du principe immatériel vital, ce qui correspond, en somme, à l'esprit qui l'anime. Moi-même, je pratique la chasse et mon but consistait à illustrer l'idée de partage. Celle-ci se trouve au coeur de l'expérience de la chasse, de l'expérience culinaire qui en découle et aussi de l'expérience qu'on vit lorsqu'on se trouve à proximité de l'animal dont on s'apprête à faire la cueillette », a expliqué Simon-Pierre Lemelin il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée au Progrès.
Ce qu'il n'avait pas pris en considération, c'est un autre type d'expérience, celle que procure la vision de cette pièce massive, un brin ludique, faite de matériaux tels le bois, le plâtre et l'uréthane . Après un premier séjour à la Pulperie de Chicoutimi, elle a été exposée en deux occasions à Alma, dans les espaces occupés jadis par IQ l'Atelier et à la galerie Langage Plus. On l'a également vue à Montréal à la faveur du projet 175 Nord, puis au Centre de production en art actuel TOUTTOUT, lequel est situé sur la rue Bossé, à Chicoutimi.
C'est à cet endroit qu'on pouvait l'observer dans un contexte informel, jusqu'à tout récemment. Elle avait été posée dans un corridor donnant accès à une succession d'ateliers d'artistes. « Cette oeuvre possède un visuel fort. Elle est facile d'approche et représente bien le caractère régional », fait valoir Martin Lavertu, directeur général chez TOUTTOUT. Le problème, c'est que l'Autoportrait a les défauts de ses qualités. Si on le remarque aussi aisément, c'est parce qu'il monopolise beaucoup d'espace, d'où le désir de l'organisme sans but lucratif de réduire ses voiles.
L'occasion s'est matérialisée par l'entremise de Simon-Olivier Côté, qui représente le centre-ville de Chicoutimi au conseil municipal de Saguenay. « Je dispose de budgets pour le communautaire et la culture et j'ai contacté Martin en mars à ce sujet. Il m'a parlé de la sculpture, qui est comme un emblème pour TOUTTOUT, et j'ai accepté de verser une subvention de 1000 $ afin de la pérenniser, raconte-t-il. On pourra ainsi la numériser, ce qui constituera une bonne solution pour tout le monde. »
Au préalable, cependant, Simon-Pierre Lemelin devra retoucher son Autoportrait. Celui-ci a subi les outrages du temps, en effet, plus précisément ceux qu'ont entraîné ses nombreux déplacements. Une oreille ne tient que par une prière, au même titre que le panache, tandis que la base montre des signes d'usure. « J'avais réalisé ce projet avec peu de moyens », note l'artiste, qui se donne quelques jours pour restaurer la sculpture. Même si elle sera détruite ultérieurement, c'est sans états d'âme qu'il s'attellera à la tâche. Parce qu'à ses yeux, la numérisation représente l'option la plus avantageuse.
« On pourra ensuite réaliser des moulages et des impressions 3-D, ce qui permettra à cette oeuvre de demeurer présente ici et peut-être ailleurs », se réjouit le sculpteur.
Le mariage de l'art et de la technologie
« Nous voulions voir comment il serait possible de marier la pratique des arts aux nouveaux outils numériques. Dans cette optique, nous trouvons intéressant de nouer des partenariats avec les entreprises qui possèdent une expertise dans ce domaine », indique Martin Lavertu, directeur général du Centre de production en art actuel TOUTTOUT.
C'est ainsi que, pour la première fois, un projet mené par cet organisme sans but lucratif mettra à contribution la firme saguenéenne Effika Technologie. Elle a reçu le mandat de numériser l'Autoportrait réalisé par l'artiste Simon-Pierre Lemelin, une opération ayant aux fins d'en assurer la préservation sans qu'il soit nécessaire de conserver l'objet lui-même.
« Nous allons travailler sur cette sculpture dès qu'elle aura été restaurée, annonce le propriétaire d'Effika Technologie, Janis Lavoie. Pour ce faire, nous aurons recours à deux scanners qui couvriront toute la surface de l'oeuvre. Ces appareils sont très précis. Ils arrivent à tout capter, jusqu'à une échelle de trois millièmes de pouces. »
Il s'agira de sa deuxième expérience du genre avec une oeuvre d'art. La première fois, on lui avait demandé de numériser un buste de Félix Leclerc qui se trouve dans sa maison-musée située à Vaudreuil. « Après, on peut utiliser des logiciels de conception 3-D pour archiver la sculpture ou la partager. Il est possible de la reproduire ou d'en faire le sujet d'une animation 3-D », précise Janis Lavoie.
Ce sont des hypothèses qui sourient à Martin Lavertu, qui aimerait présenter une version plus modeste de l'Autoportrait chez TOUTTOUT, dans la mesure où il trouvera du financement. Quant à Simon-Pierre Lemelin, il aura la certitude que son homme-cheval traversera le temps, tout en n'ayant plus besoin de le remettre en état périodiquement. Tant qu'il y aura de l'électricité et des ordinateurs, il sera immortel.