Soeur Suzanne Fortier profite d’une vitrine exceptionnelle depuis mercredi, puisque le Centre historique des Soeurs de Notre-Dame du Bon-Conseil lui fait l’honneur de présenter une rétrospective de sa carrière en tant que peintre. La religieuse est photographiée en compagnie de l’un des tableaux que les amateurs d’art sont invités à découvrir, Hymne à la Terre.

La dernière exposition de soeur Suzanne

Il y a trois ans, soeur Suzanne Fortier a renoncé à la peinture. Moins vigoureux, son coeur ne lui permettait plus de créer des oeuvres à l’huile, encore moins à l’aquarelle, ce médium pratiqué dans l’urgence. « J’ai déposé mes pinceaux et depuis ce temps, je n’ai fait qu’un dessin, une chaloupe. C’est pour cette raison qu’il s’agit de ma dernière exposition », confie celle qui, depuis 1953, fait partie de la Congrégation des Soeurs de Notre-Dame du Bon-Conseil.

Rencontrée jeudi, après le vernissage de sa rétrospective présentée jusqu’au 21 novembre, au Centre historique des Soeurs de Notre-Dame du Bon-Conseil, la religieuse affichait une étonnante sérénité, vu les circonstances. C’est davantage la joie de revoir certains de ses tableaux, de sentir que son travail est reconnu, bien plus que la mélancolie que pourrait générer la fin de son parcours artistique, qui l’habitait au moment de rencontrer le représentant du Progrès.

Les souvenirs affluent, en effet. Chaque oeuvre a une histoire, une raison d’être, comme La ravie, ce portrait comique d’une religieuse vêtue à l’ancienne, de noir et de blanc. « Elle voit un hibou qui la fascine. Il est bien dans ses plumes », raconte soeur Suzanne, qui a été inspirée par des figurines qui tiennent compagnie à ce tableau.

Juste à côté, une oeuvre majeure, L’ascension d’un escalier, témoigne autant de sa maîtrise de l’aquarelle que de son enracinement au sein de la communauté. Les lilas finement représentés reposent en effet entre les marches d’un escalier en fer forgé qui mène à la Maison mère de Chicoutimi, là même où l’exposition est présentée (au 700 rue Racine Est, porte 688). On y a gravé les lettres LAEC, la signature de l’entreprise qui l’a fabriqué, Les Ateliers Émile Couture.

Plusieurs tableaux possèdent une facture moderne qui reflète le désir de soeur Suzanne de rester en prise avec son époque, un bel exemple étant fourni par Mon coeur vous dédie sa mélodie. Ce n’est guère étonnant, eu égard à la liberté accordée par sa communauté. Jamais n’a-t-on bridé son talent, lequel a fleuri grâce aux conseils prodigués par des maîtres tels Jean-Paul Ladouceur, Zoltan Szabo et Pierre Tougas.

« J’ai fait de tout et je ne me suis pas donné de style parce que je devais produire autant pour l’Association des artistes et artisans de Laterrière, dont j’ai participé à la fondation en 1985, que pour les clients qui me passaient des commandes. C’était mon charisme que de faire de la peinture et la communauté m’a accordé un appui extraordinaire. Si j’avais été dans le monde, jamais je n’aurais été aussi avantagée », énonce la religieuse.

On lui a donné du temps, beaucoup de temps, ainsi qu’un atelier offrant une vue imprenable sur le Saguenay. Et voici que le Centre historique lui fait l’honneur d’accrocher ses tableaux dans deux salles, une manière élégante de fermer la boucle. « L’idée est venue de la direction et j’étais contente qu’on organise cette exposition. Ce qu’on voit ici, c’est mon oeuvre accomplie », fait observer soeur Suzanne en esquissant un sourire.

Les toiles de soeur Suzanne Fournier épousent plusieurs formes, ce qu’illustre cette oeuvre intitulée Mon coeur vous dédie sa mélodie.

Trois nouvelles salles au Centre historique

L’exposition des toiles de soeur Suzanne Fortier témoigne des changements qui sont intervenus dans les derniers mois, au Centre historique des Soeurs de Notre-Dame du Bon-Conseil. Elle occupe en effet deux des trois salles qui sont désormais réservées aux expositions temporaires, ainsi que le confirme la directrice générale Hélène Girard.

«Pour dégager ces espaces, nous avons remanié l’exposition permanente relatant l’histoire de la communauté. Nous avons gagné deux salles à même les sections consacrées aux missions, ainsi qu’à la spiritualité de saint François de Sales. Dans la troisième, des choses étaient entreposées», a-t-elle indiqué mardi, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Cette démarche lui trottait dans la tête depuis longtemps. C’était devenu nécessaire afin de dynamiser le musée, donner aux gens des raisons supplémentaires de redécouvrir l’institution nichée au 700 rue Racine est, à Chicoutimi. «Nous pourrons mettre en valeur le travail des religieuses, comme c’est le cas avec les toiles de soeur Suzanne Fortier. Il y a aussi des thèmes que nous pourrons creuser», explique Hélène Girard.

Elle précise que le coeur de l’exposition permanente est demeuré intact, tout en laissant planer la possibilité d’un remaniement qui permettra de réintégrer des éléments sacrifiés au cours de l’hiver. L’objectif consiste à étrenner cette nouvelle mouture de l’exposition en 2019, soit au moment où on célébrera le 125e anniversaire du Bon-Conseil.

En attendant, la directrice générale mise sur l’exposition temporaire et sur deux nouvelles initiatives afin de hausser l’achalandage au cours de la belle saison. C’est dans cet esprit qu’une activité mariant le yoga à l’histoire de la communauté aura lieu le 16 juin, tandis que des pique-niques seront organisés en juillet (le 5, le 12, le 19 et le 28), dans la cour intérieure. Pour y participer, il suffira de débourser 5 $ après avoir réservé au numéro 418-543-4861, poste 201. 

«Des guides costumés effectueront une présentation théâtrale, tout en reproduisant l’atmosphère d’un pique-nique des années 1930. Nous misons sur le fait que nous avons un très beau site, un lieu que peu de gens ont eu la chance de découvrir. Cette année, il faudra apporter son repas, mais nous pourrions en offrir en 2019», laisse entrevoir Hélène Girard.