<em>La déesse des mouches à feu</em> est un film dur, mais aussi beau et touchant.
<em>La déesse des mouches à feu</em> est un film dur, mais aussi beau et touchant.

La déesse des mouches à feu: dérangeant, douloureux, mais beau [VIDÉO]

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
Dur, dérangeant, touchant, La déesse des mouches à feu, long métrage inspiré du roman du même nom, ne peut laisser indifférent. Le public y suit Catherine dans sa descente aux enfers. Cette fois, la jeune fille ne raconte pas son histoire comme dans le livre. Elle la vit devant nos yeux parfois embués. Ça dérange et ça fait mal, mais c’est beau aussi. Comme l’adolescence.

La déesse des mouches à feu, le roman de Geneviève Pettersen inspiré de sa propre adolescence, a obtenu tout un succès dès sa parution en 2014. Les lecteurs comme les critiques ont encensé l’ouvrage qui plonge au coeur de l’adolescence tumultueuse d’une jeune fille de Saguenay dans les années 90. Le film d’Anaïs Barbeau-Lavalette, qui en est tiré, fera lui aussi certainement sa place.

Alcool, drogue, musique, premières expériences sexuelles, amour et amitié côtoient la dure réalité familiale de la jeune fille dans ce long métrage de 1h45 tourné en partie à Chicoutimi.

Pendant que Catherine essaie de traverser son adolescence, ses parents tentent, plus mal que bien, de passer à travers leur divorce. Et c’est à coup de verre cassé, de cris et de mots durs que ça se passe, devant leur progéniture.

Catherine a la fougue et l’innocence propres à l’adolescence. Elle n’a pas peur. Elle veut essayer, découvrir, vivre. Et surtout, elle se fout de tout.

La bande de comédiens du long métrage est juste et efficace. Kelly Depeault, qui interprète le rôle principal, crève l’écran.

Entre les guerres familiales, elle sniffe de la mescaline pour avoir du plaisir, pour oublier, pour sentir qu’elle est vivante.

Les adolescents se regroupent dans des camps dans le bois où ils consomment alcool et drogues. Ils se sentent invincibles. Ils font fi du fait qu’ils mettent leur vie en danger pour avoir l’impression de vivre. Pour eux, la chute libre est synonyme de liberté.

Mais la vie n’est pas toujours douce, même lorsqu’elle prend l’allure d’une longue fête.

Le duo parental du film est interprété avec justesse par Normand d’Amour et Caroline Néron. Ils sont criants de vérité. Les acteurs brillent tous deux dans ces rôles surtout sombres, mais dotés d’une part de lumière.

Entre le roman et le film, le personnage de Catherine est passé de 14 à 16 ans. Un choix qui est peut-être attribuable aux scènes qui auraient pu être difficiles à digérer à l’écran avec une jeune fille de 14 ans. L’histoire n’en est pas altérée.

<em>La déesse des mouches à feu</em> a été tourné en partie à Chicoutimi. On peut notamment y reconnaître le pont de Sainte-Anne dans quelques scènes.

Quant à Kelly Depeault, qui prête ses traits au personnage principal, elle avait un défi de taille à relever. L’actrice porte le film sur ses jeunes épaules et elle le fait magnifiquement. À la fois touchante et dure, elle incarne à la perfection tous les états de son personnage. La comédienne, dotée d’un regard qui parle, crève l’écran.

Parmi la horde de jeunes figures qui l’entourent, aucun maillon faible, que du talent. Tous sont convaincants, percutants, touchants à leur manière.

Bien que l’histoire se déroule à Chicoutimi, l’équipe de tournage n’y a passé que quelques jours. Le public reconnaîtra tout de même le pont de Sainte-Anne, le quartier Saint-Paul, le quartier de maisons mobiles de Rivière-du-Moulin, les rives du Saguenay. Les Saguenéens remarqueront toutefois que certains lieux n’appartiennent pas à la région, mais l’essentiel y est. On y croit.

Comme c’est le cas avec le livre, le film permet aux adolescents des années 90, dont je suis, d’effectuer un retour en arrière à la vue du fameux discman jaune, des cassettes « tapées », des posters de Kurt Cobain, des docs et des colliers choker.

Le film est dur, mais Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas négligé pour autant la beauté des images. Elle est parvenue à faire émerger une poésie de cet univers pourtant loin d’être doux.

<em>La déesse des mouches à feu</em> a été tourné en partie à Chicoutimi. On peut notamment y reconnaître le pont de Sainte-Anne dans quelques scènes.

Et malgré la violence et la consommation, l’amitié et l’amour parviennent à poindre. Et là, il y a quelque chose de beau.

La déesse des mouches à feu, d’Anaïs Barbeau-Lavalette, a été présenté en première mondiale et en compétition de la Berlinale 2020, au printemps dernier. Il sera présenté en avant-première, vendredi soir, à Chicoutimi. La sortie en salles est prévue le 25 septembre.