La pièce L’art de la chute, présentée vendredi soir à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, jette un regard original sur le système financier international en explorant les dessous parfois malodorants du marché de l’art.

La crise financière vue sous l’angle du marché de l’art

« C’est costaud, mais ça passe vite », assure le metteur en scène de la pièce L’art de la chute, Jean-Philippe Joubert. Cette création de la compagnie Nuages en pantalon a beau durer 160 minutes et porter sur la crise économique qui a éclaté en 2008, le jour où la firme Lehman Brothers a déclaré faillite, la manière de l’aborder, par le truchement d’une brève liaison entre un trader et une artiste, rend l’expérience étonnamment ludique.

L’objectif du collectif d’auteurs dont il fait partie consistait à montrer de quelle façon on donne une valeur aux choses, en cette ère où le capitalisme se fait de plus en plus débridé. À force de cogiter sur les événements qui ont ébranlé Wall Street et semé la misère partout sur la planète, ils ont centré leur attention sur le marché de l’art. Différents phénomènes intégrés au scénario ont illustré l’absurdité de certaines pratiques tenant davantage de la magie noire que de la raison.

« Nous avons recueilli des anecdotes livrées par des artistes, des galeristes. Il est question, entre autres, d’œuvres qui ont été vendues deux fois avant même de quitter la galerie où elles étaient présentées pour la première fois. C’était de la pure spéculation », relate Jean-Philippe Joubert. Un autre fait survenu dans les heures qui ont suivi la fin de Lehman Brothers est encore plus hallucinant.

Il trouve son origine dans une vente à l’encan organisée à Londres par la firme Sotheby’s. Juste avant la crise, celle-ci avait acquis pour 212 millions $ des œuvres produites par l’artiste Damien Hirst. Tout laissait croire que les spéculateurs avaleraient l’appât, le fil et la canne à pêche au complet, comme d’habitude. Entre-temps, toutefois, Wall Street a vécu un repli historique.

« C’est à ce moment que le milieu des affaires, ainsi que les collectionneurs et les spéculateurs, se sont concertés afin de prévenir la chute du marché de l’art. Ces gens savaient que l’échec de l’encan de Sotheby’s ferait baisser la valeur de toutes les œuvres, dont celles qu’ils possédaient. Ils se sont unis pour éviter le crash et ça a fonctionné », souligne Jean-Philippe Joubert.

La pièce présente deux Québécoises, une artiste et son amie qui a perdu son emploi chez Lehman. À la fin de l’encan, auquel elles ont assisté, on les retrouve dans un bar où un trader fait leur connaissance. « C’est à partir de la relation intime qu’il lie avec l’artiste qu’on tisse la trame de la crise, de 2008 jusqu’à aujourd’hui », rapporte le metteur en scène.

Il parle d’une histoire prenante, truffée de revirements qui ne découlent pas uniquement du scénario. « Le décor, ainsi que le mode narratif, évolue aussi en cours de route », fait valoir Jean-Philippe Joubert. C’est le fruit de ce travail qui sera proposé le 2 novembre à 20h, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Il s’agit d’une présentation du Théâtre La Rubrique.