Originaire de Jonquière, la pianiste Gentiane MG a tellement bien négocié sa transition du classique vers le jazz qu'elle lancera son premier album vendredi soir, au Conservatoire de musique de Saguenay.

La conversion jazz de Gentiane MG

La dernière fois que Gentiane MG a fréquenté le Conservatoire de musique de Saguenay, elle complétait son secondaire V et apprivoisait le répertoire classique pour piano. Celle qui se produira vendredi à 20 h, à la Salle Jacques-Clément, est demeurée fidèle à cet instrument. En revanche, elle a développé un goût pour le jazz qui l'a poussée à composer les pièces qui figurent sur son premier album, intitulé Eternal Cycle.
Elles ont été conçues avec la complicité du contrebassiste Louis-Vincent Hamel et du batteur Levi Dover, qui l'accompagneront à l'occasion de son retour au Saguenay. C'est donc avec un brin de nostalgie, ainsi que la satisfaction d'avoir réalisé un projet porteur de belles choses, que la musicienne originaire de Jonquière donnera un spectacle dont l'accès sera gratuit.
« J'ai hâte. Je suis partie il y a dix ans et je sais qu'il y aura des anciens collègues et des professeurs, ainsi que des membres de ma famille. En plus, je me rendais souvent dans cette salle pour pratiquer, vu que j'aimais le son du piano. Je me fais donc un cadeau avec ce lancement », raconte Gentiane MG, qui renouvellera cette expérience le 8 juin à Montréal, puis le 14 juin, au Maelstrom de Québec.
C'est au Cégep Saint-Laurent, sa première destination à l'extérieur de la région, que s'est confirmé son goût naissant pour le jazz. « Je ne maîtrisais pas le langage, au début. Quand on vient du classique, c'est l'équivalent d'apprendre une nouvelle langue. Par contre, j'ai trouvé ça fascinant », note la musicienne. Elle a poursuivi son apprentissage à l'université McGill, où les nouvelles compositions ont été maillées à son projet de maîtrise.
« J'aurais sorti l'album pareil, mais comme il fallait produire une heure de matériel original, ç'a été un deux pour un », énonce Gentiane MG. On peut même parler d'un trois pour un, puisque son trio donnera quelques spectacles au Mexique en octobre, dont deux à Mexico. Comme il fera également ses débuts au Festival de jazz de Montréal le 1er juillet, il était opportun de se pointer avec un enregistrement.
Le jeu des contrastes
Les pièces regroupées sur Eternal Cycle se distinguent par leur élégance. Le piano se fait tout doux, presque soyeux, ce qui se comprend lorsqu'on sait que Keith Jarrett compte parmi les influences de Gentiane MG. Il y a quelque chose d'organique dans ses compositions, ce qui ne l'empêche pas de jouer sur les contrastes à l'occasion, notamment sur l'une des dernières pièces intégrées à l'album, War 99.
« Je voulais jumeler des choses sombres à d'autres plus lumineuses, et parfois, comme dans la pièce Eternal Cycle, ça se produit à l'intérieur d'une même composition. Je crois aussi qu'à certains moments, sur le disque, ça paraît que j'ai fait du classique », décrit la pianiste. Outre Jarrett, elle dit avoir été inspirée par l'album Limitless de Glenn Zaleski, ainsi que par le travail des Allemands du Pablo Head Trio.
Un autre ingrédient essentiel tient aux membres de son propre trio, formé en 2014, mais qui s'est vraiment densifié dans la dernière année. Louis-Vincent Hamel était un camarade de la première heure à McGill. Tout naturellement, ils ont mis leurs efforts en commun jusqu'à l'arrivée de Levi Dover, qui partage une même vision de la musique.
« Nous sommes très attachés au son que produit notre instrument. Nous formons aussi un groupe équilibré », constate Gentiane MG. Elle apprécie également la contribution d'Arté Boréal, une firme de Québec qui a produit trois vidéos de son trio dans les derniers mois, tous réalisés par Josué Beaucage. Prenant la forme d'un « live en studio », deux d'entre eux, Impossible Beauty et In Another Life, sont déjà visibles sur YouTube. Le dernier, Dissociation, sortira sous peu.
Quand on crée avec sa soeur
Le 10 février dernier, au Côté-Cour de Jonquière, Gentiane MG était présente sur la scène afin d'épauler sa soeur, qui y proposait ses chansons. L'artiste en question était Marcie, une autre membre de la famille Michaud-Gagnon qui a placé la musique au coeur de sa vie. Leurs univers sont différents, mais de plus en plus, les deux femmes mettent leurs ressources en commun.
« Nous jouerons ensemble une nouvelle fois aux Francofolies de Montréal, le 15 juin. Comme nous l'avions fait au Côté-Cour, ce qui avait constitué notre première sortie, nous formerons un trio avec le guitariste Louis-Philippe Gingras. Ce sera dans le contexte d'une première partie », fait remarquer l'auteure de l'album Eternal Cycle.
Cette collaboration représente l'une des nombreuses pistes que la musicienne explore, parallèlement à son projet jazz. Sans remettre ses allégeances en question, elle aime réaliser des expériences, explorer d'autres modes de communication. « On n'a jamais fini d'apprendre. Je n'arrête pas d'évoluer », s'émerveille la Jonquiéroise.
C'est dans cet esprit que plusieurs chansons ont pris corps sous l'impulsion des deux soeurs, ce qui pourrait donner naissance à un album dans les prochains mois. « Nous composons ensemble, mais toujours à partir des mélodies de Marcie. Souvent, mon rôle consiste à élaborer des arrangements à partir d'une trame qu'elle a définie », souligne l'artiste.
Quant à leur volonté de faire carrière en musique, elle ne s'inscrit pas dans le droit fil d'une tradition familiale, du moins, en ce qui a trait à la pratique d'un instrument. En revanche, plein de notes enveloppaient la résidence de la rue Fontaine où Marcie et Gentiane MG ont grandi. Un terreau fertile dans lequel a fleuri leur talent.