Marie-Pierre Brasset chérira longtemps sa collaboration avec la danseuse Margie Gillis. Celle-ci a dansé sur une oeuvre composée par la musicienne originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, une performance qui sera diffusée à compter du 19 juillet, dans le cadre du Festival des arts de Saint-Sauveur.
Marie-Pierre Brasset chérira longtemps sa collaboration avec la danseuse Margie Gillis. Celle-ci a dansé sur une oeuvre composée par la musicienne originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, une performance qui sera diffusée à compter du 19 juillet, dans le cadre du Festival des arts de Saint-Sauveur.

La compositrice Marie-Pierre Brasset se sent privilégiée

« Quand il n’y a pas de musique dans ma vie, ce n’est pas normal », confie Marie-Pierre Brasset. La compositrice originaire de Dolbeau-Mistassini, qui a grandi au Saguenay, était une enfant lorsqu’elle a suivi ses premiers cours de piano à l’École de musique de Chicoutimi. L’idée de devenir soliste fut vite abandonnée au profit de l’écriture, un choix que la jeune femme a validé une nouvelle fois, l’année dernière, en complétant un doctorat à l’Université de Montréal.

Son répertoire est varié, privilégiant tantôt la voix humaine, tantôt les instruments. Et justement, c’est une pièce pour alto solo qui sera offerte prochainement, à l’occasion du Festival des arts de Saint-Sauveur. Le thème de cette édition est « Une solitude partagée ». Les artistes ont dû travailler à distance afin de produire dix numéros mariant la danse et la musique.

« Un jour, j’ai reçu un courriel de l’Orchestre Métropolitain. On me demandait si je voulais participer au festival et, bien sûr, j’ai dit oui. J’étais heureuse de composer pour l’alto, un instrument qui possède tant de personnalité. Sur ma pièce, qui dure huit minutes, j’utilise beaucoup les cordes graves. C’est assez groundé, très mélodique. Il y a un côté apaisant, avec zéro dissonance », a raconté Marie-Pierre Brasset lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Une figure légendaire

La musicienne Elvira Misbakhova a créé cette oeuvre que magnifiera, à n’en pas douter, la chorégraphie pensée et exécutée par Margie Gillis. Le fait que celle-ci soit associée à ce projet constitue un privilège, affirme la compositrice. Maintenant âgée de 67 ans, cette figure légendaire affiche la même ferveur qu’à ses débuts, la même qualité d’engagement. Sa vision de l’art, si authentique, a fait de ce projet quelque chose d’unique.

Maintenant âgée de 67 ans, Margie Gillis, une figure légendaire, affiche la même ferveur qu’à ses débuts.

« À la fin de notre première répétition, à laquelle assistait également le vidéaste (Louis-Martin Charest), on pleurait. On était bouleversés, rapporte Marie-Pierre Brasset. Margie Gillis constitue un fleuron. Sa sagesse, son intégrité et sa générosité sont manifestes. Elle est juste dans l’art. Elle est imprégnée. C’est une grande leçon de la voir aller. Juste d’avoir écrit pour cette femme et de la voir danser sur ma musique, je trouve ça incroyable. Important, aussi. »

Du même souffle, elle vante l’interprétation d’Elvira Misbakhova, ce qui représentera une autre raison de visionner cette création à compter du 19 juillet, sur le site Internet du festival, gratuitement. Comme ce sera le cas tout l’été, la version offerte au public a été filmée dans la région de Saint-Sauveur, dans les Laurentides, histoire de mettre ses paysages en valeur.

La musicienne Elvira Misbakhova interprétera l’oeuvre le 19 juillet sur le site Internet du Festival des arts de Saint-Sauveur.

Des entrevues réalisées par les directeurs artistiques Guillaume Côté et Yannick Nézet-Séguin complètent le tableau.

Report de l’opéra La Piñata

L’un des projets les plus ambitieux portés par la compositrice Marie-Pierre Brasset devait se concrétiser les 19 et 20 septembre, à la salle Henri-Gagnon de l’Université Laval. Dix musiciens et cinq chanteurs étaient censés interpréter l’opéra La Piñata, mais comme tant d’autres spectacles, ces représentations ont été décalées en raison de la crise sanitaire.

«C’est de valeur parce qu’on travaille là-dessus depuis cinq ans et que la direction était assurée par Lorraine Vaillancourt. Il s’agit d’un opéra de chambre pour lequel nous avons obtenu du soutien à hauteur de 100 000 $. L’oeuvre dure 70 minutes et les répétitions auraient dû commencer en avril», fait observer la musicienne originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Tout n’est pas perdu, cependant, puisque La Piñata sera à l’affiche dans la même salle, quelque part en 2021. Les mélomanes pourront alors découvrir un opéra contemporain porté par des étoiles montantes de la scène lyrique. «C’est classique, accessible, avec un travail sur le timbre et le son», décrit Marie-Pierre Brasset.

Cet été, par ailleurs, elle planche sur plusieurs compositions, dont une épousant la forme d’un monodrame. Intitulée Pourquoi je veux vous parler de Savonarole?, elle sera interprétée par le baryton Vincent Ranallo, ainsi que l’ensemble Choros, un quintette à vent qui assumera la production de cet événement avec le théâtre Ombres Folles.

«Je travaille là-dessus en vue de la résidence que nous effectuerons en décembre. Quant aux représentations, elles auront lieu à l’automne 2021, à la Maison de la culture Janine-Sutto», rapporte Marie-Pierre Brasset. 

Elle ajoute que cette oeuvre découle, pour une large part, des expériences de vie de Vincent Ranallo.

«La question porte sur le métier d’artiste. Pourquoi tient-on à le pratiquer, malgré les embûches? Comme Savonavole a fait le bûcher des vanités, où ont été brûlés des livres, parler de ce personnage historique permet de s’interroger sur le rôle de l’art dans la société», énonce la compositrice.