La chanteuse Renée Claude
La chanteuse Renée Claude

La chanteuse Renée Claude s'éteint à 80 ans [PHOTOS]

Mario Gilbert
La Presse Canadienne
La chanteuse québécoise Renée Claude, l’une des plus belles voix d’ici et de toute la francophonie, est décédée à l’âge de 80 ans.

Elle avait reçu un diagnostic d’Alzheimer en 2013 et elle était depuis l’été 2017 au «stade le plus avancé» de cette maladie dégénérative. Selon La Presse, l'artiste était frappée par la COVID-19.

Son nom seul réveille le souvenir de refrains qui ont bercé les années 1960 et 1970 : Shippagan, Le Début d’un temps nouveau, Ce soir, je fais l’amour avec toi, Viens faire un tour, C’est notre fête aujourd’hui, La Rue de la Montagne, Le Tour de la terre — Renée Claude aura prêté sa voix chaude et vibrante aux paroles et aux musiques des Stéphane Venne, Michel Conte, Luc Plamondon ou André Gagnon. Sa voix ronde et claire, sans effets inutiles de prouesses lyriques, était toute destinée à servir d’écrin aux œuvres des créateurs d’ici.

Moins présente sur les palmarès à partir des années 1980, l’élégante chanteuse a prêté ensuite sa voix sublime aux chansons de Clémence Desrochers, Léo Ferré et George Brassens. Elle a aussi été de la création de l’opéra romantique Nelligan en 1990.

Dans une entrevue accordée en février 2019 au magazine Échos Vedettes, son conjoint depuis plus de trente ans, Robert Langevin, révélait que la chanteuse souffrait de la maladie d’Alzheimer. Une dizaine d’autres «belles voix du Québec», dont Céline Dion, Ginette Reno et Diane Dufresne, avaient alors repris, pour saluer leur grande sœur, le succès Tu trouveras la paix (dans ton cœur). Les recettes de la vente de la chanson sur les plateformes de musique devaient être versées à la recherche sur l’Alzheimer. M. Langevin réfléchit en ce moment à un moyen qui permettrait aux admirateurs de Renée Claude de lui rendre un dernier hommage.

La populaire chanteuse en 1972

Un spectacle mettant en vedette de belles grandes voix québécoises était aussi présenté le 15 novembre 2019 à la Maison symphonique de Montréal afin de se souvenir de Renée Claude et d’amasser des fonds pour la recherche sur cette maladie qui vole la mémoire.

«Ils sont dans toi, les merveilleux couchers de soleil», chantait en 1971 Renée Claude, avec les mots de Stéphane Venne. «Au plus profond de toi / y’a la plage immense où tu es toute seule. Au plus profond de toi / dans le plus chaud de toi / loin au dedans de toi. Tu trouveras la paix dans ton cœur.»

Muse de Stéphane Venne

Née le 3 juillet 1939 à Montréal, la petite Renée Bélanger étudiera le piano à l’École Vincent-d’Indy et le chant auprès du ténor Alphonse Ledoux.

L’adolescente remporte un premier prix de chant à la radio de CKVL en 1955, puis se fraie un chemin dans les boîtes à chansons naissantes au Québec. Mais contrairement à ses camarades artistes de l’époque, comme Léveillée ou Vigneault, la chanteuse chante — elle ne compose ni n’écrit. Toutefois, ses talents exceptionnels de «simple» interprète lui suffiront amplement pour se tailler une place dans le métier.

Au début des années 1960, la jeune femme plonge d’abord dans le répertoire français de Ferré et Brassens, qu’elle fréquentera à nouveau vingt ans plus tard. Elle reprend aussi Ton visage de Jean-Pierre Ferland — comme le feront plus tard Félix Leclerc ou Céline Dion.

Mais c’est en 1967 que Renée Claude devient une véritable vedette de la chanson populaire québécoise, lorsqu’elle interprète le succès de Michel Conte Shippagan, et surtout lorsque Stéphane Venne en fait son égérie — avant Emmanuelle et Isabelle Pierre, deux autres grandes et belles voix du Québec. Elle aura même droit à un passage très convoité au prestigieux Johnny Carson Show en 1967, année de l’Expo, où elle se produit aussi. Renée Claude interprète d’ailleurs une version jazzée de la chanson thème de Terre des hommes, Un jour, un jour — encore Stéphane Venne.

Cette «liaison musicale» avec Venne donnera d’ailleurs des succès inoubliables comme C’est notre fête aujourd’hui (1968), Le Tour de la terre (1969), Le Début d’un temps nouveau (1970) ou Tu trouveras la paix (1971). C’est la grande époque des palmarès radio et des passages endiablés à l’émission de télévision Donald Lautrec Show — on «mime» les chansons sans micro ni musiciens, en post-synchro. En août 1970, elle fait déjà la Place des arts avec rien de moins que l’Orchestre symphonique de Montréal.

En spectacle à Québec en mai 2008
En 2008

Après Stéphane Venne, Renée Claude se tourne vers Luc Plamondon, déjà très occupé avec Diane Dufresne. L’auteur lui donnera de grands succès comme Cours pas trop fort, cours pas trop loin, Un gars comme toi, C’est pas un jour comme les autres, Berceuse pour mon père et ma mère, Je recommence à vivre, Si tu viens dans mon pays ou Ce soir, je fais l’amour avec toi.

On oublie souvent, par ailleurs, que c’est Renée Claude qui a créé Le Monde est fou, en 1973, chanson de Plamondon et de Christian Saint-Roch dont un fragment est devenu l’Hymne à la beauté du monde, repris de façon aussi mémorable par Diane Dufresne en 1979.

Et pendant une dizaine d’années, de 1966 à 1976, les auteurs et compositeurs s’arrachent sa voix ronde et son charme élégant pour représenter le Canada dans les grands festivals internationaux de la chanson — Sopot, Paris, Athènes, Spa, Caracas...

Spectacles hommages

Au début des années 1980, alors que la déprime post-référendaire au Québec atteint les amateurs de chansons francophones, la grande interprète réoriente sa carrière vers les «spectacles hommages» — d’abord à son amie Clémence Desrochers, dans Moi c’est Clémence que j’aime le mieux, un clin d’œil à la chanson Le Monde aime mieux Mireille Mathieu de la folle poète du mont Orford.

En 1981, c’est au tour de Brassens de bénéficier de sa voix unique dans J’ai rendez-vous avec vous. Et en 1987, elle monte avec Claude Léveillée un «spectacle concept», Partenaires dans le crime.

En 2006
En entrevue en 2006

Trois ans plus tard, à l’Opéra de Montréal, sous la direction d’André Brassard, Renée Claude est de la distribution de l’opéra romantique Nelligan, sur un livret de Michel Tremblay et une partition d’André Gagnon. Elle sera la journaliste Robertine Barry, amie et protectrice du poète; son interprétation du grand air L’Indifférence reste mémorable.

En 1996, son disque hommage à Ferré, On a marché sur l’amour, lui vaut en France un prestigieux prix Charles-Cros, sur les terres mêmes du poète anarchiste mort l’année précédente.

La grande chanteuse a aussi été comédienne à ses heures, notamment dans un épisode d’Avec un grand A, de Janette Bertrand, en 1992 — elle jouait le rôle d’une avocate dans une affaire de harcèlement sexuel au travail. Elle a aussi joué en 1998 dans le film C’t’à ton tour, Laura Cadieux, écrit et réalisé par Denise Filiatrault à partir du roman de Michel Tremblay.

Renée Claude avait été nommée membre de l’Ordre du Canada en 2009, mais il semble que le gouvernement du Québec l’ait oubliée dans sa distribution annuelle de palmes.

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À lire : l'entrevue avec Mario Girard, qui a publié récemment une biographie sur la chanteuse.

Un texte sur le pianiste François Dubé, qui a accompagné René Claude sur scène durant plus de 30 ans, et qui l'a accompagnée dans la maladie d'Alzheimer.

Renée Claude avait été nommée membre de l’Ordre du Canada en 2009.