France Gall a succombé à un cancer, après avoir été hospitalisée le 27 décembre dernier pour une «infection sévère».

La chanteuse France Gall s'éteint à l'âge de 70 ans

PARIS - La chanteuse France Gall, «Poupée de cire, poupée de son» qui a aussi été une Cristal dans le «Starmania» de son mari, est décédée dimanche à l’âge de 70 ans.

Elle aurait succombé à un cancer, après avoir été hospitalisée le 27 décembre dernier pour une «infection sévère».

France Gall, née Isabelle Gall, est née à Paris le 9 octobre 1947 dans une famille qui carburait déjà à la musique. Son père, Robert Gall, a été parolier notamment pour Édith Piaf et Charles Aznavour (il est le père de «La Mamma»).

France Gall commence à chanter dès l’adolescence, encouragée par son père, qui la met en contact avec l’éditeur musical Denis Bourgeois.

France Gall, en 1968

Selon une biographie écrite par Pierre Pernez, les proches de la jeune chanteuse ont choisi de lui trouver un nom d’artiste car il y avait déjà une vedette française, Isabelle Aubret, qui portait son prénom. À contrecoeur, l’adolescente adopte son nouveau prénom, France, et enregistre son premier disque en 1963, à l’âge de 16 ans.

L’année suivante, la carrière de France Gall prend son envol pour de bon avec le grand succès «Sacré Charlemagne» - chanson écrite par son père qu’elle a, de son propre aveu, détestée. La chanteuse à la voix enfantine lance un peu plus tard «Laisse tomber les filles», un titre signé Serge Gainsbourg, qui commence à collaborer avec elle.

Gainsbourg lui offrira également «Poupée de cire, poupée de son», qui lui fera remporter le grand prix de l’Eurovision en 1965. Cet épisode heureux lui laissera pourtant un goût amer, car pendant cette même soirée, elle se fera larguer par le chanteur Claude François.

«Je ne l’ai pas vécu comme une victoire, parce que j’avais des problèmes de coeur à ce moment-là qui me prenaient la tête, ce qui fait que je n’en garde pas un souvenir extraordinaire», a-t-elle confié au quotidien «Le Parisien» lors d’une grande entrevue en 2015.

Gainsbourg lui écrira aussi la célèbre chanson «Les Sucettes» - un texte à connotation sexuelle dont l’interprète n’avait pas tout de suite saisi le double sens. «C’était horrible, ça a changé mon rapport aux garçons... Gros cochon!», a-t-elle dit en éclatant de rire lors de la même entrevue. «Je n’en voulais pas à Serge. J’en voulais à la terre entière», a-t-elle précisé à une émission de Canal+ en 2012.

Une rencontre déterminante: Michel Berger

Après des années plus difficiles dans sa carrière, France Gall fait en 1973 une rencontre qui changera sa vie personnelle et professionnelle: celle du compositeur Michel Berger. Avec des titres comme «La Déclaration», «Musique» et «Si Maman si», Michel Berger relance la carrière de sa nouvelle muse, qu’il épousera en 1976.

«C’était un moment extraordinaire pour moi. Je faisais une musique que j’aimais, avec des textes que j’aimais beaucoup. Je m’épanouissais professionnellement et j’étais très bien dans ma vie aussi, donc c’était le bonheur», s’est-elle souvenue lors d’une entrevue à l’émission «Fréquenstar» en 1993.

Sa rencontre avec Michel Berger lui a aussi permis d’obtenir un rôle dans la comédie musicale «Starmania», composée par son mari et écrite par Luc Plamondon. «Je n’ai jamais été actrice à cause de cela, je ne peux pas incarner une autre personne que moi. Dans «Starmania», je n’étais pas heureuse de jouer Cristal, car ce n’était pas moi», avait-elle confié en entrevue avec «Paris Match» en 2015.

Dans les années suivantes, France Gall enchaîne les titres à succès: «Résiste», «Tout pour la musique», «Débranche» et «Ella elle l’a». En 1993, elle monte sur scène pour interpréter l’album qu’elle et son mari avaient enregistré avant qu’il ne meure d’une crise cardiaque un an plus tôt.

Le couple Gall-Berger a donné naissance à deux enfants, Pauline et Raphaël. Leur fille Pauline a succombé à une grave maladie à l’âge de 19 ans, en 1997, ce qui a poussé la chanteuse à se retirer de la vie publique. Après ce drame, elle partage sa vie entre Paris et le Sénégal. «J’ai besoin d’y aller. J’adore être là-bas, avec les gens de mon village. Je m’y sens bien. Je vis, en fait», confiait-elle au quotidien «Le Parisien» en 2015.

France Gall a fait par la suite de rares apparitions publiques, mais elle reviendra à l’avant de la scène en 2015 pour présenter un spectacle musical, «Résiste», une histoire qu’elle a écrite et qui regroupe des chansons de son défunt mari. Le spectacle a reçu des critiques dithyrambiques dans la presse française et a connu un vif succès populaire. La station de radio RTL le proclame «meilleur spectacle musical depuis quinze ans», tandis que RFI parle d’un «enchantement permanent».

À la fin de l’année 2017, France Gall connaîtra des ennuis de santé. En décembre, après avoir raté les obsèques de Johnny Hallyday, elle doit être soignée pour une «infection sévère». Lors de son entretien avec «Le Parisien» en 2015, la chanteuse disait espérer «vivre le plus longtemps possible».

«J’espère continuer à être créative, à aimer la vie et à l’honorer. Puisque je suis heureuse de me réveiller le matin.»

***

Sur cette photo datant de 1965, on voit France Gall, alors âgée de 18 ans, en compagnie de Serge Gainsbourg (à gauche) et Alain Gorauguer, lors du concours Eurovision.

«FRANCE GALL A TRAVERSÉ LE TEMPS», DIT LE PRÉSIDENT EMMANUEL MACRON

Le décès de la chanteuse française France Gall, dimanche, à l’âge de 70 ans, a suscité de nombreuses réactions de personnalités artistiques et politiques, le président français parlant de sa «sincérité et sa générosité» et le chanteur Julien Clerc disant qu’une «partie de (sa) vie s’en allait» avec elle.

«France Gall a traversé le temps grâce à sa sincérité et sa générosité. Elle laisse des chansons connues de tous les Français et l’exemple d’une vie tournée vers les autres, ceux qu’elle aimait et ceux qu’elle aidait.»

- Le président français Emmanuel Macron (Twitter)

«France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi. Julien»

- Le chanteur Julien Clerc (Twitter)

«Je sais pas vous, j’avais beau savoir que France était affaiblie ces temps derniers, je pleure comme un môme. Parce que France Gall avait de la grâce, une des plus grandes et belles voix de France. Après les jolies chansons pop de Serge, les titres inoubliables de Michel?»

- Pierre Lescure, journaliste, homme de radio et de télévision, et homme d’affaires français (Twitter)

«Icône de la chanson française, intemporelle, France Gall n’appartenait pas à une génération : elle a su s’adresser à toutes. Elle a affronté les combats personnels en donnant tout pour la musique. Elle nous quitte mais évidemment on dansera encore sur des accords qu’on aime tant.»

- Francoise Nyssen, ministre française de la Culture (Twitter)

«Résiste, Prouve que tu existes, Refuse ce monde égoïste, Suis ton c?ur qui insiste, Viens, Bats toi, signe et persiste, Pour tous ceux qui ont peur, Pour les milliers de c?urs qui ont droit au bonheur». Au revoir chère et douce  #FranceGall»

- Ségolène Royal, ancienne ministre et candidate à la présidentielle (Twitter)

«France Gall fut l’une des icônes de la chanson française. Elle s’en est allée, rejoignant Michel Berger. Qu’elle repose en paix.»

- L’acteur français Gérard Depardieu (Twitter)

«Plus. Évidemment. On danse encore. Sur les accords. Qu’on aimait tant. Mais pas comme avant. Merci France Gall. Je vous souhaite de retrouver Michel.»

- Stéphane Laporte, auteur et chroniqueur québécois (Twitter)

«Plus. Elle avait ce tout petit. Supplément d’âme. Cet indéfinissable charme. Cette petite flamme.  #FranceGall»

- La chanteuse Lara Fabian (Twitter)