Phillipe David Gagné (à gauche) et Jean-Marc E. Roy (à droite) entourent la productrice Julie Groleau sur les lieux du tournage.

La cerise sur le sundae

Les réalisateurs saguenéens Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné n’ont pas seulement foulé le tapis rouge à Cannes. Ils ramènent présentement un peu de la France au Québec avec le tournage du court métrage Forêt noire, une coproduction franco-québécoise sous l’égide de Canal+. Et c’est au Saguenay que les talentueux comparses ont décidé de déployer la production.

L’agitation était anormale, mercredi, aux abords de l’ancien moulin du Père-Honorat, situé dans le secteur Laterrière à Saguenay. La présence de gendarmes et de véhicules banalisés donnait presque l’heure juste: une reconstitution judiciaire était en cours. Ce concept, fréquent dans l’Hexagone durant la tenue d’un procès, est toutefois inusité au Québec. Bienvenue dans l’univers de Forêt noire, dont le scénario, confié par la chaîne de télévision française à Philippe David Gagné et Jean-Marc E.Roy. a été adapté par ceux-ci. 

La collaboration entre la chaîne culturelle française et le tandem de réalisateurs est issue de discussions qui ont eu lieu alors que Canal+ s’intéressait à Crème de menthe, court métrage de Gagné et Roy sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2017. En ce qui concerne Forêt noire, le synopsis créé en 2016 provient d’une résidence d’écriture initiée par Canal+, qui recherche du nouveau contenu de cette manière et dont la réalisation fut confiée aux cinéastes. Habitués à travailler avec leurs propres idées, les Saguenéens innovent avec ce nouveau modus operandi. 

« Ç’a été un peu plus ardu pour se l’approprier, y mettre notre touche tout en respectant ce qui avait déjà été fait. Mais le résultat nous séduit », ajoute Philippe David Gagné, qui agit, tout comme son acolyte, à titre de producteur, réalisateur, scénariste et monteur sur le projet.

L’intrigue tourne autour d’un homicide et du procès qui y est lié, et dont le magistrat exige une reconstitution judiciaire. C’est donc au cœur de la scène de crime que se déroule Forêt noire, avec les avocats, accusés et témoins. « Il y a un certain caractère absurde à cette reconstitution, entre instants de malaise et surréalisme, qui créera son effet. Ce sera d’ailleurs l’occasion de jouer avec les points de vue, nombreux dans le cadre de cette représentation peu banale », assure Gagné. Les cinéphiles québécois s’y surprendront, peu habitués au concept judiciaire. 

L’ancien moulin du Père-Honorat s’est transformé en lieu de tournage, mercredi.

Décor parfait

Si l’action se déroule dans le Jura (plus précisément dans la commune de Morbier), les réalisateurs ont trouvé le parfait décor en l’ancien moulin devenu résidence privée, situé en bordure de la rivière Chicoutimi. « On était en effet à la recherche d’un bâtiment d’inspiration française, avec un cours d’eau tout près. Le directeur photo Olivier Gossot (qui a collaboré sur les courts-métrages primés Bleu tonnerre et Crème de menthe du duo) connaissait l’endroit. C’est absolument ce qu’on cherchait. Les deux propriétaires de l’édifice, cinéphiles à leurs heures, ont immédiatement accepté », confie Phillipe David Gagné.

Le lieu, ancestral et mystérieux, s’accorde parfaitement à l’intrigue et au jeu de Pascale Montpetit, Charli Arcouette-Martineau et Joanie Guérin, têtes d’affiche du court métrage. Nadia Essadiqi, mieux connue sous le pseudonyme de scène La Bronze, fait aussi partie de la distribution. De nombreux comédiens originaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean et habitués des courts métrages de Gagné et Roy, notamment Guillaume Ouellet et Josée Gagnon, sont aussi de la partie. 

Questionnés à savoir si le titre du court fait référence au fameux gâteau ou davantage au macabre, ceux qui ont chacun reçu le titre de créateur de l’année au Saguenay-Lac-Saint-Jean à quelques années d’intervalle confient qu’il s’agit d’un mélange prometteur. « C’est un polar revisité », tranche Jean-Marc E. Roy, qui souligne au passage que la diffusion est à prévoir début 2019, ce qui concorde avec le début du circuit des festivals dans le monde du cinéma. 

Les cinéphiles québécois s’y surprendront, peu habitués au concept judiciaire.