Geddy Lee, qu'on voit ici lors du dernier passage de Rush au Festival d'été de Québec, a ajouté une trentaine de basses aux 250 qu’il possédait au moment de rédiger son livre documentant sa collection et l’histoire de son instrument.

La belle obsession de Geddy Lee

Timbres, disques, objets associés au baseball, bouteilles de vin... Geddy Lee l’admet d’emblée, il porte le «gène du collectionneur». Mais celui qui a marqué des générations de mélomanes au micro et à la basse de Rush n’avait jusqu’à récemment jamais été tenté de collectionner des instruments de musique. C’était avant qu’une offre ne vienne, selon ses propres dires, déclencher son obsession.

Quelque 250 basses plus tard, le musicien a décidé de documenter sa collection dans le bien nommé Geddy Lee’s Big Beautiful Book of Bass, un ouvrage de 400 pages illustré par le photographe Richard Sibbald. Il y détaille l’histoire de l’instrument et de son évolution technique, en plus d’interviewer d’autres collectionneurs et des bassistes de renom (John Paul Jones, Adam Clayton, Les Claypool et Robert Trujillo, notamment).

Alors qu’il accompagnera le 4 juin son bouquin dans la métropole, discussion avec un rockeur légendaire... qui est aussi un nerd assumé!

Q Quel a été le déclencheur de votre collection de basses?

R En 2012, j’ai été contacté par un magasin de musique qui avait une section «Temple de la renommée». Ils m’ont demandé une contribution et en échange, ils m’offraient une basse Fender Precision de 1953. Ma première pensée a été de me dire : «pourquoi j’aurais besoin d’une vieille basse quand j’en ai des neuves?» J’ai commencé à faire des recherches sur cet instrument. Soudainement, j’ai été frappé par le fait qu’après une quarantaine d’années à gagner ma vie avec une basse dans les mains, je ne connaissais pas grand-chose à propos de son origine, de son évolution, de qui l’a inventée. Ç’a piqué ma curiosité et la curiosité, pour moi, c’est un mot dangereux! Avec mon technicien Skully [John McIntosh], j’ai discuté du fait que ça serait cool d’avoir 10 ou 12 instruments très classiques, que mes héros ont utilisés. C’était mon but à l’origine : une collection modeste de 10 ou 12 pièces. Mais étant le genre de personnes que je suis, on en est maintenant à 280 basses.

Q Quels sont vos critères pour ajouter une pièce à votre collection?

R Il y a d’abord l’importance historique. Il n’est pas nécessaire qu’elle ait appartenu à une personne célèbre, mais ça doit être une basse qui a contribué à l’évolution de l’instrument. Ça doit être une pièce rare dans sa couleur ou dans sa version. Et ça doit s’inscrire dans une catégorie où on peut constater un changement dans le son. Je suis quelqu’un qui aime compléter les choses. Je ne supporte pas d’avoir des trous dans mon inventaire. Si je regarde des basses Höfner et que j’en ai une de 1961, de 1963, de 1964 et de 1965, je devrai en trouver une de 1962 pour voir comment elle s’inscrit dans le développement de l’instrument! Je les prends, j’en joue, je les compare. Il y a toutes sortes d’aspects un peu nerd sur lesquels je me penche. Ç’a comme résultat que j’ai développé une perspective très intéressante.

Geddy Lee’s Big Beautiful Book of Bass, un ouvrage de 400 pages illustré par le photographe Richard Sibbald

Q Vous mentionnez ce côté nerd qui est mis en exergue de façon très assumée, voire qui est célébré dans votre livre. Est-ce que ça faisait partie d’un plan ou est-ce seulement votre naturel qui s’exprime?

R C’est un peu des deux. Ces informations pointues sont très intéressantes. C’est certain que quand on se met à parler du moment où ils ont changé les vis sur telle ou telle basse, on sait qu’on a disparu dans un dédale de détails qui sont effectivement très nerd. Je m’en amuse dans le livre, mais oui, je le célèbre aussi.

Q Considérez-vous que la basse était un outil de travail et qu’elle a maintenant changé de signification pour vous?

R Exactement. Pendant une quarantaine d’années, j’ai seulement cherché des instruments qui m’aideraient à développer mon son, qui me permettraient de jouer plus vite ou d’être meilleur dans mon travail. L’idée d’être collectionneur n’était pas inédite pour moi, mais l’idée de collectionner des basses l’était. Mais au final, c’est sûrement ce qui revêt la plus grande signification. C’est bien de collectionner des trucs de baseball ou du vin, mais je suis un bassiste. Pourquoi ne pas collectionner des basses?

Q Contrairement aux collectionneurs qui cherchent des objets dans leur condition originale, vous jouez de vos instruments...

R Il y a deux côtés à être collectionneur. Il y a ces gars qui cherchent des objets qui n’ont jamais été utilisés. J’aime également ce type de collections. Mais ce que j’aime aussi beaucoup, c’est ce que j’appelle les «guerriers de la route». C’est l’instrument qui a appartenu à ce gars qui n’est pas nécessairement connu, mais qui en a joué pendant 40 ou 60 ans. Il avait un travail de jour, mais il jouait le soir dans les bars. C’était sa passion. Si tu as de la chance, tu trouves ces instruments qui ont des cicatrices de guerre. Juste en les prenant dans tes mains, ils te racontent une histoire. Au final, ce sont les basses qui sonnent le mieux et qui sont les plus agréables à tenir.

Q Les fans de Rush peuvent-ils espérer une réunion dans le futur?

R Ce n’est pas une possibilité, j’ai bien peur. Cette époque est derrière nous. Je suis désolé d’en décevoir certains, mais Rush a joué ses derniers concerts. Mais je suis certain que vous aurez d’une manière ou d’une autre des nouvelles d’Alex [Lifeson] et de moi, peut-être même ensemble. Qui sait?

Geddy Lee sera de passage à Montréal le 4 juin pour une séance de signature et une entrevue devant public au théâtre Rialto. Détails et réservation au theatrerialto.ca