Kristina Gauthier-Landry évoque la vie à Natashquan, ses bons et ses mauvais côtés, dans le recueil Et arrivées au bout nous prendrons racine. Publié par La Peuplade, il sera disponible en librairie à compter du 11 juin.
Kristina Gauthier-Landry évoque la vie à Natashquan, ses bons et ses mauvais côtés, dans le recueil Et arrivées au bout nous prendrons racine. Publié par La Peuplade, il sera disponible en librairie à compter du 11 juin.

La beauté austère de Kristina Gauthier-Landry

Le temps long. Les grands espaces habités par des gens pour qui le silence est d’or. Les hommes toujours partis. Les femmes patientes, créatives, souvent inquiètes parce que la mer ne fait pas que donner. Elle se garde le pouvoir de tout retirer, y compris l’essentiel, à ceux qui sollicitent ses faveurs.

Le Natashquan dépeint par Kristina Gauthier-Landry possède la beauté austère d’un tableau de Jean-Paul Lemieux. Beaucoup d’horizon pour les bouts de vie qu’on y grappille, lesquels sont d’autant plus précieux qu’on a le temps de les voir venir, puis de les savourer. Ses poèmes publiés à La Peuplade, dans le recueil intitulé Et arrivées au bout nous prendrons racine, en offrent un concentré si entêtant qu’il invite à la relecture.

« L’écriture de ce livre découle d’un processus de réconciliation. Tu reviens sur le bon et le moins bon, comme avec une personne, et la conclusion est douce, le regard plutôt tendre », a énoncé l’écrivaine au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Elle qui réside à Montréal depuis 2004 demeure attachée à son village. Même en ville, il n’a jamais cessé de l’habiter.

« Ce qui marque le plus sur la Côte-Nord, c’est le territoire brut, dépouillé, que j’éprouve le besoin de reconnaître en m’y rendant assez souvent. Il y a aussi la solitude, l’isolement, les longs moments de silence. C’est ce qui explique que le confinement, pour moi, c’est moins tough. À Natashquan, avant qu’il y ait la route, on était bloqués des deux bords », raconte en riant Kristina Gauthier-Landry.

Le livre qui arrivera en librairie le 11 juin, au Québec, reflète ce que furent ses premières années là-bas. Les textes sont courts, le blanc des pages faisant penser à un paysage d’hiver laissant voir une maison, un peu plus loin une silhouette humaine, peut-être aussi une motoneige. « Il y a beaucoup de gens de peu de mots et ça paraît dans mon écriture », note celle qui effectue ses débuts en littérature, parallèlement à une carrière de rédactrice qu’elle mène désormais à son compte.

« dimanche après-midi

un vingt-quatre de mai

alternance soleil-nuages

dans la cuisine

le lichage de spatule

compte triple »

Et arrivées au bout nous prendrons racine, de Kristina Gauthier-Landry

Les poèmes de Kristina Gauthier-Landry cristallisent des moments d’éternité qui, à première vue, ne mériteraient pas autant d’emphase. C’est qu’à Natashquan, comme partout sur la planète, le bonheur se manifeste à travers les choses simples. Ce sont elles qui se déposent dans la mémoire.

« cordées sur le quai

on regarde nos pères rentrer

la cale comble d’aubes manquées

nos mères sont folles

nos mères ont épousé l’horizon »

Proche de ses parents, l’écrivaine affirme que son père est « un poète qui s’ignore », tandis que sa mère lui a communiqué son amour des mots. « Quand j’étais petite, elle décortiquait les paroles des chansons avec moi. On parlait aussi des livres, ensemble. Avec elle, j’ai lu en tabarouette. »

Ce n’est donc pas un hasard si ses textes font penser à des chansons à qui il ne manquerait qu’un air. Tout part de la maison qui fut – et demeure – un lieu de culture.

Quant à Gilles Vigneault, l’incontournable, celui qui a fait de Natashquan un nom aussi familier que Trois-Rivières, il ne lui est jamais apparu comme un monument, une figure vaguement intimidante.

« Quand tu vis là-bas, tu ne réalises pas son statut spécial. Loin de porter ombrage, c’est un homme inspirant, un grand défricheur. Grâce à lui, ce village intrigue les gens. Ça nous donne une longueur d’avance », estime Kristina Gauthier-Landry.

Elle-même a commencé à se faire un nom au sein du monde littéraire, décrochant le Prix Nouvelle Voix en 2018, ainsi que le Prix Geneviève Amyot, l’année suivante. Néanmoins, ses attentes sont modestes à l’égard de son premier recueil. Déjà comblée par l’accueil que lui a réservé l’équipe de La Peuplade, elle souhaite seulement que ses poèmes fassent rayonner la Côte-Nord.

« Ça me fera plaisir s’ils attirent l’attention sur cette région trop peu connue. Quand on s’y rend, le côté épuré, dépouillé, te force à aller à ta rencontre, intérieurement, ce qui ramène à l’essentiel. Ça te rapproche de l’humanité. Ça peut être assez transformateur », fait valoir Kristina Gauthier-Landry.