Pol Turgeon aime la façon dont ses oeuvres ont été mises en valeur dans le cadre de l’exposition Transfigurations.

La 4e dimension de Pol Turgeon

Qu’ont en commun Donald Trump et Henri VIII ? Bien que certains réussiront sans doute à trouver quelques traits de caractère similaires, c’est surtout dans une salle du Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière que les deux figures politiques, l’une historique et l’autre contemporaine, se côtoient. L’exposition de Pol Turgeon, mettant en scène des personnages chevauchant les époques, saura amener le visiteur dans une tout autre dimension. Une sombre et magnifique dimension.

L’exposition Transfigurations de Pol Turgeron trône dans une salle du CNE depuis le 16 septembre. La quarantaine d’oeuvres y ont élu domicile jusqu’au 2 décembre prochain. Aucune excuse, donc, pour ne pas découvrir le travail de cet artiste montréalais, qui en est à sa première visite à Jonquière. Transfigurations, toute de noir et de blanc, a été créée à partir des célèbres croquis de Jean-Auguste-Dominique Ingres. Au départ, Pol Turgeon avait reçu la commande de retravailler huit de ses croquis. Mais l’artiste, qui utilise la technique du monotype, s’est rapidement emballé, si bien qu’il n’a pas été en mesure de s’arrêter, portant à 40 pièces le fruit de son travail.

Les visages que vous découvrirez sont donc ceux de personnages qui ont vécu au 19e siècle, ou presque. Nous reconnaitrons certains d’un premier coup d’oeil, alors que d’autres vous seront peut-être complètement inconnus.

Pour ceux qui sont un peu moins à l’aise avec les techniques artistiques, le monotype se réalise à l’encre typographique, à la peinture à l’huile ou à la gouache, sur un support non poreux comme du verre, du métal ou du plexiglas. La peinture est ensuite passée sous presse avec un papier qui reçoit l’épreuve.

L’artiste semble s’être payé un petit plaisir en transformant le président américain Donald Trump en une créature aquatique qui s’apparente à une pieuvre.

En exerçant une pression à certains endroits avec une pointe ou les doigts, on obtient différentes valeurs de noir et on peut ainsi réaliser un dessin plus précis. Les « taches » sont ensuite retouchées et améliorées au crayon de plomb, par exemple. Et le résultat est absolument magnifique. Seule technique d’impression originaire d’Italie, le monotype a été inventé par Giovanni Benedetto Castiglione.

Transfigurations, de l’artiste Pol Turgeon, mets en scène plusieurs personnages, réalisé à l’aide de la technique du monotype.

Les visages que vous découvrirez sont donc ceux de personnages qui ont vécu au 19e siècle, ou presque. Nous reconnaîtrons certains d’un premier coup d’oeil, alors que d’autres vous seront peut-être complètement inconnus. L’artiste semble s’être payé un petit plaisir en transformant le président américain Donald Trump en une créature aquatique qui s’apparente à une pieuvre. « Je n’invente pas ces personnages, mais les révèle, et ces apparitions, à leur tour, me transforment », dit l’artiste, dans la description de son oeuvre.

Transfigurations se poursuit jusqu’au 2 décembre prochain.

D’ailleurs, les visages tirés des croquis de Ingres ont amené Pol Turgeon dans les sombres tréfonds de son inconscience, « un monde où d’innombrables personnages mijotaient en attendant la lumière ».

Transfigurations se poursuit jusqu’au 2 décembre prochain.

Pol Turgeon a remporté de nombreux prix dans le domaine de l’illustration. Il est surtout connu aux États-Unis et en Europe. En 2008, une rétrospective majeure de son travail a d’ailleurs été présentée au Museum of American Illustration de New York.

Transfigurations se poursuit jusqu’au 2 décembre prochain.

+ UNE AMPLEUR IMPRÉVUE

(Daniel Côté) - Rencontré il y a quelques jours, lors de l’événement La Relève Sympose tenu à Jonquière, Pol Turgeon planchait sur la série de dessins qui a donné naissance à l’exposition Transfigurations. Tout en servant de mentor aux jeunes artistes réunis au Centre national d’exposition, de concert avec la présidente d’honneur Chantale Hudon, le Montréalais s’abandonnait à un mode d’expression apprivoisé en 2009, à la faveur d’un projet qui a pris une ampleur imprévue.

« Au début, je devais produire 12 images afin qu’elles soient intégrées dans un livre. Aujourd’hui, je suis rendu à une centaine, dont 32 qui sont présentées ici », a-t-il précisé à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès.

Il est vrai que ses illustrations constituent une puissante rampe de lancement, en ce sens qu’elles se prêtent à toutes les fantaisies.

Ses humains parés d’atours qu’on associe aux animaux, d’ordinaire, s’inscrivent dans le droit fil des dessins du maître français Ingres. Ouvrant un imposant volume regroupant ces oeuvres d’une grande finesse, il laisse entendre que certaines comportent des éléments qui ne sont pas entièrement réalistes. « Je m’inspire de ses croquis. Je suis impressionné par leur qualité », fait observer Pol Turgeon. Une autre source de contentement tient à la manière dont ses illustrations ont été mises en valeur dans Transfigurations.

L’aménagement de la salle que lui a confié la direction du Centre national d’exposition rend la visite agréable, en effet. Il y a beaucoup de matériel que les visiteurs peuvent découvrir à leur rythme, un pied à notre époque, un pied dans le 19e siècle.