Propriétaire de Kréa2, en même temps qu’artiste, Émilie Simard présente le livre consacré aux dessins réalisés par Nicolas de la Sablonnière en 2018. Ce projet a été mené par sa micro-entreprise, qui présente également deux expositions du peintre aussi connu sous le nom de DELASABLO. Derrière eux, on voit quelques-unes des huiles créées par l’Arvidien au cours des trois derniers mois.

Kréa2 offre une nouvelle vitrine aux artistes

Quand on pense à une salle d’exposition, on imagine un espace plutôt carré, très dégagé, comme ceux dont dispose le Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière. L’idée que des oeuvres soient accrochées dans un corridor apparaît comme un plan B, au mieux, malgré les nombreux exemples du contraire qu’on retrouve dans cette région.

La liste est longue, en effet, et comprend le couloir utilisé depuis plusieurs décennies par la galerie Espace Virtuel, maintenant associée à BANG. Il y a également l’ancien local de La Maestria, dont la partie donnant sur la rue Racine, à Chicoutimi, était étroite. Ajoutons le Café Cambio qui emprunte une forme similaire, ce qui ne l’empêche pas d’accueillir, lui aussi, des expositions.

Or, voici qu’une salle encore plus filiforme, si on peut employer cette expression, assume désormais la vocation de lieu de diffusion en arts visuels. Il s’agit du local où crèche la microentreprise Kréa2 depuis deux ans, au 1935, rue Davis, à Arvida. On y a déjà tenu des expositions, mais à partir de ce mois-ci, cette pratique sera plus systématique. Une programmation a été montée et pas moins de quatre projets y sont soumis au regard des visiteurs, jusqu’au 31 mai.

« Le principe, c’est que tous les trois mois, il y aura de nouvelles choses. Nous avons toujours eu une vocation artistique, mais là, c’est plus structuré. Il y aura des vernissages et les artistes recevront un cachet. Et des artistes, il y en a plusieurs à Arvida, mais à l’exception de la bibliothèque municipale, ils n’ont aucun espace pour exposer », a énoncé la fondatrice de Kréa2, Émilie Simard, au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Deux fois DELASABLO

Pour officialiser la nouvelle ère, il était naturel d’inviter le peintre arvidien Nicolas de la Sablonnière, un ami de la maison. Aussi connu sous le nom de DELASABLO, il se trouve au coeur de deux expositions qui donnent l’impression de se tutoyer, de part et d’autre de la section voisine de l’entrée. À droite, 30 dessins ont été alignés, tandis que le mur de gauche est couvert de tableaux, une quarantaine d’huiles habitées par une galerie de personnages. L’ensemble a été baptisé Sismographie du quotidien.

« C’est la première fois de ma vie que je reçois un cachet pour exposer, commente l’artiste, en souriant. Cette salle donne la chance à ceux qui ne sont pas dans les réseaux officiels de présenter leurs créations. En plus, il y a le contact humain qui se trouve à l’avant-plan ». Son travail avait déjà été montré dans le local, mais cette fois, on a mis les petits plats dans les grands.

S’agissant des tableaux, par exemple, ils ont été produits dans les trois derniers mois et sont le fruit d’une expérience fructueuse. Pour la première fois, en effet, Nicolas de la Sablonnière exécutait un dessin au pinceau sur la toile, de manière spontanée. « Ensuite, j’appliquais de la peinture à l’huile en aplat, en privilégiant les couleurs franches, décrit-il. La ligne parle très fort, alors qu’auparavant, je travaillais avec des masses, des superpositions. »

Les thèmes, eux, ressemblent à ceux qui ont inspiré les dessins. Il y a des portraits, des scènes du quotidien, comme le suggère le titre de l’exposition. La différence est que les dessins ont été réalisés en l’espace d’une semaine, à la pointe fine. « C’est la première fois que je sors les miens. Dans mon esprit, c’est l’art premier. J’ai commencé avec ça », mentionne l’artiste.

« Juste du fun »

Plus loin, on remarque deux séries d’oeuvres se faisant face, un jumelage favorisé par l’exiguïté du couloir. L’une d’elles émane de Geneviève Brochu, qui a étudié en arts avant de bifurquer vers le graphisme. « C’est la première fois que je présente mon travail, des gravures et des estampes. J’ai lâché l’huile pour faire des choses plus instinctives, mais sans me prendre au sérieux. C’est juste du fun », avance-t-elle.

Sur l’autre mur, les visiteurs peuvent apprivoiser l’univers d’Émilie Simard. Elle aussi pratique le métier de graphiste, tout en menant à bien des projets d’art taillés sur mesure pour ses clients, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre une démarche créative amorcée pendant ses études à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), où elle a complété un baccalauréat interdisciplinaire en arts.

En plus de ses estampes, les personnes qui pénétreront à l’intérieur de son atelier, situé au bout du local, verront des toiles étonnantes, dont quelques grands formats. « Cet espace sera toujours ouvert. Il renferme mes peintures les plus récentes, ce qui comprend une série consacrée aux éléments tels le feu, la terre et l’air », indique la maîtresse des lieux.

Nicolas de la Sablonnière a relevé le défi de produire 30 dessins en l’espace d’une semaine. Ils sont présentés jusqu’au 31 mai, chez Kréa2.

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TOUS LES DESSINS DE DELASABLO EN 2018 DANS UN LIVRE

Plusieurs livres portent la signature de Nicolas de la Sablonnière, notamment la série de réflexions intitulée Jens de la montagne. Aucun n’avait été consacré à son art, cependant, un vide qui a été comblé grâce à la publication de l’ouvrage intitulé DELASABLO 2018-Dessins. Produit par la firme Krea2, il renferme tous les dessins réalisés par l’Arvidien l’an dernier.

Il y en a quelque chose comme 350. Ils sont présentés par ordre chronologique et tous sont accompagnés d’une note rédigée par leur auteur. « C’est moi qui les ai numérisés. À l’origine, on pensait faire une sélection, puis on a décidé d’offrir l’intégrale, ce qui fait de cet ouvrage l’équivalent d’un cahier à dessins. J’ai ainsi vu passer des moments de ma vie, comme lorsqu’on lit un journal intime », raconte la graphiste Geneviève Brochu, qui est également la blonde de Nicolas de la Sablonnière.

Celui-ci reconnaît d’emblée le côté brut de certaines oeuvres. Néanmoins, il n’a pas souhaité épurer le contenu du livre afin de respecter le rythme de sa production, qui correspond à celui de sa vie. « Je n’ai rien enlevé parce que c’est ainsi qu’on peut découvrir le cheminement de l’artiste, la manière dont il se développe », fait remarquer le peintre.

Fondatrice de Krea2, Émilie Simard estime que les textes de DELASABLO fournissent davantage de pistes de réflexion que s’il avait suivi sa suggestion, à l’effet de donner un titre à chaque dessin. Cet exercice a permis de mesurer à quel point ses créations, en dépit de leur caractère spontané, sont étroitement maillées à ses souvenirs personnels. « Ma mémoire est coulée dans le béton », explique DELASABLO, sourire en coin.

Sur le même ton, Nicolas de la Sablonnière ajoute que ses images en noir et blanc s’adressent à toute la famille, puisqu’on peut les colorier. Plus sérieusement, il laisse entendre que d’autres livres pourraient suivre, chacun traçant le bilan d’une année de travail. « Après, j’aimerais couvrir mes trois premières années en tant qu’artiste, confie-t-il. J’ai conservé tout ce que j’ai fait depuis 1996. »