Kegan McFadden pose devant le papier peint composé de 500 photos tirées d’Instagram et répétées plusieurs fois.

Kegan McFadden présente les hommes de sa vie

C’est dans une salle lumineuse du centre d’art actuel Langage Plus d’Alma que l’artiste canadien Kegan McFadden présente un assemblage d’oeuvres dédiées aux hommes de sa vie. La démarche expose les rapports de l’intimité à travers divers objets et des images, dont certaines répétées des centaines de fois. Des rapports familiaux, amicaux et amoureux se retrouvent au coeur de l’exposition L’intimité débordante.

« C’est une collection de sept oeuvres. Chaque oeuvre est en lien avec une relation que j’ai eue avec différents hommes », a expliqué l’artiste anglophone, qui s’exprime dans un français plus que respectable, en entrevue avec Le Progrès, à quelques heures du vernissage.

L’intimité débordante de Kegan McFadden image à travers sept oeuvres les rapports entre l’artiste et les hommes de sa vie.

À travers ses oeuvres, Kegan McFadden espère une ouverture sur notre rapport à l’intimité. L’artiste de Victoria, en Colombie-Britannique, est d’avis que l’intimité ne se retrouve pas qu’entre deux personnes. Selon lui, l’intimité peut être dévoilée et il en va de même pour les portions plus personnelles de notre vie. « Beaucoup de personnes pensent que ça devrait être quelque chose proche de nous et respectés entre deux personnes. Ça peut être vraiment ouvert et on peut présenter publiquement les choses qui sont personnelles », ajoute-t-il.

Certes, l’exposition de la vie privée oblige la mise à nu. L’artiste Kegan McFadden n’y échappe pas. Malgré le caractère très personnel de sa démarche, celui-ci assure avoir traversé le processus de création sans trop de heurts. « Je suis proche de la source. C’est le matériel de ma vie », souligne-t-il.

Ryan a été le premier coup de coeur de Kegan McFadden. Son visage et la date de son déménagement figurent sur l’affichage.

La pièce maîtresse de cette exposition est sans contredit un collage de 500 images. Recueillies via le réseau social Instagram, les photos présentent deux hommes qui ne regardent jamais l’objectif. Les captures d’écran présentent des duos père-fils, des couples, des amis, des membres d’une même équipe et des collègues. Les images sont répétées dans un papier peint qui contient un total de 2000 images. L’observation de cette oeuvre vous amènera, par réflexe, à y rechercher des visages et des lieux connus. Un peu comme s’il s’agissait de notre propre compte Instagram.

Kegan McFadden explique qu’avec le recul, il a compris que l’oeuvre est en lien direct avec une relation qui s’effritait. « Nous avons été ensemble pendant 20 ans. On s’est rencontrés à l’école secondaire. On est devenus adultes ensemble, on a acheté une maison ensemble et on a adopté un chien ensemble », confie l’artiste qui était alors de passage à Alma pour une semaine.

La courtepointe est composée de vêtements ayant appartenus à l’oncle de Kegan McFadden.

Le premier coup de coeur de Kegan McFadden se retrouve, lui aussi, au coeur de ces représentations des rapports de l’artiste avec des hommes de sa vie. Le visage de Ryan, un voisin qui fréquentait la même école d’immersion française que lui, se retrouve imprimé sur des dizaines d’affiches en anglais, en français et en franglais. Les impressions portent l’inscription d’une date marquante, soit celle du déménagement de Ryan.

Les oeuvres sont marquées par le temps, alors qu’elles ont été exposées aux intempéries en passant plusieurs semaines à l’extérieur.

Une veste de cuir en apparence banale est un hommage à un ami décédé d’une surdose d’opioïdes. La pièce sobrement accrochée au mur avait été offerte à l’ami en question qui était, lui aussi, un artiste. Malheureusement, il n’a jamais eu le temps de la récupérer.

De l’autre côté de la pièce, une colorée courtepointe est placée en partie au mur et sur le sol. L’objet est un hommage à l’un de ses oncles, maintenant décédé. Kegan McFadden présente son regretté oncle comme un homme des années 1960 qui avaient des idées et des croyances propres à cette époque. Il a souvenir du physique imposant et de la prestance de l’homme qui est décédé des suites de la sclérose latérale amyotrophique.

L’oeuvre est composée de t-shirts ayant appartenu à l’homme. Force est d’admettre que le temps est également visible sur les morceaux de tissus, notamment avec les trous, les marques et les taches de sueur observables.

Le centre d’art actuel Langage Plus est accessible du mardi au samedi de 12h à 16h30, le dimanche de 13 h à 16 h et sur rendez-vous jusqu’au 19 janvier pour visiter l’exposition de Kegan McFadden. Le centre sera fermé du 23 décembre au 3 janvier.