Créé par Geneviève Lapointe et Louise Amiot, deux amies originaires du Saguenay, le livre Junco de Falardo raconte aux enfants l’histoire d’un chat qui apprend une leçon de vie après s’être égaré en forêt.

Junco, le chat qui a donné naissance à un livre

Geneviève Lapointe et Louise Amiot se connaissent depuis l’adolescence. Elles ont fait leur jeunesse à Chicoutimi, ont fréquenté le cégep ensemble avant que leurs routes se séparent. La première a abouti à Montréal, faisant carrière comme chanteuse, puis parolière, tandis que son amie devenait enseignante au Saguenay. Elles ont quand même gardé contact, si bien qu’au début d’octobre, les Éditions Sylva publieront un livre portant leurs signatures: Junco de Falardo.

Ce projet a pris naissance à l’été 2016, à Saint-David-de-Falardeau. «J’ai invité Louise à souper, mais elle est arrivée en retard parce que son chat, Junco, s’était perdu. On l’a cherché longtemps et il a fini par revenir et c’est en pensant à cette expérience que j’ai eu l’idée de créer un livre destiné aux enfants. Je pensais faire le texte, tandis que Louise réaliserait les illustrations», a relaté Geneviève Lapointe il y a quelques jours, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

C’est sa soeur, l’auteure et comédienne Louise Portal, qui a fait le lien avec les Éditions Sylva, l’année dernière, à l’occasion d’un salon du livre. Dès lors, les deux partenaires ont pressé le pas, étoffé le scénario, précisé leurs intentions, pour donner corps à l’histoire. La mésaventure de Junco a servi de prétexte afin d’aborder un thème qui leur est cher: l’acceptation des différences.

Voici Louise Amiot et Geneviève Lapointe au temps de leur adolescence. Elles ne se doutaient pas qu’un jour, un livre porterait leurs signatures.

«Il y a des éléments autobiographiques, mais en parallèle, je voulais sensibiliser les enfants à l’idée qu’il faut se montrer ouvert aux autres, à ceux qui sont différents. C’est pour cette raison qu’on voit un ours en amour avec une louve, un chat avec un junco ardoisé. J’ai été inspirée par la présence d’une communauté de chats errants qui vivait près de la résidence de Louise au lac Clair», décrit Geneviève Lapointe.

Junco rencontre un groupe de cette nature, en effet. Timoré, peu habitué à vivre dans la nature, cet animal de maison détonne face à ses congénères plus délurés, un brin suspects. C’est seulement lorsqu’il voit leur leader, un chat noir agressif, attaquer une femelle que son indignation le rend courageux. Il la trouvait belle et la perspective d’assister à sa mort violente, gratuite, l’a poussé à engager un combat dont il sortira vainqueur, contre toute attente.

«Le livre a été terminé au printemps et nous a fait vivre une expérience extraordinaire. J’adore les dessins de Louise. Elle donne aux animaux des expressions incroyables et c’est elle qui a suggéré de placer une série de questions à la fin. J’ai trouvé ça le fun de collaborer comme nous l’avons fait et déjà, nous travaillons sur une deuxième histoire. Junco vivra d’autres aventures», annonce l’auteure.

Louise Amiot a réalisé les dessins de Junco de Falardo, un livre pour enfants créé avec la complicité de son amie Geneviève Lapointe.

Ajoutons qu’elle participera au Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean samedi et dimanche, aux côtés de Louise Amiot. Elles en profiteront pour signer des exemplaires de Junco de Falardo, disponibles en primeur, en plus d’animer quelques activités. Et pour ceux qui s’inquiéteraient de son sort, le vrai Junco, celui par qui tout est arrivé, se porte à merveille. «Il est fin. Il est gros et c’est vrai qu’il ne sort pas dehors», résume Geneviève Lapointe.

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DE PIED DE POULE AUX B.B.

Bien avant la publication de son premier livre pour enfants, Junco de Falardo, Geneviève Lapointe a fait carrière dans la chanson. Ses débuts en tant qu’interprète ont été marqués par plusieurs collaborations avec Marc Drouin. Ils ont travaillé à la création des comédies musicales Muguette nucléaire et Vis ta vinaigrette, ainsi que Pied de poule, une production qui a fait de la Chicoutimienne, interprète du rôle de Dolby Stéréo, l’un des porte-étendards du new-wave québécois.

«C’était extraordinaire. À un moment donné, je ne pouvais pas aller à la banque sans qu’on me reconnaisse. Nous avons créé un événement avec ce spectacle où tous les comédiens chantaient et jouaient d’un instrument. Moi, j’étais aux claviers et ça s’est bien passé parce que j’avais étudié le piano au Conservatoire de musique de Chicoutimi», a souligné Geneviève Lapointe à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Les chansons qu’on associe à son personnage sont Pied de poule et La rue Rachel. Quiconque suivait la scène musicale au début des années 1980 a été exposé à ces vers d’oreilles qui laissaient présager de belles choses pour l’interprète. Elle a d’ailleurs repris le rôle de Dolby Stéréo dans une autre création de Marc Drouin, Vis ta vinaigrette. C’est ce qui a meublé son temps à compter de l’automne 1986, mais un an plus tard, ce volet de sa carrière était terminé.

«Un peu plus tard, j’ai refusé de participer à une reprise de Vis ta vinaigrette parce que j’avais le goût de faire autre chose. C’est là que j’ai commencé à écrire des textes pour les B.B., avec qui j’avais travaillé sur le spectacle. On avait eu beaucoup de plaisir ensemble. À cette époque, les gars formaient un groupe officieux», raconte l’artiste originaire de Chicoutimi. 

Peu de gens le savent, mais c’est elle qui a créé plusieurs des succès des B.B., des classiques comme T’es dans la lune, Fais attention, Snob et Tu ne sauras jamais. Au total, une quinzaine de titres portent sa griffe. Comme les musiques émanaient généralement de Patrick Bourgeois, c’est avec lui que Geneviève Lapointe collaborait le plus étroitement.

«Des fois, l’idée de départ venait de moi, comme le triangle amoureux évoqué dans Tu ne sauras jamais. Tout de suite, ça a fonctionné quand Patrick a fait la musique. Par contre, il a fallu un an et demi avant de compléter le travail sur Snob. Le gérant n’était pas sûr, mais quand la musique a été superposée au texte, il a été convaincu», se souvient-elle.

La fin de son association avec le B.B. ne l’a pas empêchée de demeurer en contact avec le chanteur. Ils sont devenus des amis, au point d’organiser des soupers avec les conjoints. «Patrick était un homme drôle et un artiste extrêmement talentueux. Lors de son décès, j’ai eu beaucoup de peine», confie Geneviève Lapointe, dont le goût pour l’écriture a pris une tangente différente grâce à Junco de Falardo. Un roman est également prêt à éditer, bientôt suivi par un recueil de nouvelles.