Jour de pluie, de soccer et de musique à Tadoussac

Samedi pluvieux à Tadoussac, mais quand ça tombe pendant le Festival de chanson, on dirait que c'est moins grave. Il y a toujours des choses à voir, des gens à rencontrer, quand ce n'est pas un match de soccer à visionner dans un lieu public, comme ce France-Argentine d'anthologie que l'auteur de ces lignes a suivi au Gibard.

Dans ce café dont l'atmosphère ressemble à celle des cafés bruns d'Amsterdam, un vieil article du Soleil proclame que Tadoussac est le village le plus cosmopolite de l'Est du Québec. À voir le nombre de Français qui étaient venus encourager leur équipe, on peut affirmer que cette manchette n'a rien d'une "fake news".

Ils ont été excités quand les Bleus ont pris l'avance 1-0, déçus à 1-1, puis consternés lorsque la bande à Messi a ajouté un deuxième but. Le fatalisme semblait s'être installé à demeure jusqu'à l'explosion de joie qui a salué le retour à l'égalité. Plus les minutes s'égrenaient, plus il y avait de gens à l'intérieur de l'établissement, si bien qu'il était plein comme un œuf au moment où la France a triomphé par la marque de 4-3.

À l'extérieur du Gibard, il y a une affiche où il est écrit: Attention. Sortie de gars chauds. Samedi midi, il aurait fallu lire: Sortie de gauchos.

La leçon de philosophie

Une fois sorti de la bulle du Championnat du monde, il était agréable de revenir dans celle du festival. C'est ainsi qu'une première escale à l'école Saint-Joseph a permis de voir un bout du spectacle de Thomé Young, un gars du Nouveau-Brunswick qui a exercé un contrôle absolu sur la foule, laquelle était si dense que plusieurs n'ont eu d'autre choix que de rester debout.

Très direct dans son approche, le grand bonhomme raconte des histoires parfois rocambolesques, où la modération n'a pas meilleur goût. Une chanson de ce genre était particulièrement intéressante, puisqu'elle était portée par une musique d'aujourd'hui où, discrètement, l'esprit de la Bolduc pointait le bout de son nez.

En guise de rappel, Thomé Young a offert une pièce inspirée par sa grand-mère qui, semble-t-il, avait pour habitude de dire: «Tu veux savoir comment ça coûte pour être heureux? Je vais te dire combien je charge pour te donner un coup de pied dans le cul».  Preuve que la philosophie a encore un avenir, cette belle pensée a été saluée par de vigoureux applaudissements.

En avoir ou pas... des spectateurs

La pluie n'a pas dérangé grand monde, sauf les artistes qui devaient se produire sur la petite scène extérieure dressée derrière les bureaux du festival. Première à se lancer, Laura Babin a eu du mérite de persister comme elle l'a fait devant une poignée de spectateurs abrités sous leur parapluie.

Au même moment, toujours à l'école Saint-Joseph qui, cette fois, accueillait les artistes de la relève participant aux Chemins d'écriture, un jeune homme vêtu d'une chemise à carreaux, coiffé d'une casquette aussi jaune que sa guitare acoustique, s'est pointé au micro. La salle était pleine, comme pour narguer Laura Babin.

«On part avec une chanson joyeuse», a-t-il annoncé, pince-sans-rire, avant d'interpréter une chanson qui débutait ainsi: «Je vendrais un rein pour un peu de cocaïne». Tout le monde a ri, bien sûr, comme lorsqu'il a joué quelques notes pour introduire une nouvelle composition avant de s'arrêter, victime d'un trou de mémoire. «C'est correct. Je vais en faire une autre. Je n'ai pas juste trois chansons», a mentionné cet artiste étrange qui répond au nom de Pierre Guitard.

Signe de sa popularité, Émile Bilodeau a donné trois spectacles samedi, alors qu'un seul figurait au programme du Festival de la chanson de Tadoussac.

Émile Bilodeau trois fois

Émile Bilodeau est un autre garçon qui a ressorti du lot dès ses débuts à Tadoussac. Samedi, il devait faire une apparition sous un chapiteau, mais au final, trois spectacles ont été donnés. L'un d'eux était un spectacle caché, livré dans la verrière de l'hôtel Tadoussac. L'auteur, compositeur et interprète s'est ensuite rendu au chapiteau, mais tant de gens ont souhaité le voir qu'il a fallu ajouter une représentation.

Il roule encore sur son premier album, mais a offert quelques primeurs, dont une pièce se moquant de la mode des noms composés. Pour illustrer de quelle manière Émile Bilodeau se distingue, en ces temps où l'engagement politique se fait rarissime chez les artistes populaires, voici comment il a conclu la pièce en question: «Québécois, c'est concis. C'est con si on ne devient pas un pays» (lire tout haut).

En voici un qui ne fêtera pas la Confédération.

Le personnage de la Môme se trouve au cœur du spectacle de marionnettes intitulé Les Piafs, lequel a été présenté samedi, dans le cadre du Festival de la chanson de Tadoussac. Il reviendra à l'affiche dimanche à 13h, sur la promenade.
La marionnette qu'on voit en dernier est la plus impressionnante en raison de son immense tête sur laquelle apparaissent les marques d'une vie consumée trop rapidement

Piaf entre quatre murs

Le temps chagrin a entraîné un changement de lieu pour le spectacle Les Piafs, proposé par la compagnie québécoise L'Envolée de valises. Il devait être présenté près de la plage, mais a dû migrer à la Salle Marie-Clarisse de l'hôtel Tadoussac où un public nombreux dans les circonstances, comprenant plusieurs enfants, s'est rassemblé au début de l'après-midi.

Il s'agit d'un hommage à la Môme rendu par trois femmes vêtues de noir, comme elle, le tout en reprenant des chansons parfois connues, parfois obscures. Des marionnettes sont intégrées à la mise en scène, dont trois épousant les traits de Piaf. Celle qu'on voit en dernier est la plus impressionnante en raison de son immense tête sur laquelle apparaissent les marques d'une vie consumée trop rapidement.

La plupart des pièces sont livrées de telle façon qu'on peut en apprécier les qualités, à l'exception d'une ou deux interprétations perturbées par des personnages connexes, notamment deux autruches. L'ensemble devient alors plus chaotique que drôle, mais heureusement, la finale où Édith Piaf chante Je ne regrette rien au-dessus d'un coffre en bois qu'on peut aussi voir comme son tombeau ramène les choses dans leur juste perspective. 

Ilaria Graziano et Francesco Forni ont chanté très tôt samedi matin, à l'occasion du Festival de la chanson de Tadoussac. Ils ont eu pour spectateurs les personnes qui ont fait le tour de l'Islet

Révélation italienne

Pour conclure ce portrait pointilliste d'une journée à Tadoussac, signalons que la première activité à l'affiche, le tour de l'Islet, a constitué un beau succès. Il faisait frais, mais comme la pluie est restée emprisonnée dans les nuages, les participants ont pu apprécier le spectacle donné par l'une des révélations du festival, le duo italien formé d'Ilaria Graziano et Francesco Forni.

Ils affectionnent plusieurs genres musicaux, elle au ukulélé, lui à la guitare. Et justement, leurs voix et surtout leur manière d'être, très engageante, souvent imprévisible, leur ont permis de connaître un succès de foule vendredi, à la Salle Marie-Clarisse.

Ce serait bien qu'un jour, ce duo remonte le Saguenay.