Jonathan Nemtanu effectuera sa première apparition dans un concert de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, en fin de semaine. Le pianiste participera au programme intitulé Magie et frissons, alors qu’il interprétera la Totentanz de Franz Liszt.

Jonathan Nemtanu sur les pas de Franz Liszt

La Totentanz. La danse des morts. Vaste programme pour un pianiste que de mettre ses pas dans ceux de Franz Liszt. C’est pourtant le défi que Jonathan Nemtanu relèvera en fin de semaine, aux côtés de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Soliste invité dans le cadre du programme Magie et frissons, il se produira le 2 novembre à 20h, à la Salle Michel-Côté d’Alma, ainsi que le lendemain à 14h30, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Son apparition surviendra au mitan du programme que dirigera le chef Nicolas Ellis. La thématique de l’Halloween sera explorée dans toutes ses dimensions, y compris les plus mortifères, à l’occasion de ces sorties. C’est ainsi que l’orchestre proposera La Marche funèbre d’une marionnette (Gounod), La Danse macabre (Saint-Saëns), Une Nuit sur le Mont chauve (Moussorgsky) et Le Festin de l’araignée (Roussel), ainsi qu’une oeuvre du Québécois Maxime Goulet, Par un soir d’Halloween.

Dans ce contexte, il était impossible de ne pas aborder la Totentanz, d’où la proposition lancée au soliste par Nicolas Ellis. Se souvenant de l’avoir entendu exprimer tout le bien qu’il pensait de cette composition, le jeune chef, qui le connaît depuis qu’ils ont étudié le piano ensemble à l’Université de Montréal, a saisi la balle au bond. «Je lui avais raconté à quel point cette oeuvre m’a marqué dès l’enfance et plus tard, Nicolas m’a offert de la jouer», a relaté le musicien au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Jonathan Nemtanu n’a jamais interprété la Totentanz en concert, mais il y a un début à tout. Depuis septembre, il planche sur ce monument du répertoire, à la recherche d’un point d’équilibre entre la virtuosité déployée par une Martha Argerich et l’abandon teinté de folie qui caractérise la version signée György Cziffra. Hongrois comme Liszt, celui-ci constitue la référence absolue pour le Saguenéen d’adoption, professeur de piano au Conservatoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis deux ans.

«Je l’écoute tout le temps et chaque fois, je trouve sa version incroyable, tout en me disant qu’elle est trop personnelle pour que je puisse aller là-dedans. De toute manière, si j’essayais de l’imiter, ça paraîtrait, énonce-t-il. Entre sa folie et le feu d’Argerich, je devais trouver ma voix, mettre des hurlements à l’occasion, par exemple, pour que ce soit clair qu’il y a de petits diablotins dans cette composition.»

L’un des pièges à éviter, justement, est celui de la virtuosité, la tentation pyrotechnique. Jouer toutes les notes, très vite, ne suffit pas lorsqu’on s’attaque à un tel monument. Il est préférable de se glisser entre les notes, en quelque sorte, en gardant à l’esprit que l’autre titre de cette oeuvre est Variations sur le Dies Irae, ce qui réfère à la colère de Dieu. «Au-delà de la virtuosité, je veux raconter une histoire et faire remonter à la surface les petites différences entre les variations», indique Jonathan Nemtanu.

Dans cette perspective, il a hâte de voir s’engager le dialogue avec l’orchestre, laissant entrevoir qu’à certains moments, les deux parties sont engagées dans un fascinant jeu de questions et réponses. Il y a aussi des plages de relative sérénité, aussi fugitives que précieuses, dont l’interprète voudra tirer parti. Cette fois, c’est d’un ton léger, avec un sourire dans la voix, qu’il élabore à ce sujet.

«C’est très lisztien, la juxtapositon de l’enfer et du paradis. C’est aussi le reflet de sa vie. Et dans chacune de ses compositions, il y a un grand moment de lumière», rapporte Jonathan Nemtanu dont l’un des plaisirs, outre celui de retrouver Nicolas Ellis, consistera à jouer pour la première fois avec l’orchestre. Il côtoie plusieurs de ses membres au conservatoire, mais n’a pas eu la chance de se produire en leur compagnie. «Ce sera une super occasion», anticipe le pianiste.