Jonathan Naas a complété au cours des derniers jours une résidence de deux mois au centre d’art actuel Langage Plus. L’artiste a délaissé, il y a un moment, les différentes couleurs que pour ne laisser la place qu’au noir dans ses oeuvres.
Jonathan Naas a complété au cours des derniers jours une résidence de deux mois au centre d’art actuel Langage Plus. L’artiste a délaissé, il y a un moment, les différentes couleurs que pour ne laisser la place qu’au noir dans ses oeuvres.

Jonathan Naas à Alma: le noir au service de l’oeuvre

L’artiste Jonathan Naas a complété une résidence de deux mois au centre d’art actuel Langage Plus d’Alma en dévoilant l’exposition Invincible Invisible. Celui qui se définit également comme un chercheur s’est intéressé à des symboles propres au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

En franchissant la salle d’exposition, le noir qui se retrouve dans la majorité des oeuvres de Jonathan Naas tranche avec le blanc immaculé des murs et du plafond. L’artiste a fait le choix, par le passé, d’évacuer la couleur de ses oeuvres. Il désirait éviter toute diversion entre le propos des oeuvres et ceux qui les découvrent

En mettant les pieds au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Jonathan Naas s’est lancé dans un vaste travail de recherche.

« Je ne suis pas arrivé avec une idée précise, même si je savais déjà que je voulais travailler avec les Autochtones. Je suis arrivée ici et j’ai commencé à faire des recherches. En Alsace, je travaille autour la sorcellerie, j’ai naturellement essayé de chercher ici des éléments qui sont liés au contexte de la sorcellerie. Malheureusement, je n’ai rien trouvé », explique-t-il.

Cette recherche n’a pas été infructueuse pour l’artiste, dont les contraintes de la résidence l’ont amené à travailler autour du contexte du territoire. Il a notamment découvert l’histoire qui entoure les trois cryptides propres à la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean que sont Atce’n, Met’co et Ashuaps.

Intéressé initialement par la sorcellerie, Jonathan Naas s’est rapidement tourné vers la cryptozoologie, soit l’étude scientifique d’animaux dont l’existence n’a pas été confirmée.

Inspiré par le chiffre 3, il a reproduit cet intérêt dans une croix composée de la partie supérieur de la feuille d’érable qui apparaît sur le drapeau canadien.

L’artiste porte également une grande attention à la symbolique des chiffres, notamment pour le 3 et le 6. Cette façon de faire est observable sur plusieurs oeuvres, dont une croix peinte au mur. L’immense design reprend la pointe de la feuille d’érable qui se retrouve sur le drapeau canadien.

« Je joue avec les codes à la fois politiques et ésotériques. Je suis parti d’un motif de type triskèle qui peut aussi faire penser à un svastika. J’ai repris la composante de la feuille d’érable que j’ai refait trois fois. Il y avait quelque chose autour du chiffre 3 qui était, une fois de plus, présent », exprime l’artiste qui se présente comme une personne très politisée, mais qui ne le présente pas dans son travail. Contrairement à d’autres, il est important, pour lui, de faire une différence entre la personne et l’artiste.

Cette imposante peinture au mur est un moyen pour l’artiste de rythmer la pièce et de redessiner l’espace. Jonathan Naas n’hésite pas à inclure le sol, les murs et le plafond à ses oeuvres. Il considère ces délimitations comme des « feuilles blanches ». Par ailleurs, l’oeuvre complètement noire rejoint les principes de la peinture murale et minimale propre à la tradition suisse.

Le Centre Sagamie a réalisé une impression des parcours emprunté par l’artiste pendant sa résidence de deux mois.

« Je ne travaille que des mises en espace, j’essaye d’exclure tout ce qui est temporalité. Je vais vraiment essayer de travailler autour de trois axes de réflexion ou trois manières d’aborder un de mes objets. Le chiffre trois revient de manière récurrente », explique-t-il.

Le tarot s’est aussi invité dans le travail de l’artiste alsacien. Les cartes placées dans la salle représentent les trois cryptides Atce’n, Met’co et Ashuaps.

Dans le cadre de son travail, Jonathan Naas est appelé à marcher. Celui-ci raconte qu’il se laisse guider par le hasard et n’emprunte jamais les mêmes chemins. L’exposition Invicible Invisible offre une représentation graphique de ses itinéraires pendant ses deux mois passés à Alma. Une impression réalisée par le Centre Sagamie permet d’observer les divers chemins empruntés par l’artiste sur le territoire jeannois.

L’exposition Invincible Invisible est présentée jusqu’au 19 janvier.

Au terme de sa résidence, celui qui compte amorcer un doctorat en parapsychologie affirme ne pas avoir épuisé le sujet. Jonathan Naas qui se consacre énormément à la recherche affirme qu’il devrait revenir au Québec pour quelques mois voire quelques années.

En route vers la 50e résidence

La visite de l’artiste provenant de l’Alsace (en France) a été rendue possible dans le cadre des Résidences croisées Grand Est, France/Saguenay–Lac-Saint-Jean, Québec du Frac Alsace et de Langage Plus, en collaboration avec le Centre Sagamie et le CEAAC. Jonathan Naas est le 49e artiste à avoir participé au programme de résidences croisées.

Les salles d’exposition du centre d’art actuel Langage Plus présentant le travail de Jonathan Naas sont ouvertes du mardi au samedi, de 12 h à 16 h 30, le dimanche de 13 h à 16 h et sur rendez-vous jusqu’au 19 janvier.