Jean-Pierre Vidal, qui a longtemps enseigné la littérature à l’UQAC, planche sur des programmes favorisant le maillage entre différentes disciplines. Rattaché au Bureau du Scientifique en chef du Québec, il occupe la fonction de conseiller stratégique aux défis de société et aux maillages intersectoriels.

Jean-Pierre Vidal, l'apôtre des maillages

« Le matin, quand je me rase, je me dis que je ne suis pas à la veille d’avoir 74 ans. Ce que je fais est tellement stimulant que j’ai l’impression d’en avoir 20. En travaillant sur ce qui peut être assimilé à un projet de vie, j’ai la chance de rencontrer des scientifiques et des artistes. Mon mandat consiste à les mettre en rapport et ça m’allume », confie Jean-Pierre Vidal à la fin de l’entrevue.

Ce qui le rend si enthousiaste, c’est son rôle de conseiller stratégique aux défis de société et aux maillages intersectoriels, ce qui en fait l’un des personnages qui comptent au bureau du Scientifique en chef du Québec. En poste depuis près d’un an, celui qui fut professeur de littérature à l’UQAC et qui, parallèlement, poursuit son projet d’écriture en se spécialisant dans l’art de la nouvelle ne croyait pas vivre une retraite aussi remplie.

En fait, sa nomination s’inscrit dans le prolongement de ses fonctions passées au sein du Fonds de recherche société et culture. Pendant dix ans, le Chicoutimien a supervisé le programme Recherche et création, dont l’une des caractéristiques consistait à favoriser les maillages entre différentes disciplines. Or, les maillages, c’est aussi la raison d’être du programme Audace, dont Jean-Pierre Vidal est l’un des pères.

« Le Scientifique en chef, Rémi Quirion, voulait amener les chercheurs à travailler ensemble, mais pour favoriser l’intersectorialité, ça prend des passerelles entre les fonds mis à leur disposition. J’ai donc suggéré que les gens essaient de collaborer d’une façon plus dynamique parce que je crois qu’un regard neuf aide à solutionner les problèmes », énonce le conseiller.

Lui qui vient du milieu des arts, qui en connaît bien les rouages et les manières de faire, affirme que les scientifiques auraient avantage à s’y coller. Pas pour faire « cute », mais en raison des retombées que ça pourrait générer dans les deux camps. « Pour que chacun retire quelque chose de l’autre, cependant, il faut commencer par établir une forme de respect », décrit Jean-Pierre Vidal.

Ce dont il rêve, au fond, c’est d’un décloisonnement qui correspondrait aux besoins d’aujourd’hui. Puisqu’il y a trop de connaissances pour qu’un individu les assimile à la manière d’un Léonard de Vinci, il importe de mettre des groupes en communication, ce qui représente la finalité d’Audace. Signe que ce programme s’inscrit dans l’air du temps, le premier appel de candidatures a entraîné le dépôt de 220 dossiers, un nombre inhabituellement élevé.

« C’était au-delà de nos espérances, puisqu’en temps normal, on recueille de 50 à 60 réponses. Après l’étape de la présélection, nous avons soumis les demandes à un jury de calibre international. Il a réduit le nombre de dossiers de 50 à 30, puis des rencontres entre les juges et les candidats ont été organisées », décrit Jean-Pierre Vidal. Les heureux élus recevront une subvention de 100 000 $ par an, pendant deux ans. Une somme relativement modeste, mais néanmoins utile.

« C’est des “peanuts” dans le monde de la recherche, sauf que ces montants produiront un effet de levier, donneront accès à des programmes plus généreux. La condition est qu’à partir d’une idée que certains pourraient trouver folle, les responsables arrivent à faire ce qu’on appelle la preuve de concept, à montrer qu’il y a quelque chose au bout », indique le conseiller.

La suite comprend en effet la mise en place de nouveaux programmes, lesquels seront plus ciblés. Peut-être mariera-t-on les arts visuels et la biologie, la physique et les savoirs autochtones. Le cas échéant, Jean-Pierre Vidal ne tombera pas en bas de sa chaise, lui qui rappelle que jusqu’au moyen âge, on enseignait la musique et les mathématiques ensemble, parce que c’était logique.

Il retournera à l’UQAC mardi, aux côtés de Rémi Quirion et Denise Pérusse, du Fonds de recherche du Québec. Ils participeront à un colloque dans le cadre du congrès de l’ACFAS, un événement intitulé La recherche hors piste : oser la rupture. Parmi les invités, on note Yves Jacquier d’Ubisoft. Il expliquera comment La Forge, le fonds de recherche créé par la multinationale, se déploie dans des secteurs qui ont peu à voir avec les jeux vidéo. Les sciences sociales, par exemple.

« Peut-être qu’un jour, on se servira des jeux pour favoriser l’exercice de la démocratie », anticipe Jean-Pierre Vidal, qui pourrait lui-même s’adonner à une forme maillage par le truchement de la littérature. Des idées de nouvelles commencent à germer, en effet, à la suite des expériences vécues dans les derniers mois. Tout ce qui manque, c’est du temps pour les écrire.