Jean-François Lapointe se dit honoré par la décision du Metropolitan Opera de recourir à ses services. Il travaillera sous la direction du chef Yannick Nézet-Séguin, qui préparera une nouvelle production de l’opéra Dialogues des Carmélites.

Jean-François Lapointe chantera au Met

Le baryton originaire d'Hébertville, Jean-François Lapointe, fera ses débuts au Metropolitan Opera de New York en mai. Il remplacera son collègue Dwayne Croft dans l’opéra Dialogues des Carmélites, où on lui confiera le rôle du Marquis de la Force. Étalées sur trois semaines, les répétitions débuteront le 8 avril. Quant aux représentations, elles auront lieu du 3 au 11 mai, a confirmé le chanteur jeudi, lors d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

« C’est le seul grand théâtre où je n’ai pas encore chanté. Comme j’étais disponible, je n’avais aucune raison de refuser cette proposition qui m’a été communiquée il y a deux semaines. Sachant qu’il existe plein de barytons dans le monde en mesure de jouer ce rôle, je suis honoré d’avoir été choisi. Je vais me rendre au Met avec beaucoup de plaisir », a commenté l’interprète.

Sans être dans le secret des dieux, il croit que le directeur artistique de la compagnie, Yannick Nézet-Séguin, a eu son mot à dire lors de son embauche. Leur dernière collaboration remonte à une quinzaine d’années, alors qu’ils avaient uni leurs talents pour présenter Manon à l’Opéra de Québec. Quelques années plus tôt, le baryton avait participé à des versions du Requiem allemand de Brahms, ainsi que de Carmina Burana de Carl Orff, sous la direction du maestro québécois.

Pour revenir à Dialogues des Carmélites, il s’agit d’une oeuvre de Poulenc que Jean-François Lapointe fréquente depuis longtemps. En quatre occasions déjà, on lui a demandé d’incarner le Marquis de la Force, la première remontant à ses études en chant à l’Université Laval. Il avait accepté de le faire une cinquième fois en novembre, au Capitole de Toulouse, quand le Met lui a fait signe.

« Des négociations étaient engagées avec mes représentants en vue de la reprise de cet opéra en 2022, à New York. J’imagine que ça m’a donné une longueur d’avance lorsque Dwayne Croft s’est désisté pour une raison que j’ignore. Ce n’était pas la première fois que le Met m’offrait un contrat. La différence, cette fois-ci, tient au fait que j’étais disponible », raconte le chanteur.

« Une fenêtre d’opportunité »

On l’a mentionné tantôt, Jean-François Lapointe connaît bien le Marquis de la Force. Celui-ci intervient au début du drame écrit par Bernanos à partir d’un événement survenu au temps de la Révolution française. Apprenant que sa fille Blanche veut entrer au couvent, plutôt que de fonder famille, cet homme oppose une résistance qui ne sera pas suffisante pour inverser le cours du destin.

« C’est le plus important des quatre ou cinq rôles de baryton disponibles dans Dialogues des Carmélites. Mon personnage n’est pas le plus complexe, mais vient avec l’exigence que pose toute présence sur la scène. Le ton est lyrique, tandis que le texte possède une très grande force. C’est un drame d’une tristesse inouïe », fait remarquer l'interprète originaire d'Hébertville, qui vit aujourd’hui à Québec.

Le plus drôle est qu’il souhaitait alléger son emploi du temps cette saison, une démarche planifiée depuis trois ans. Au lieu de faire six ou sept opéras, comme c’est son habitude, le baryton en avait sélectionné quatre. Or, l’un de ces engagements a été annulé pour cause de maladie, tandis qu’un deuxième a résulté en un abandon parce que la voix de l’interprète a déjoué ses prévisions. Elle n’est pas devenue aussi basse qu’il l’avait anticipé. C’est ce qui a libéré son agenda et permis le séjour au Met.

« Il y a eu une fenêtre d’opportunité qui me permettra de travailler là-bas, tout en retournant quelques fois à l’Université Laval, où j’enseigne le chant. J’apprécie également le fait que la dernière représentation sera retransmise en direct dans plusieurs cinémas, notamment à Québec et Jonquière. Ça facilitera la vie aux membres de ma famille qui ne pourront aller à New York », souligne Jean-François Lapointe.

Quand à l’esprit qui l’animera à son arrivée sur la scène du Met, il sera semblable à celui qui l’a guidé à ses débuts à l’opéra Garnier, la prestigieuse maison parisienne. « Je me souviens de la sensation que j’ai eue, la première fois que j’ai émis un son dans ce théâtre plus que centenaire. Ça a fait ‘‘wow’’ et en même temps, j’ai reçu une dose d’humilité. Je me disais que j’étais dans un temple, que j’avais une chance inouïe et j’ai décidé d’en profiter, tout en rendant hommage à ceux qui m’ont précédé », confie le baryton.