Le déconcertant Jack Broadbent, agile autant de ses doigts... que de la flasque.

Jack Broadbent, l'homme aux mains d'argent

Partout où il passe, le guitariste Jack Broadbent impressionne. Ce constat a fait l’unanimité, l’an dernier, au Festival Jazz et Blues, et la star montante s’amenait jeudi soir comme l’une des têtes d’affiche de la 23e édition. C’est cette fois au Théâtre Banque Nationale que le maître de la slide guitare a performé, montrant aux musicophiles qu’il suffit de bien peu pour en produire beaucoup.

Le phénomène Broadbent est à son plus haut niveau, et c’est une belle capture que les organisateurs du festival ont fièrement présentée aux festivaliers massés uniquement au premier niveau de la salle attenante au Cégep de Chicoutimi, limitant l’assistance à quelque 350 personnes. L’effet intime était quelque peu réussi, mais s’agençait bien au visuel simpliste de la scène. Il en faut bien peu à Jack Broadbent pour s’éclater (et, on l’a constaté peu après, pour charmer) : simplement assis sur un minuscule amplificateur, une guitare trônant de chaque côté, toute l’attention était dirigée sur son jeu, sa voix et sa musique. Usant d’un simple flacon d’acier (objet devenu une véritable marque de commerce) afin de faire sortir de son manche une panoplie d’engageantes mélodies, le guitariste impressionne par la variété d’harmonies et de basses qu’il peut produire. Quand la guitare ne se laisse pas triturer sur ses genoux, flasque attenante aux frettes, il attrape sa vieille Gibson dont il use de manière plus traditionnelle à l’aide d’un doigté pincé et un plaquage d’accords faisant surgir un blues assumé.

Fluide à la fois dans les rythmes pesants et les tonalités plus mielleuses, c’est définitivement sa voix (aux timbres polyvalents) qui s’adapte à son jeu de guitare. La chanson Willing, qu’il a par ailleurs dédiée à son père, a certes montré son talent aux cordes, mais davantage un amalgame voix-guitare inusité dans le registre blues. Tel qu’il l’a souligné à deux reprises, la sonorité était magistrale dans l’enceinte chicoutimienne. Même les spectateurs, se laissant parfois emporter à claquer des mains, n’allaient pas au bout de leurs intentions, comme si l’atmosphère, totalement possédée par Broadbent, ne devait pas être violée.

Le déconcertant Jack Broadbent, agile autant de ses doigts... que de la flasque.

Humble et généreux

L’artiste, devenu vedette internationale grâce à son talent et à son statut de phénomène YouTube, n’était jadis qu’un artiste de rue néerlandais ; sa prestance équivalait encore à celle d’un vieux copain, jeudi soir. Décontracté, pince-sans-rire, celui qui a monté sur scène à Montreux s’est montré accessible, dialoguant avec le public, saisissant son cellulaire et se permettant un humour naturel. Il y avait quelque chose de familier planant dans la salle, ce qui fut apprécié du public. Impressionnant autant lorsqu’il dépoussière Leadbelly (une reprise agile de Leaving blues) ou qu’il ficèle ses nouvelles chansons entre elles, l’adroit musicien s’avère charmant, ce qui explique sans doute le béguin que la planète musicale a pour lui présentement.

Il faut être doué pour bâtir une ambiance à la fois enveloppante et entraînante ; Jack Broadbent a soulevé ce défi avec brio, jeudi soir.