Irvin Blais a adressé un clin d’oeil aux patineurs Kasandra Bradette et Samuel Girard sur son nouvel album, 13, sorti à la mi-septembre. Il leur dédie la chanson Mon truck, tout en écorchant la classe politique sur Toujours des promesses. À ses yeux, les décideurs ignorent le Québec des régions, les villages qui meurent à petit feu.

Irvin Blais: entre l’enchantement et le désarroi

« Ben voyons donc ! »

Cette expression qu’affectionne Irvin Blais est souvent revenue dans la conversation, il y a quelques jours, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Le chanteur avait plusieurs raisons de l’utiliser, que ce soit pour exprimer son désarroi face aux politiciens de tous bords, sa joie lorsqu’il a découvert que deux de ses disques figuraient dans les dix premières positions du palmarès country francophone au Canada, ou son attachement envers les patineurs Kasandra Bradette et Samuel Girard.

À propos de la Jeannoise et de l’orgueil de Ferland-et-Boilleau, précisons que sur son nouvel enregistrement, simplement baptisé 13, l’artiste leur a adressé une dédicace. « Spécialement pour Kasandra Bradette et Samuel Girard, la chanson Mon truck. Merci à notre double médaillé olympique 2018 », a-t-il écrit. Ainsi se poursuit une relation qui remonte à plusieurs années, bien avant que le Saguenéen ne décroche l’or en Corée du Sud.

« Un jour, la tante de Kasandra, qui chante au Lac, m’a envoyé un courriel pour parler de ces patineurs qui allaient aux Jeux olympiques. J’ai ensuite appris que Samuel écoutait ma musique dans son camion, qu’il m’avait rencontré à Alma quand il était âgé de sept ou huit ans. J’avais autographié sa casquette », raconte Irvin Blais. Très vite, il a tissé des liens avec les deux familles, ce qu’a illustré le concert donné l’été passé à Ferland-et-Boilleau.

Irvin Blais

« Le lendemain, un dimanche, on déjeunait au camping avec Kasandra et Samuel, ainsi que leurs proches. Quand j’ai été chercher ma guitare et que j’ai chanté Mon truck, tout le monde s’est mis à pleurer, Samuel aussi. Et sur le disque, à la toute fin, j’ai ajouté un extrait de Coeur de camionneur parce que c’est la préférée de son grand-père », indique le vétéran de la scène country.

Une sainte colère

Dans la tournée de l’album 13 qui s’arrêtera pour la première fois dans la région, les 2 et 3 novembre (ça se passera à la Salle Calypso de Jonquière), Mon truck suscite une forte réaction. Une autre composition qui cadrait bien avec la campagne électorale provinciale, Toujours des promesses, témoigne du désarroi de l’artiste, autant que de ses fans. Lui qui fréquente le Québec réel, celui des régions, des petites places que les savants analystes sont incapables de décoder, partage leur sentiment d’aliénation.

« Irvin Blais a osé parler de la marijuana, du gouvernement qui se câlisse de ce qui se passe dans les villages. Je me souviens d’un monsieur âgé qui pleurait, par exemple. Son meilleur ami s’était passé la corde au cou parce qu’il ne pouvait plus suivre le système de l’agriculture. Ben voyons donc ! En Gaspésie et sur la Côte-Nord, c’est mort. Il n’y a plus d’économie, contrairement à chez vous, où le monde se tient. Les jeunes, on ne fait rien pour eux et ils s’en vont », lance le chanteur, animé par une sainte colère.

La première version du texte était plus crue, mais son épouse Michèle C. Pinette, celle qu’on entend sur une autre pièce, L’party, a plaidé avec succès en faveur d’un adoucissement. De toute manière, le message est clair et s’adresse à toutes les formations politiques, rouges, bleues ou carreautées. Celles qui l’ignoreront le feront à leurs risques et périls, puisque les amateurs de musique country forment une communauté de plus en plus importante.

« Ces temps-ci, c’est le country qui sort du nouveau stock et ça touche toutes les générations, même les enfants. C’est capoté », s’émerveille Irvin Blais. Lui aussi traverse une période faste, comme l’a illustré le palmarès country francophone du 24 septembre. 13 figurait au troisième rang, tandis que Les incontournables occupait le septième échelon.

« C’est la première fois de ma carrière que j’ai deux disques dans le Top 10. Quand j’ai vu le palmarès, j’ai été surpris. Ça vient me chercher », confie l’artiste qui, loin d’être superstitieux, affirme que 13 est le chiffre chanceux du couple. Puisque le nouvel enregistrement figure au sixième rang à l’échelle du Canada, toutes langues confondues, on n’a pas le choix de lui donner raison.