Irvin Blais est comme un poisson dans l’eau, chaque fois qu’il se produit au Calypso de Jonquière. Devant ses fans qui occupaient tous les sièges, vendredi soir, le chanteur country a livré une performance impeccable, couvrant une large palette d’émotions.

Irvin Blais comme un poisson dans l’eau

Avant même le début du spectacle présenté par Irvin Blais, vendredi soir, le chanteur faisait le tour des tables, jasait avec ses fans rassemblés au Calypso de Jonquière. Ce n’était pas pour faire tourner la boutique de souvenirs aménagée près de la scène, là où son épouse Michèle C. Pinette est seule maître après Dieu. C’est juste que le Gaspésien pratique avec un zèle admirable la politique de proximité. Il vient du peuple. Il vit de l’amour du peuple et se reconnaît en lui.

En plus, cet homme fréquente le Saguenay-Lac-Saint-Jean avec tant d’assiduité, depuis le début de sa carrière, qu’il pourrait imiter feu Mad Dog Vachon et proclamer que c’est son territoire. Quand on a écrit une pièce comme La 175 Nord et rendu hommage aux patineurs Kasandra Bradette et Samuel Girard sur Mon truck, un extrait de 13, son plus récent album, on n’a pas besoin d’avoir l’accent pour se sentir une âme de Bleuet.

Bref, ce premier d’une série de deux spectacles en autant de soirs, au Calypso, avait des airs de retrouvailles. Il fait gris, la région file un drôle de coton, mais il a suffi qu’Irvin Blais crie « O.K. Un, deux, trois quatre », que ses cinq musiciens tricotent un beat country avec une touche rétro, pour chasser les mauvais esprits. « J’aimerais ben ça changer mon style de vie », répétait le grand bonhomme en prêtant sa voix à un personnage à la croisée des chemins. C’était parti pour un nouveau voyage dans le Québec réel.

« Mes chansons partent toujours d’une affaire qui m’a touché, de témoignages comme celui de cette fillette de huit ans qui m’a dit : ‘‘Mon papa crie tout le temps’’. J’ai écrit cette petite perle pour ceux qui vivent des choses un peu tristes », a mentionné l’artiste un peu plus tard. Ce fut l’occasion de découvrir la pièce Ma’Zelle Bouteille, une ballade dont la slide a accentué les accents mélancoliques.

Ça peut sembler étrange de se mettre le nez dans la misère humaine pour passer une belle soirée, mais c’est aussi ça, Irvin Blais. On le suit comme le guide dans un voyage organisé et ça donne un brûlot contre les politiciens de toutes allégeances, Toujours des promesses. « Ils ferment des villages pour pas qu’on voiye ce qu’ils font du paysage », a-t-il lancé sans esquisser ne serait-ce qu’un sourire. À en juger par les cris qui ont retenti à la fin de l’interprétation, cette sainte colère a touché une corde sensible.

L’un des temps forts du spectacle fut le doublé constitué de Mon truck, l’hommage à ses olympiens favoris, suivi par la chanson préférée de Samuel Girard, Coeur de camionneur. Sur la deuxième, il était intéressant de voir comment le violon répondait à l’artiste en complétant chacune de ses phrases. Les arrangements étaient purement country, sans la part de muscle que génère parfois la guitare électrique.

La notion de party n’est jamais loin, cependant, comme l’a illustré Gaspésie. C’est le deuxième titre qui a fait lever la foule, juste après La foère au camp. Cette belle chanson de route a laissé filtrer l’amour d’Irvin Blais pour la région qui l’a vu naître. Les gens dansaient, entonnaient le refrain avec lui : « On va rouler toute la nuit, toutes les deux ». Taquin, il s’est alors adressé à un ami gaspésien qui vient de s’installer dans la région : « Magella, je t’entends pas ! »

Tout ce qui manquait pour virer la salle à l’envers, c’était une reprise de La 175 Nord, mais il faudra imaginer la scène plutôt que d’en lire une description parce que l’auteur de ces lignes a dû quitter Le Calypso afin de respecter l’heure de tombée. Une autre solution consisterait à assister au spectacle de samedi, offert avec ou sans souper. La musique commence aux alentours 20 h 30.